Vaccination Covid-19 combinaison vaccins doses AstraZeneca Pfizer Moderna
Selon certains chercheurs, une seule dose du vaccin AstraZeneca pourrait suffire pour les moins de 55 ans, à l'image du vaccin Johnson & Johnson, qui utilise le même schéma vaccinal à adénovirus. ©Freepik

À ce jour, plus de 3 730 237 personnes ont reçu au moins une dose du vaccin AstraZeneca contre la Covid-19. Parmi elles, plus de 500 000, âgées de moins de 55 ans, recevront une seconde dose d’un autre vaccin, Pfizer ou Moderna. Pour le Dr Morgane Bomsel, immunologiste et chercheuse au CNRS (Lyon), on ne connaît pas encore les risques éventuels de cette combinaison de vaccins par manque de recul. Si le principe devrait fonctionner selon l’experte lyonnaise « une seule dose pourrait peut-être suffire ».

La stratégie de vaccination contre la Covid-19 aura connu bien des évolutions. Dernière en date, la combinaison possible de deux vaccins. Face au risque (très rares !) de thromboses, la Haute Autorité de Santé a décidé de suspendre le vaccin AstraZenaca pour les moins de 55 ans. Pour ceux qui avaient déjà reçu une première dose, c’est une dose des vaccins Pfizer ou Moderna qui leur sera administrée. L’Organlsation mondiale de la santé appelle de son côté à plus de prudence et recommande la réalisation de tests préalables.

Le Dr Morgane Bomsel, immunologiste et chercheuse au Centre national de recherche scientifique (CNRS), à Lyon, lève le voile sur ce nouveau schéma vaccinal mixte contre la Covid-19.

Vaccins AstraZeneca, Pfizer et Moderna : une même réponse immunitaire   

Comment peut-on combiner deux vaccins contre la Covid-19 ayant une stratégie d’action différente ? 

En réalité, le principe des vaccins AstraZeneca et Pfizer n’est pas réellement différent. Les deux vaccins produisent tous deux la même protéine « S » pour déclencher l’action immunitaire contre la Covid-19. Le vaccin à ARN Messager (Pfizer ou Moderna) va permettre de produire directement cette protéine tandis que l’AstraZeneca avec l’adenovirus va rentrer dans les cellules qui permettent d’obtenir cet ARN Messager et donc de produire la protéine. Le résultat est moins direct mais finalement on arrive dans les deux cas à la production de la même protéine « S ». Pour résumer on peut dire que les deux vaccins ont un mécanisme différent mais arrivent à une même étape de réponse immunitaire.

Ce schéma de vaccination mixte est-il réellement efficace ? 

Cette stratégie de vaccination est assez classique, on l’étudie depuis longtemps. Elle est notamment étudiée depuis plusieurs années contre le virus du VIH, par exemple, et a montré une efficacité. Par rapport à la Covid-19, la logique voudrait que cela soit efficace. Mais il se pourrait que ça ne le soit pas non plus. Car l’organisme et le système de fabrication d’anticorps est complexe. On ne peut pas à ce stade faire de prédiction mais a priori, cela devrait fonctionner. La question que l’on peut se poser également est si une seconde dose est réellement nécessaire.

 

AstraZeneca contre Covid-19 : « une unique dose pourrait peut-être suffire »

L’administration d’un second vaccin après une dose d’AstraZeneca ne serait selon vous pas obligatoire ?

Certains chercheurs pensent que la première dose pourrait suffire. Des études devraient être menées sur ce sujet. D’autant plus que ces éléments sont testables assez facilement ! La stratégie pour le vaccin d’AstraZeneca était, dès le début, de vacciner deux fois. Mais la question se pose lorsque l’on constate qu’une seule dose du vaccin Johnson & Johnson (Janssen), qui agit également avec un adénovirus, est suffisante. Pourquoi pas avec l’AstraZeneca ? La logique serait d’observer comment évolue la réponse immunitaire après la première dose avant d’administrer une seconde. Mais la stratégie vaccinale répond semble t-il, avant tout à une décision politique…

 

La combinaison de deux vaccins contre la Covid-19 comporte t-elle des risques pour les patients ? 

