lutte contre les cancers
Jean-Yves Blay, directeur général de Centre Léon Bérard, sur le plateau de BFM Lyon. ©DR

Chaque année en France, 382 000 nouveaux cas de cancers sont détectés. Alors que la pandémie du coronavirus accapare les esprits, les autres maladies ne doivent pas être oubliées. C’est le cas notamment des cancers, qui souffrent d’un manque de détection depuis le printemps dernier. La crise sanitaire a t-elle durement impacté les patients atteints de cancers ? Les méthodes de traitements évoluent-elles au fil des années ? Les explications de Jean-Yves Blay, directeur général du Centre Léon Bérard, à Lyon, et invité de l’émission « Votre Santé » ce jeudi 4 février sur BFM TV Lyon, à l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre le cancer.

Chaque année, en France, 160 000 personnes décèdent des suites d’un cancer. Cette maladie est la première cause de mortalité chez les hommes et la deuxième chez les femmes. Les recherches pour la lutte contre les différents cancers continuent d’avancer mais la crise sanitaire a fortement impacté les services de cancérologie. L’OMS estime, qu’en Europe, un pays sur trois les a fermés durant l’épidémie.

Le dépistage n’est-il plus aussi systématique à cause du Covid-19 ? Les recherches de traitements avancent-elles ? Éléments de réponse avec Jean-Yves Blay, directeur général du Centre Léon Bérard, à Lyon, invité d’Elodie Poyade et de Pascal Auclair dans l’émission Votre Santé (BFM Lyon) de ce jeudi 4 février.

 

Un retard de diagnostic à cause de la pandémie

En cette journée mondiale de la lutte contre le cancer, il est important de ne pas oublier les autres maladies alors que la Covid prend toute la place depuis presque un an dans notre actualité…

Jean-Yves Blay : Oui absolument, surtout que l’impact du Covid sur la prise en charge des patients atteints de cancers a été multiple. D’une part, ce sont des personnes qui sont plus fragiles et qui vont avoir des complications plus notables ou plus fréquentes que la population générale. D’autre part, il y a un problème d’utilisation du système de santé principalement aux services des patients soignés pour Covid. Les patients ont parfois eu du mal à venir consulter. Il y a donc eu des retards de diagnostic dans notre pays comme dans tous les pays d’Europe.

 

Certains patients ne viennent plus aussi facilement se faire dépister en se disant que les hôpitaux sont débordés. Par conséquent, ils prennent du retard dans la détection d’un cancer qui pourrait sauver des vies ? 

Alors oui, on constate du retard dans la détection de cancers surtout lors du premier confinement. Les personnes qui se savaient porteurs d’un problème mais n’ayant pas encore de diagnostic n’ont pas osé venir étant donné que le système de santé était embouteillé. Ils avaient également peur d’attraper la Covid-19. Des retards de diagnostics mais aussi d’interventions chirurgicales. On a d’ailleurs du mal à mesurer ces retards. Pour autant, c’est quelque chose que l’on a observé et qu’on continue à observer en partie, mais maintenant les gens osent venir dans les hôpitaux pour se faire diagnostiquer.

 

Est-ce que vous observez, depuis le début de la pandémie, une létalité plus forte auprès des patients cancéreux ? Y a-t-il des précautions particulières à prendre ? 

Les précautions sont celles que l’on doit tous prendre. Il faut vacciner les patients atteints de cancers au plus vite, mais pour l’instant cela reste un peu difficile. Effectivement, il faut être très vigilant sur le risque de contamination car ils sont plus à risque de développer des complications graves et d’être hospitalisés en réanimation.

 

“Une cancérologie très personnalisée”

Aujourd’hui, quelles sont les pathologies les plus fréquentes et y a-t-il des nouvelles typologies de personnes touchées par ces cancers? Notamment avec les femmes qui sont plus impactées que dans le passé ?

Le cancer, dans notre pays et les pays occidentaux, représente quatre grandes pathologies : le sein, la prostate, colorectal et du poumon. Ces quatre pathologies représentent une large fraction des patients atteints de cancers. Ces quatre groupes sont des maladies très différentes, il y a des sous-groupes à l’intérieur de chacune d’elles. Cette fragmentation caractérise le moment actuel dans lequel on se situe en cancérologie. Celui d’une cancérologie très personnalisée. De nombreux cancers sont des maladies assez rares que l’on pensait relativement homogènes tel que le cancer du poumon qui représente en réalité une dizaine voire une trentaine de maladies différentes.

 

L’évolution des mœurs, par exemple le fait que les femmes fument beaucoup plus, a t-elle une incidence directe sur le taux de cancer du côté des femmes ?

