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Pascal Blanchard, psychanalyste et vice-président à la métropole de Lyon en charge de la santé, des personnes âgées et en situation d'handicap, sur le plateau de BFM Lyon. ©DR

Stress, déprime, anxiété, troubles du sommeil, dépression… La crise sanitaire a un fort impact sur la santé mentale des Français. Les incertitudes face à l’avenir et le manque de perspectives affectent leur moral. Dans ce contexte, de plus en plus de personnes consultent des psys. Quels sont les signes qui doivent alerter ? Qui consulter pour aller mieux ? Les explications de Pascal Blanchard, psychanalyste, invité de l’émission « Votre Santé ».

La crise sanitaire semble avoir lourdement affecté le moral d’une grande partie de la population. L’impact psychologique de l’épidémie de coronavirus est plus que jamais significatif. Dépressions, insomnies, angoisses… sont des symptômes en hausse depuis le début de la crise sanitaire.

Quand faut-il consulter pour se faire aider ? Y a t-il eu une hausse des consultations ? Éléments de réponse avec Pascal Blanchard, psychanalyste et vice-président à la métropole de Lyon en charge de la santé, des personnes âgées et des personnes en situation d’handicap, invité d’Elodie Poyade et de Pascal Auclair dans l’émission Votre Santé (BFM Lyon) de ce jeudi 11 février.

“Il faut être optimiste, surtout dans cette période”

Votre santé covid et psy
Pascal Blanchard répond aux questions de Pascal Auclair

Tandis qu’Olivier Véran assure qu’il est possible d’éviter un nouveau confinement, certains scientifiques disent qu’il faut absolument reconfiner. Vous qui êtes psychanalyste mais également homme politique, quel est votre avis sur cette situation ? Faut-il confiner de nouveau ?

Pascal Blachard : Si l’on me demande mon avis, sur le plan psychologique, certainement pas. L’idéal serait même de ne pas connaître le couvre-feu. Maintenant, sur le plan purement sanitaire, je pense que les autorités savent ce qu’elles font…

 

Cela fait maintenant plusieurs semaines que nous sommes sur un plateau haut de l’épidémie sur la métropole comme sur l’ensemble de la France. Est-ce que vous estimez, avec votre regard de professionnel de santé, que l’on va apercevoir enfin le bout du tunnel ?

Si l’on compare les départements qui ont instauré le couvre-feu un peu en amont, nous constatons qu’il y a un léger bénéfice. Par conséquent, on peut faire le pari et avoir l’espérance que nous aussi, on en bénéficiera. Il faut être optimiste, surtout dans cette période…

De nombreux dégâts psychologiques à cause de la pandémie

Cela va faire un an que la crise sanitaire a commencé. La situation pèse énormément sur le moral. Constatez-vous une hausse des consultations aujourd’hui ?

Oui, clairement. On constate surtout une modification des motifs de consultations. L’augmentation de ce que l’on appelle, communément, les syndromes anxiodépressifs et qui touchent tout le monde. C’est quelque chose qui relève de la psychologie et non pas de la psychiatrie.

 

Y a t-il des nouveaux profils qui apparaissent dans ces consultations ? Des personnes qui n’avaient jamais eu besoin de consulter ?

Je n’ai pas fait de statistiques, mais il me semble que les jeunes sont particulièrement touchés.

 

Un sondage de Pyschologie.net vient de mettre en évidence une forte hausse de demandes pour les thérapies de couple. Il s’agit d’un dégât collatéral de cette épidémie sur le plan psychologique ?

Je ne l’affirmerais pas mais effectivement  je constate, dans mon cabinet, une demande en hausse pour les thérapies de couple. Le confinement a peut-être, dans certaines circonstances, augmenté ce phénomène.

 

Quelles sont les principales pathologies mentales engendrées par la pandémie ? On parle de troubles mentaux, dépressions, déprimes…

Il faut être très prudent avec le terme “troubles mentaux”. Les troubles mentaux renvoient à une pathologie sous-jacente. Nous, ce que l’on voit apparaître, c’est une augmentation des troubles anxiogènes, des troubles du sommeil et une montée de la consommation d’alcool avec tout ce que cela peut entraîner comme effets délétères. Mais on observe principalement cette anxiété et cette angoisse permanente.