Normalement, il ne devrait pas y en avoir. Mais à ce jour, on ne peut pas se prononcer. La vérité est que l’on ne sait pas l’évaluer car le système de fabrication d’anticorps est complexe. Le problème avec ces vaccins et ces stratégies vaccinales est que nous sommes, en tant qu’immunologistes également, au stade de l’hypothèse. Il faut vacciner et surveiller ce qu’il se passe après pour les patients. Ce que l’ont sait en revanche, est que le ratio bénéfice/ risque est largement en faveur de la vaccination.

Dans la mesure où cette combinaison de vaccins concerne des milliers de personnes, je pense que l’on ne peut en tout cas pas s’engager sur des procédures nouvelles sans faire de tests préalables. Il serait raisonnable d’y aller doucement et de commencer par vacciner une trentaine de personnes, par exemple.

 

 

Covid-19 : « le bénéfice/risque est en faveur des vaccins »

Face au manque de recul sur les effets secondaires des vaccins : faut-il se faire vacciner ? 

Oui, sans aucun doute. La chose dont on est sûrs est que le bénéfice/risque est en faveur des vaccins. Pour le moment, selon les informations que nous avons, les vaccins semblent finalement avoir peu d’effets secondaires. Après, il faut savoir que tout geste médical s’accompagne de risques. C’est le cas d’absolument tous les médicaments finalement. Toutefois, il faut retenir que si l’on ne se vaccine pas, le risque est également présent. Aujourd’hui, chacun se vaccine pour soi. Or, le fait de se faire ou non vacciner a un impact sur nos voisins, sur les autres personnes.

Pourrait-il y avoir des effets secondaires des vaccins sur du plus long terme ?

Il est difficile de répondre à cette question. Théoriquement, non. Mais on a pas assez de recul. Il faut normalement entre 5 et 10 ans pour réaliser un vaccin. Ce temps permet notamment de faire des études et des tests sur les doses, l’espace temps entre les deux doses, la longévité de la réponse immunitaire etc. Il y a des limites dans le développement de vaccins de façon aussi rapide car il y a un manque d’études poussées. Mais ce n’est qu’un constat et pas un jugement de valeur car le contexte fait que nous n’avons pas eu ce temps.

Pour les vaccins actuels contre la Covid-19, on observe des effets secondaires mais on est incapable de comprendre ce qui les cause exactement. Il existe également des cas de thromboses pour le vaccin Pfizer, tout comme l’AstraZeneca. Mais ces cas sont très rares alors que la vaccination semble efficace contre le virus.


Coronavirus : « il est étonnant qu’il n’y ait pas plus d’études sur les traitements » 

La stratégie vaccinale du gouvernement est-elle cohérente, selon vous ? 

Pas forcément (rires). Il y a un important attrait politique dans ces décisions médicales. Des choix ont été faits dans la stratégie vaccinale mais également dans la gestion de la lutte contre le coronavirus. Les stratégies ont été orientées vers le « 100 % vaccins ». Mais il est étonnant qu’il n’y ait pas plus d’études sur les traitements contre le virus.

Les politiques ne sont pas non plus très claires sur le but de la vaccination contre la Covid-19. On aurait pu se dire qu’il suffirait de protéger les personnes concernées contre les effets dramatiques et les formes graves de la Covid-19. Si tel était le cas, une seule dose de l’AstraZeneca pourrait peut-être suffire, par exemple. Plusieurs questions restent aujourd’hui en suspend. Je pense qu’il faudrait être plus patients et faire davantage d’études.

 

À SAVOIR

Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, plus de 449 000 personnes ont été vaccinées avec AstraZeneca. Pour les personnes de moins de 55 ans ayant déjà reçu une première dose de ce vaccin, une intervalle de 2 à 4 mois doit être respectée pour l’administration d’une seconde dose avec le vaccin Pfizer ou Moderna.

1 COMMENTAIRE

  1. Je veux avoir le choix et avoir ma deuxième dose d’AZ ! Être pris en otage par la Haute Autorité de Santé pour être un cobaye est intolérable. L’agence Européenne du Médicament recommande de suivre le schéma vaccinal classique, tout comme l’OMS. On marche sur la tête !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here