Etude Covid vaccination Philippe Vanhems
Pour le professeur Philippe Vanhems, les résultats de l'étude sur la vaccination contre la Covid-19 sont sans équivoque ©P.Auclair

Une étude menée par une équipe lyonnaise sur la région Auvergne-Rhône-Alpes confirme l’importance de la vaccination pour lutter contre les formes graves de la Covid-19. « Plus la couverture vaccinale est importante, plus le nombre des hospitalisations se réduit », confirme le professeur Vanhems (HCL), qui esquisse les hypothèses d’une sortie de crise. 

L’information est martelée depuis des mois par le gouvernement. Elle est désormais confirmée par une étude menée à Lyon et en Auvergne-Rhône-Alpes. La vaccination contre la Covid-19 reste – et de loin – le meilleur rempart contre la maladie.

Cette étude riche d’enseignements a été réalisée par à Lyon par le service Hygiène, Epidémiologie, Infectiovigilance et Prévention du centre hospitalier Edouard Herriot. Elle a été publiée dans la revue scientifique « Vaccine ».

Alors, quel est l’impact réel de la vaccination contre la Covid-19 ? Quelle sera son incidence avec le variant Omicron ? Les réponses du professeur Vanhems, chef de service aux Hospices Civils de Lyon, à l’origine de cette étude.

 

Vous avez réalisé durant onze mois une étude sur l’impact de la vaccination anti-Covid en Auvergne-Rhône-Alpes. Quels sont les principaux enseignements de cette étude ?

Le principal enseignement, c’est que le taux d’admissions à l’hôpital diminue de manière très significative avec une forte couverture vaccinale. En effet, depuis les premières injections du vaccin, début 2021, jusqu’au 15 novembre dernier, notre équipe a observé en moyenne une baisse de 98% des hospitalisations liées à la Covid. Ce chiffre est le fruit d’une analyse des données agrégées et corrélées provenant de plusieurs sources en Auvergne-Rhône-Alpes (1). Autre enseignement, la vaccination permet de réduire le taux d’incidence du virus dans la population. Mais cette baisse du taux de contamination, de l’ordre de 21%, est bien moindre que l’impact sur les hospitalisations.

 

Vaccination et gestes barrières, le cocktail gagnant 

Comment expliquer ce double phénomène ?

Cela corrobore les essais cliniques publiés récemment. La vaccination réduit de manière spectaculaire le risque de générer des cas graves. Plus la couverture vaccinale est importante et plus on observe une réduction des hospitalisations. Mais cette vaccination ralentit aussi la transmission du virus, surtout si elle est associée à d’autres mesures de protection. Qu’il s’agisse des gestes barrières, du télétravail ou d’un couvre-feu.

 

Peut-on en conclure que l’on est immunisé contre la Covid-19 en cas de vaccination ?

Non. Après une vaccination, on peut encore transmettre le virus mais dans une proportion bien moindre. En d’autres termes, le vaccin ne contrôle pas complètement la transmission de la Covid-19 mais il réduit les risques de contamination de manière substantielle.

 

Omicron et l’hypothèse d’une immunité collective

La variant Omicron, a priori moins virulent mais beaucoup plus contagieux, risque-t-il de changer la donner ?

Il est trop tôt pour le dire. Notre étude s’est arrêtée en novembre, juste avant l’apparition d’Omicron. Elle portait uniquement sur l’incidence des variants Alpha et Delta. Maintenant, il semble que le schéma vaccinal actuel soit très encourageant. Avec l’injection d’une troisième dose, la protection contre le variant Omicron est de l’ordre de 70%. Reste à savoir combien de temps durera cette immunité. On manque de recul sur la question. Une chose est sûre, ce rappel vaccinal limite vraiment les risques de transmission si on respecte aussi les mesures préventives comme le port du masque, le lavage des mains, la distanciation sociale ou une aération régulière.

 

Compte tenu de son impressionnante vitesse de diffusion, Omicron pourrait-il permettre d’atteindre une forme d’immunité collective ? En d’autres termes, que ce fichu variant Omicron soit notre salut ?

C’est une hypothèse émise par plusieurs experts. En effet, il n’est pas exclu que ce variant génère une réponse immunitaire à très grande échelle.

 

Vers des épidémies à caractère saisonnier

On peut donc être raisonnablement optimiste sur une sortie de crise ?

Effectivement, il ne faut pas être trop alarmiste. Certes, on n’est pas à l’abri de l’apparition d’un nouveau virus encore plus virulent. Mais, outre une possible immunité collective, on peut aussi espérer une évolution du virus vers des formes moins agressives. En effet, par le passé, on a vu que la mutation régulière de certains virus avait tendance à les fragiliser. A les rendre de moins en moins agressifs. C’est ce que l’on constate en Afrique du Sud avec un fort taux de contamination mais peu de cas sévères et une absence d’augmentation majeure de la mortalité.

 

A terme, on pourrait donc envisager une vaccination du même genre que la grippe ?

C’est une possibilité. On passerait d’une succession de vagues pandémiques à des pics épidémiques à caractère saisonnier, comme pour la grippe. Ces pics auraient une incidence variable en fonction des zones géographiques, des types de population, de leur âge, de leur système immunitaire… Voilà pourquoi plusieurs grands laboratoires, dont Sanofi, travaillent à l’élaboration d’un vaccin universel, polyvalent, pour générer une protection au long court quelles que soient les souches du virus. En attendant, je le répète, la vaccination, les gestes barrières et le dépistage restent les meilleures armes pour lutter contre cette maladie.

(1) Santé Publique France, APHP, ARS Auvergne-Rhône-Alpes, Assurance Maladie, Direction Générale de la Santé.

 

A SAVOIR

Selon les derniers chiffres épidémiologiques, le raz-de-marée lié au variant Omicron continue de déferler avec une puissance inégalée en France. Désormais, le nombre de contaminations dépasse le seuil des 200 000 cas par jour. Un nouveau record. En Auvergne-Rhône-Alpes, le taux d’incidence du virus dépasse les 1 000 cas/100 000 habitants. Le port du masque en extérieur est de nouveau obligatoire dans plusieurs départements (Drôme, Isère, Loire, Haute-Savoie) et quelques villes (Lyon, Villeurbanne).

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