Une maman procède à un autotest sur sa fille, cas contact Covid-19.
Pour éviter de faire tester régulièrement leurs enfants, certains parents préfèrent les laisser contracter le virus et ainsi développer une immunité naturelle.©Freepik

En raison du protocole sanitaire dans les écoles, de plus en plus de parents envisagent d’exposer sciemment leurs enfants à la Covid-19, persuadés de l’absence de dangerosité du variant Omicron. Le but de ces contaminations volontaires ? Bénéficier d’une immunité naturelle, échapper aux mesures d’éviction et, dans certains cas, à la vaccination. Un raisonnement faussé et potentiellement dangereux selon le Pr Yves Gillet (Hospices Civils de Lyon), chef de service adjoint des urgences pédiatriques de l’Hôpital Femme Mère Enfant.

Depuis le retour en classe, le 3 janvier, la flambée des cas de Covid-19 dans les écoles donne des sueurs froides aux parents d’élèves. Un vrai casse-tête, d’autant que le protocole a évolué trois fois, entre test antigénique ou PCR à J0, attestations sur l’honneur et autotests à J+2 et J+4…

Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé un allégement du protocole. Désormais, un simple autotest à J+0, renouvelé à J+2 et J+4, est requis pour permettre le retour d’un enfant cas contact dans sa classe.

Toutefois, de plus en plus de parents ont imaginé une autre parade au casse-tête : exposer volontairement leurs enfants au virus de la Covid-19. Objectif ? Leur offrir une immunité naturelle, voire repousser de quelques mois la question du vaccin.

Le phénomène, encore embryonnaire, interpelle les pédiatres. Une telle exposition, teintée d’inconnues à l’heure où les contaminations au variant Omicron explosent, présente en effet des risques imprévisibles. Les explications du Pr Yves Gillet, chef de service adjoint des urgences pédiatriques de l’Hôpital Femme-Mère-Enfant, à Lyon.

 

La tendance à l’exposition volontaire des enfants au virus de la Covid-19 est-elle déjà perceptible dans les cabinets de pédiatrie ?
Yves Gillet (HCL)
Le professeur Yves Gillet (Hospices Civils de Lyon)

Pas encore, mais rien d’étonnant à cela, car ce n’est certainement pas ce que l’on va raconter à son médecin.

En revanche, nous percevons clairement de sérieuses difficultés, même chez les parents les plus motivés, à appliquer les mesures proposées dans le cadre du protocole sanitaire à l’école.

On sait aussi que certains enfants en ont assez, car certains tests antigéniques sont très intrusifs. D’où, certainement, la tentation…

 

Cette pratique n’a-t-elle pas déjà fait ses preuves pour d’autres maladies, comme les oreillons ou la varicelle ?

On sait qu’il vaut mieux contracter une maladie infantile le plus tôt possible, car la rougeole, la varicelle, la rubéole ou encore les oreillons peuvent être bien plus graves à l’âge adulte. Le fait de s’exposer volontairement à un virus n’est donc pas nouveau.

Aux États-Unis, on organisait dès les années 60 des « Pox Party », des fêtes de la varicelle pour que le plus possible d’enfants attrapent la maladie. Le problème, c’est qu’il y a eu de vraies catastrophes. La maladie a beau être bénigne dans l’immense majorité des cas, on a vu se développer des formes graves et on a recensé des décès.

 

Les PIMS, l’effet Covid-19 qui fait mal aux enfants

Il y a donc clairement un risque à exposer volontairement un enfant au virus de la Covid-19 ?

Oui, car si elles sont rares, il peut y avoir des formes graves, et pas forcément chez des enfants à haut risque ou immuno-déprimés. On sait aussi que le virus de la Covid-19 est bien plus bénin chez l’enfant que chez l’adulte : c’est vrai, mais ce n’est pas une garantie à 100% !

Et il y a également une problématique très particulière à l’enfant avec la Covid-19 : les PIMS (syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique, NDLR). Cette réponse inflammatoire très intense et disproportionnée, spécifique à l’enfant jusqu’au jeune ado non vacciné, se manifeste quinze jours à un mois après la maladie. Ces PIMS sont totalement imprévisibles et 80% des enfants touchés n’ont pas d’antécédents.

 

Ces cas de PIMS Covid sont-ils fréquents ?

Pas vraiment. On recensait, lors du dernier comptage de la semaine dernière, moins d’un millier de cas en réanimation pédiatrique. Soit 1 à 2 cas pour 100 000. Mais lorsque ce syndrome survient, l’enfant est pris en charge en réanimation, sous assistance respiratoire !

Cela donne une idée du risque. On a d’ailleurs pu constater que pour les enfants atteints de cette complication la plus redoutable, rares étaient ceux qui avaient été vaccinés.