Santé mentale : consulter le plus vite possible

On se dit souvent que nous avons juste une petite déprime passagère, mais pourtant cela peut s’avérer plus grave. Quels sont les signes qui doivent alerter ?

La perte du sommeil, les insomnies, les réveils nocturnes avec l’impossibilité de se rendormir doivent alerter. Puis d’une manière générale, lorsque l’on sent la perte de sa joie de vivre. Il ne faut pas hésiter à venir consulter, à demander un avis. Il existe des tas de dispositifs qui permettent de pouvoir être accompagné.

 

C’est souvent compliqué de faire la première démarche pour aller voir un psy. Est-ce qu’il y a un déclic où l’on se dit qu’à ce moment-là, il faut vraiment que j’y aille ?

Quand vous perdez votre joie de vivre, cela doit être un signal fort. Il n’y a pas de honte à aller demander de l’aide. Ce n’est pas être fou de demander de l’aide parce que l’on est triste et que l’on a plus de visibilité sur du court terme.

 

Si j’ai perdu cette joie de vivre, qui faut-il que je consulte ? Un psychiatre, un psychanalyste ou un psychologue ?

Dans l’absolu, la psychiatrie intervient auprès de personnes qui présentent des troubles mentaux et qui ont besoin d’un traitement spécifique. Quand vous allez voir un psychologue, il ne vous délivra pas de médicaments. Parfois, c’est un duo, médecin et psychologue. Le psychologue accompagne sur le plan psychologique et la verbalisation tandis que le médecin peut prescrire un antidépresseur ou un anxiolytique quand c’est nécessaire.

Santé mentale : les jeunes très touchés par la situation

Les jeunes souffrent énormément de cette privation de liberté, de l’isolement social. On peut lire chaque jour des dizaines de témoignages. Il y a même eu des suicides dernièrement dans la métropole de Lyon. Comment aide-t-on les jeunes à s’en sortir, à vivre cette période qui n’est pas normale quand on a 20 ans ?

A 20 ans comme à mon âge, les êtres humains sont des êtres grégaires et ils représentent la seule espèce animale qui a besoin de se projeter. Je vous mets au défi de vous projeter sur 15 jours ou sur 6 mois, en ce moment. Cette absence de perspectives génère ces troubles.

Pour un jeune qui n’est pas encore totalement construit psychiquement, c’est d’autant plus dommageable. Il faut savoir, tout de même, que de nombreux dispositifs sont mis en place pour venir en aide aux étudiants. Ces derniers les connaissent bien, sur les sites du CROUS ou sur lyoncampus.com. On trouve des tas de dispositifs qui leur sont dédiés.

Ouvrir les lieux de culture, “c’est l’équation bénéfice-risque”

Plusieurs scientifiques disent qu’il faut rouvrir les lieux de culture, les salles de sport pour sauver la santé mentale des gens. Vous êtes d’accord avec cela, faut-il rouvrir ?

Si c’est le psy qui vous répond, je dis évidemment oui. Il faut rendre la liberté à chacun et de nouveau pouvoir se côtoyer pour reprendre une vie sociale. Maintenant, sur le plan purement sanitaire, nous sommes bien conscients que l’on a pas encore passé cette zone d’alerte et qu’il va falloir encore respecter ce couvre-feu. C’est l’équation du bénéfice-risque. Je ne me prononcerai pas ou d’un côté ou d’un autre mais les deux sont difficilement conciliables…

 

Pour voir l’émission Votre Santé du 11 février en replay sur BFM Lyon.

 

À SAVOIR :

Selon une récente enquête de Psychologue.net, 40 % des psychologues et psychiatres de cette plateforme constatent une hausse des demandes des français pour les thérapies de couple depuis le début de la crise sanitaire. Une augmentation qui témoigne des nouvelles formes de difficultés rencontrées par les couples depuis la pandémie : manque d’espace pour soi dans l’appartement, plus de sorties entre amis, plus d’activités extérieures… La situation anxiogène (incertitude sur l’avenir et baisse de moral) amplifie les émotions désagréables qui se répercutent sur les couples avec notamment UNE BAISSE DE LA LIBIDO.

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