Pandémies : les scientifiques veillent à l'émergence de nouvelles infections © Pixabay
Pandémies : les scientifiques veillent à l'émergence de nouvelles infections © Pixabay

L’épidémie de la Covid-19 sera-t-elle suivie d’autres flamblées virales plus fréquentes et toujours plus nombreuses ? Peut-on réellement anticiper la suite des évènements en science ? La crise du coronavirus a mis en lumière la difficulté des scientifiques de comprendre précisément le déroulement d’une pandémie. Dans un objectif constant d’anticiper au mieux les prochaines épidémies à venir, les infectiologues multiplient les projets pour comprendre l’émergence des virus. Le point avec Philippe Vanhems, professeur des universités et praticien hospitalier de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et des Hospices Civils de Lyon (HCL) et chercheur au Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI).

La crise sanitaire du Covid-19 serait-elle le prélude à plusieurs autres pandémies à venir ? C’est la question soulevée par certains observateurs, qui avec la multiplication des épidémies depuis le début du XXIeme siècle (grippe aviaire, SRAS, H1N1, Ebola…) pointent notamment les effets du réchauffement climatique.

Mais le sujet est plus complexe que cela et les prédictions sont à faire avec prudence. C’est la position de l’infectiologue lyonnais Philippe Vanhems, pour qui le contexte actuel reste toutefois révélateur de l’urgence à continuer les projets de prévention des futurs infections possibles.

Réchauffement climatique, mondialisation, virus inconnus… Différents facteurs sont à prendre en compte pour anticiper l’émergence de nouvelles infections. Des projets, comme celui du NOSO-COR, tentent alors de mettre en place des systèmes d’alerte et de prévention.

 

Des épidémies pas plus nombreuses, mais mieux détectées

La crise sanitaire du Covid-19 a engendré deux confinements en France. Elle pourrait même engendrer une troisième vague, sans compter les impacts psychologiques des deux premières.

L’évocation très large de la pandémie a sans doute instauré une crainte excessive selon Philippe Vanhems. « Il faut d’abord rappeler qu’une pandémie est une épidémie, “hors-limites” à l’échelle planétaire. Et ce, qu’il s’agisse d’un virus ou d’un autre agent infectieux ».

Sommes-nous pour autant entrés dans une ère des pandémies ? « Pas nécessairement, il est essentiel d’analyser les déterminants facilitant l’éclosion ou le diagnostic de maladies infectieuses avant de conclure trop vite.»

Au-delà du terme « pandémie », c’est bien plutôt la multiplication des virus ou de bactéries qui inquiète et nécessite des stratégies de contrôle pour le futur. « Nous sommes dans un monde où la technologie, le contexte de la recherche, et les outils, deviennent extrêmement performants. Cela permet de détecter des “signaux infectieux” dans des coins reculés de la planète. »

L’amélioration de la recherche scientifique permettrait ainsi de détecter plus facilement des agents infectieux susceptibles d’entraîner des épidémies causant parfois une crainte excessive d’un plus grand risque de pandémies à venir. « Il faut absolument faire une différence entre la capacité à détecter un virus et sa capacité à entraîner une maladie et parfois même la mort. De nouveaux virus peuvent être identifiés sans qu’ils présentent pour autant de caractère agressif pour l’homme », rationalise Philippe Vanhems.

 

Un renforcement des risques épidémiques

Néanmoins, le 21ème siècle renforce les risques déjà existants auparavant. « Les contextes de diffusion sont nombreux aujourd’hui, ils sont par exemple liés à la mondialisation et aux voyages. Certains comportements personnels peuvent accentuer les risques. Le contexte climatique pèse également dans la balance », explique Philippe Vanhems. En effet, le réchauffement climatique pourrait avoir une conséquence directe sur le monde animal, qui reste un immense réservoir de virus souvent encore non connus.

Ces virus d’origine animales, entrainent des infections chez l’homme nommées « zoonoses ». Les contextes d’exposition à ces zoonoses sont croissants. En cause, par exemple, l’élevage intensif, la déforestation, et l’exploitation massive de certaines ressources de la planète.

 

NOSO-COR : un projet de lutte contre la transmission de la Covid-19

Philippe Vanhems collabore étroitement avec la fondation Mérieux rattaché au laboratoire P4 Jean Mérieux de Gerland, à Lyon. Il intervient au sein des HCL et du CIRI sur de nombreux projets en cours et à venir afin d’étudier les risques épidémiques. Notamment, plus récemment, le projet NOSO-COR.

« Nous souhaitons comprendre comment la Covid-19 a pu se diffuser dans les établissements de santé dans différentes régions du monde. Il s’agit de décrire et d’évaluer le risque d’infection du Covid-19 en milieu hospitalier. Le projet rassemble huit centres hospitaliers français. Mais également des hôpitaux des pays du Sud, à l’image du Brésil, du Mali, du Bangladesh, de Madagascar, … », présente Philippe Vanhems.

À côté des études cherchant à comprendre l’origine directe du virus, le projet NOSO-COR tend à comprendre l’émergence de clusters chez les patients et les soignants. La compréhension de ces transmissions épidémiologiques contribue à compléter les connaissances du risque épidémique du SARS-Cov2. Et apporte ainsi des éléments de réponses pour améliorer les préventions et contrôles du risque épidémique dans les hôpitaux. Les Hospices Civils de Lyon coordonne ce projet pour les centres français participants.

 

« L’opinion générale doit accepter l’incertitude des scientifiques sur les pandémies »

Les méthodes de détection deviennent de plus en plus performantes ces dernières années. « Il existe déjà des outils de diagnostic biologique et de surveillance épidémiologiques très efficaces. Il faut continuer à travailler sur le phénomène de surveillance des émergences car de nouveaux évènements surviendront. » La prédiction scientifique est un domaine en pleine évolution qui peut être aidante mais dont la part d’incertitude est réelle. Des méthodes d’analyses sophistiquées, notamment les modélisations mathématiques, sont utilisées. Mais elles ont des limites en terme de validité.

Avec tout un arsenal d’outils technologiques et une approche scientifique organisée et méticuleuse, la prédiction scientifique deviendra-t-elle infaillible ? « C’est impossible de tout prédire et c’est parfois très risqué. Il existe des facteurs externes non contrôlables comme le contexte social, industriel et économique. Des comparaisons avec des épidémies passées sont très utiles afin de trouver des similitudes et des différences. Il faut garder une extrême prudence face aux prédictions », insiste Philippe Vanhems.

L’avis scientifique est souvent perçu comme infaillible dans la population. « Les attentes envers les scientifiques sont très élevées. Notamment dans le cas du Covid-19 et des pandémies. Toutefois, la population comme les professionnels de santé se doivent d’intégrer et d’accepter une part d’incertitude en termes de santé. Surtout dans le contexte très particulier des maladies émergentes », conclut Philippe Vanhems.

 

À SAVOIR

Philippe Vanhems est professeur à l’Université Claude Bernard Lyon 1, praticien hospitalier des Hospices Civils de Lyon et chercheur au Centre International de Recherche en Infectiologie). Il est membre du conseil scientifique de la région Auvergne-Rhône-Alpes. PRÉSIDÉ PAR BRUNO LINA (VIROLOGUE LYONNAIS), Ce conseil accompagne la campagne de dépistage massive du covid-19. UNE OPÉRATION QUI SE DÉROULE DU 16 AU 23 DÉCEMBRE SUR TOUTE LA RÉGION.

 

 

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