 

Le vaccin, une option bien plus « raisonnable »

Le vaccin est donc selon vous le meilleur moyen de protéger les enfants ?

C’est là le paradoxe. Vouloir attraper une maladie quand on est petit pour s’immuniser lorsque l’on a rien d’autre sous la main est compréhensible. Mais là, ce n’est pas le cas : nous avons le vaccin !

Quitte à exposer l’enfant à un antigène, autant prendre le vaccin, administrable dès l’âge de 5 ans. Et nous ne sommes pas là dans le fantasme : il a été scientifiquement démontré que la maladie présente des formes moins graves lorsque l’on est vacciné.

 

Les craintes de certains parents face au vaccin sont-elles justifiées ?

On entend souvent en consultation que l’on ne connaît pas les effets du vaccin sur le long terme. Mais les parents concernés oublient un détail : depuis cent ans, aucun vaccin n’a montré des effets secondaires sur le long terme qui ne seraient pas révélés dans les six semaines.

Le recul n’est donc pas en question: ces six semaines, nous les avons déjà ! Et ces idées reçues viennent fausser les raisonnements. On en arriverait ainsi à préférer donner à nos enfants une maladie dont on ne sait pas tout, avec des variants qui interfèrent, et jouer avec un risque non maîtrisable ? Alors qu’en face, on a le choix raisonnable d’un vaccin dont on a mesuré les risques éventuels, qui sont tout à fait négligeables ?

 

Enfants et Covid-19 : gare à l’inconnue variant Omicron

La réputation moins dangereuse du variant Omicron jouerait dans le choix des parents d’exposer leurs enfants au virus. Qu’en pensez-vous ?

Le variant Omicron n’est pas encore assez connu. Pour l’instant, effectivement, il se révèle un peu moins virulent, en tout cas chez les adultes. Mais chez les enfants, le gros problème réside dans cet éventuel syndrome respiratoire un mois après. Rendez-vous donc dans un mois et demi pour mesurer réellement la gravité du variant Omicron chez les enfants…

 

Le variant Omicron est-il le variant des enfants, particulièrement touchés ?

Non. Une maladie infectieuse touche les populations réceptives. Or, les enfants ne sont pas vaccinés, il est donc normal qu’ils soient massivement touchés. Et nous les testons tellement en ce moment que le contraire serait étonnant !

Et fermer les écoles ne serait pas une solution: elles l’ont été pendant les deux semaines de vacances de Noël et c’est là que le variant Omicron a explosé. Attention donc à ne pas mettre la pression sur les enfants, alors même que l’on laisse ouverts les restaurants, les bars et les salles de repos dans les entreprises.

 

Les hospitalisations en pédiatrie restent rares

Y a-t-il beaucoup d’enfants actuellement hospitalisés pour Covid-19 ?

On constate beaucoup de passages aux urgences pédiatriques. Mais des enfants hospitalisés, relativement peu. Cela dépend des jours. Ce mardi, nous en avions deux, pour vingt-trois lits, ce qui n’est pas énorme.

En réa, nous en avons cinq ou six, dont un avec le syndrome PIMS, un avec une forme grave de la maladie, et d’autres touchés par d’autres pathologies comme la bronchiolite. Ce cas de figure est courant : la semaine dernière, nous avions un enfant en réa pour une méningite, et nous lui avons diagnostiqué la Covid, presque par hasard. C’est en gros l’impression générale, mais nous sommes bien en peine de dire ce qu’il en sera la semaine prochaine.

 

Quel conseil donneriez-vous aux parents tentés par une exposition volontaire au virus ?

De ne pas jouer aux apprentis sorciers. Et de mesurer la culpabilité induite. Sciemment donner la Covid à un enfant et se retrouver à son chevet à l’hôpital un mois après : vous imaginez dans quel état seraient les parents? Je sais que nous avons des raisons d’en avoir marre, mais il faut faire preuve de sagesse. Lorsqu’une mesure est avancée, n’essayons pas de la critiquer avant même de l’appliquer. Essayons-là ! La seule chose qui nous sortira de cette crise, c’est notre intelligence. Il serait bon que l’on s’en serve un petit peu.

 

À SAVOIR

Dans le département du Rhône, six centres de vaccination proposent la vaccination pour les enfants de 5 à 11 ans : le centre de vaccination de l’Hôpital Nord-Ouest, le centre du Palais des Sports de Gerland, le centre de Sain-Bel, le centre de Saint-Bonnet-de-Mure, le centre de vaccination de Beauvallon, ainsi que le centre de Saint-Didier-au-Mont-d’Or. Ce dernier centre, géré par le Centre Hospitalier des Monts d’Or, entrera en activité le vendredi 14 janvier. Il sera ouvert sur rendez-vous le mercredi de 14 à 21h, le vendredi de 17h à 21h et le samedi de 9h à 17h.

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