C’est clair que le tabagisme féminin a augmenté au fil des années donc mécaniquement le nombre de cancers du poumon observé chez la femme aussi. Il est d’ailleurs devenu dans certains pays la première cause de létalité par cancers. C’est un phénomène sociologique qui tend plutôt à s’atténuer dans notre pays même si, comme le président de la République l’a dit ce matin, il faut travailler sur la réduction du tabagisme chez les jeunes notamment.

Une stratégie décennale pour faire reculer les cancers

Le chef de l’Etat a demandé une génération sans tabac pour ceux qui auront 20 ans en 2030. Des avertissements également contre l’excès d’alcool pour passer selon lui de 150 000 à 100 000 cancers par an, des cancers dits « évitables ». Est-ce que cela marche, selon vous, ces stratégies de communication que l’on a pu voir notamment sur les paquets de cigarettes ?

Malheureusement pas assez. On constate tout de même une augmentation des personnes qui arrêtent de fumer et qui viennent se faire aider par des tabacologues. Cette méthode de communication fonctionne mais pas assez. Il faut aller encore plus loin. Je pense que le principe de la stratégie décennale pour faire reculer les cancers, annoncée par Emmanuel Macron, va aller plus loin.

On a vu que les méthodes classiques ont obtenu des effets significatifs mais que l’on plafonne. Il ne suffit pas de savoir que le tabac cause le cancer pour arrêter. Il faut mettre en place d’autres choses et notamment chez les jeunes. Là-dessus, c’est une stratégie complètement innovante qu’il va falloir mettre en œuvre. C’est l’un des projets, à la fois réalisable et assez enthousiasmant, qui va avoir lieu sur les dix prochaines années.

 

Comment convaincre les jeunes de ne pas commencer à fumer ?

Je crois qu’il n’y a pas de réponse. Cela va être le travail de nos prochaines années. Trouver la manière pour éradiquer et avoir vraiment une génération sans tabac.

Des progrès sur la lutte contre les cancers

La recherche avance, beaucoup d’efforts mais aussi d’argent. Est-ce que l’on ressent que ces efforts payent ? Certains cancers guérissent-ils plus rapidement et les chances de rémissions sont-elles beaucoup plus élevées ?

Nous sommes en train de vivre une révolution complète. Ce que l’on comprenait du cancer il y a 10 ans n’a plus rien à voir avec ce que l’on comprend maintenant. On a des traitements très spécifiques pour certains sous-groupes de ces maladies qui marchent de manière remarquable. Ils rendent curables des patients incurables il y a encore quelques années. Les exemples se multiplient. Simplement, cela ne va pas être un grand groupe comme les cancers du poumon mais plutôt un petit groupe à l’intérieur de chacune des pathologies. On progresse énormément mais pas à pas.

Par exemple, en particulier avec l’immunothérapie mais pas exclusivement. L’immunothérapie est une révolution majeure pour un grand nombre de cancers.

 

L’Institut de cancérologie des Hospices Civils de Lyon travaille au quotidien sur l’immunothérapie. Y a-t-il plusieurs projets de recherche qui sont encore en cours pour cette année 2021 ?

Il y a plusieurs types de projets qui se mettent en place. Globalement, les projets d’immunothérapie sont dans différentes dimensions. L’approche de l’immunothérapie actuelle est le traitement le plus précoce possible des patients notamment en situation de première ligne en phase métastatique mais également en situation adjuvante.

Tant aux Hospices Civils de Lyon qu’au Centre Léon Bérard, nous avons des protocoles, en général communs, qui se développent et qui permettent de donner ces traitements très tôt aux patients pour non seulement traiter sur le long terme mais également prévenir l’apparition de rechute. L’immunothérapie marche pratiquement dans tous les types de cancers mais seulement sur une fraction des patients que l’on est en train de comprendre.

Cancers : “Toutes raisons de garder espoir”

Aujourd’hui, on arrive à guérir d’un cancer diagnostiqué tôt. Il faut garder espoir, on ne meurt pas forcément d’un cancer ?

La très grande majorité des patients qui sont traités pour un cancer vont guérir. Les chiffres s’améliorent au fil du temps. Alors, je crois qu’il y a toutes raisons de garder espoir.

Pour voir l’émission Votre Santé du 4 février en replay sur BFM Lyon.

 

À SAVOIR

Le Centre Léon Bérard est un établissement spécialisé dans la contre le cancer. Situé à Lyon, cet établissement privé a trois objectifs principaux : soigner, rechercher et enseigner. Le Centre Léon Bérard fait parti du groupe Unicancer qui rassemble tous les centres dédiés à 100 % à la lutte contre le cancer en France et de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer.

 

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