Un malade de la Covid-19 sur deux serait concerné par la perte d'odorat. Parmi ces patients, 50% d'entre eux, en souffriraient toujours. ©karlyukav_Freepik

La perte d’odorat ou anosmie, concernerait plus de la moitié des victimes de la Covid-19. Parmi ces contaminés, près d’un patient sur deux n’aurait toujours pas retrouvé tout son odorat. La rééducation olfactive pourrait être la solution. Le point sur les traitements de l’anosmie avec le Docteur Bensafi, chercheur au CNRS de Lyon et responsable d’une étude sur le sujet. 

« Comment (ré)éduquer son nez ?« . C’est l’objet du livre du Docteur Moustafa Bensafi, directeur de recherches au CNRS de Lyon, à la tête d’une étude sur la perte de l’odorat dans le cadre de la Covid-19. L’étude lyonnaise a concerné lors de la première vague 1000 patients entre avril et mai.

Parmi les déclarations des anosmiques de la Covid-19, principalement des femmes, la majorité décrivent une perte d’odorat totale (60%) et soudaine. « La principale caractéristique de cette anosmie est son apparition brutale. Il n’y a pas eu de progression comme c’est le cas pour la personne âgée par exemple. En moyenne, cette perte d’odorat intervenait dès le troisième jour de l’apparition des symptômes. Mais pour un tiers des patients, le déficit olfactif était le premier ou le deuxième symptôme de la Covid-19« , précise le Dr Bensafi.

 

Perte de l’odorat : quels sont les traitements ?

Si certains retrouvent leur sens après une dizaine de jours, pour près de la moitié des patients, le parcours est long. « On a pu constaté que plus l’anosmie dure, plus le patient est âgé. Certains patients n’avaient toujours pas retrouvé leur odorat au bout de plusieurs mois« , confirme le scientifique lyonnais. Heureusement, des traitements existent pour aider le nez à retrouver ses fonctions olfactives.

 

L’entraînement olfactif : un traitement simple et efficace

À l’hôpital, cette méthode se réalise via des kits contenant différentes odeurs, plus ou moins fortes, à sentir tous les jours. L’entraînement olfactif peut également se faire à la maison. « Les patients peuvent tout à fait réaliser le protocole chez eux, confirme le Dr Bensafi. On établit ensemble une liste des odeurs auxquelles ils peuvent avoir accès chez eux, et les exercices à réaliser« . Des odeurs principalement épicées. Une méthode qui marche puisqu’elle double les chances de récupération de l’odorat après la Covid-19. De 33% (en récupération spontanée) à 65% grâce à l’entraînement olfactif !

 

La rééducation par les flaveurs* 

Une seconde méthode est liée à la synergie entre les sens de l’odorat, du goût et les sensations qu’ils créent dans le cerveau. « On se base sur la bibliothèque de souvenirs olfactifs du cerveau pour reconstruire une flaveur* et donc stimuler voire réactiver les fonctions de l’odorat. À l’aide des aliments ayant des saveurs gustatives prononcées comme le piquant, le salé ou encore le sucré. L’idée est de jouer avec des sensibilités non-olfactives pour influencer l’odorat : une rééducation cognitive« , détaille le Pr. Bensafi. Ambitieuse, ce traitement n’a toutefois pas encore fait ses preuves et est actuellement en cours d’étude.

D’autres pistes de traitements sont actuellement en cours de recherches par le Professeur et son équipe. Pour les patients les plus gravement touchés par l’anosmie, la piste d’une prothèse olfactive pour retrouver l’odorat est également en étude.

*La flaveur correspond à la sensation conjointe du goût et de l’odorat

 

L’anosmie : un symptôme irréversible ?

À l’heure actuelle, les scientifiques ne peuvent toutefois pas écarter l’hypothèse d’une irréversibilité pour certaines personnes. « Pour avoir une idée, sur la plateforme smelltracker sur laquelle les patients anosmiques post Covid-19 évaluent ce symptôme, la moitié n’ont toujours pas récupérer leur odorat », commente le chercheur lyonnais. À noter que ces chiffres sont recueillis par l’autoévaluation des malades volontaires et pourraient être plus importants. « Si un patient avait une anosmie, et qu’après plusieurs jours il a le sentiment de mieux sentir, cela ne signifie pas forcément qu’il a retrouvé l’odorat. La perte de son odorat a pu passer de totale à partielle« , poursuit-il.

 

Perte de l’odorat : des conséquences potentiellement graves

La perte d’un sens n’est pas sans gravité dans la vie d’une personne. Détection de la fumée, du gaz, d’aliments périmés… Les fonctions de base de l’odorat permettant de détecter un potentiel danger ne sont plus assurées en cas d’anosmie. À la clé, un risque accru d’accidents domestiques ou d’intoxications alimentaires. Pour 50 à 80% des anosmiques, ce déficit s’accompagne également d’une perte de goût (agueusie). Réelle ou ressentie, puisque les sens du goût et de l’odorat sont souvent liés.

 

De l’anosmie à la dépression

Mais l’anosmie engendre également celle de plaisirs olfactifs et prive de certaines interactions sociales. « Cela provoque chez certains patients une modification du comportement, de l’anxiété, du stress et une perte de plaisir pouvant amener à la dépression« , explique le Dr Bensafi.

Alors que la santé mentale des personnes est particulièrement mise à mal en cette période de pandémie et de confinement, les anosmiques sont d’autant plus touchés. Des conséquences sur la qualité de vie des patients qui, comme l’espère le Dr Bensafi et son équipe, « ne tomberont pas dans l’oubli« .

À SAVOIR

Dans son livre pédagogique « Cerveau et odorat. Comment (ré)éduquer son nez ?« , le Docteur Moustafa Bensafi détaille les résultats de plusieurs recherches sur l’anosmie. Il explique également les mécanismes des fonctions olfactives et comment les entraîner, dans le détail.

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