Davantage d’anxiété, de dépressions et d’addictions apparaissent durant un confinement.
Davantage d’anxiété, de dépressions et d’addictions apparaissent durant un confinement. ©Freepik

A la veille d’un probable déconfinement progressif, l’épidémie de coronavirus continue de creuser son trou dans la santé mentale des Lyonnais. En cause ? Le confinement et l’incertitude sanitaire future affecte le moral des Français. Déprime, dépression, burn-out… De quoi craindre une troisième vague… psychologique. Les explications du psychiatre lyonnais Nicolas Franck, auteur de “Covid-19 et détresse psychologique”, invité de l’émission Votre Santé sur BFM TV.

Terrible sur le plan psychologique, l’année 2020 aura marqué la santé mentale des Français. Entre confinement, déconfinement, reconfinement, voire un Noël solitaire, le moral de la population est en berne. Le directeur général de la Santé Jérôme Salomon l’a d’ailleurs clairement annoncé : « la santé mentale des Français s’est à nouveau dégradée entre fin septembre et début novembre ». Mais alors comment trouver du réconfort dans cette situation inédite ? Quelle méthode déployer pour évacuer cette détresse psychologique ?

À l’instar du premier confinement au mois de mars, le pays continue de tourner. Ecoles ouvertes, télétravail massif, dépistages denses… Pourtant, le bien-être psychologique connait une nouvelle vague de déprime et dépressions. La faute au manque de visibilité sur le long terme, à l’isolement et aux repères perdus. Le point sur la situation actuelle avec l’invité Nicolas Franck, psychiatre à Lyon et auteur de ”Covid-19 et détresse psychologique”, au côté d’Elodie Poyade et de Pascal Auclair dans l’émission Votre Santé (BFM Lyon).

Santé mentale covid votre santé
Pascal Auclair (Ma Santé) et le professeur Franck Nicolas.

La santé mentale, une troisième vague épidémique ?

Partagez-vous les inquiétudes d’une troisième vague sur la santé mentale des Français ?

Dès le mois de mars, je me suis formulé cette inquiétude. En effet, lorsque le premier confinement est arrivé, les Français se sont sentis sidérés et perplexes. Moi compris. Comment les français allaient-ils affronter cette situation de stress prolongé et extrêmement difficile ? D’autant plus que l’issue est manquante, la fin de cette crise lointaine.

Avec quelques collègues, nous avons donc monté une enquête en population générale sur l’impact du confinement sur la santé mentale. En parallèle, j’ai rédigé un livre « Covid-19 et détresse psychologique » retraçant les évènements de l’enquête. Ces derniers sont également mis en perspective avec d’autres situations d’isolement sensoriels ou relationnels. Et ce, afin de comprendre quels facteurs allaient protéger ou aggraver la situation.

Si notre enquête a commencé la deuxième semaine du confinement, les premiers résultats sont arrivés dès la troisième semaine. Résultat ? Une souffrance de toute la population. Ainsi, ce stress ne concerne donc pas seulement quelques Français, mais bien les 67 millions de Français. Tous étaient et sont toujours stressés face à l’épidémie, les empêchant de se projeter dans l’avenir. Ils restent figés, prostrés.

 

Isolement, télétravail… Des troubles psychologiques en hausse

Constatez-vous un impact du confinement sur le moral des Lyonnais ?

En effet, tant pour les Lyonnais que pour tous les Français. D’ailleurs, nous l’avons observé dès la première semaine du deuxième confinement. L’enquête montre une réduction du bien-être mental et surtout une aggravation au fil du confinement. En particulier dans certaines catégories de la population.

 

Quels sont les troubles caractéristiques de comportements post-épidémiques à risques ?

Sur un premier pallier de réduction du bien-être mental, on retrouve des manifestations “aspécifiques”. Le fait de se sentir tendu, irritable, de mal dormir, de ruminer, de se mettre en conflit avec ses proches, d’avoir l’impression de ne pas pouvoir surmonter l’obstacle de la période actuelle, de ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir… Puis, sur un second pallier, des manifestations dites pré-morbides atteignent le seuil de la tristesse, de l’incapacité à affronter son quotidien. C’est ce que l’on appelle la dépression ou trouble dépressif caractérisé. Au contraire, d’autres personnes atteignent une peur dans leur rapport à l’environnement, à ce qu’il peut arriver. On parle de trouble anxieux. Ces derniers sont les deux principaux troubles à craindre dès à présent.

 

Comment le télétravail influe-t-il sur la santé mentale ?

La situation n’est pas si homogène que l’on pourrait le penser. Certaines personnes vont se retrouver en harmonie avec leur travail et leur environnement immédiat. D’autres seront mise à mal. Parce qu’elles ont des enfants à la maison ou parce qu’elles sont isolées et mélangent les temps professionnels et personnels en se laissant débordés. J’ai notamment relevé trois burn out du premier confinement et télétravail.

 

Impact psychologique du confinement : de la déprime jusqu’au burn-out

Quelles différences entre déprime, dépression et burn-out ?

La déprime est une manifestation de l’ordre de l’”aspécifique”, le premier stade dont je vous parlais. Ce n’est pas une pathologie mais un ressenti. En revanche, la dépression fait partie d’un diagnostic médical aux critères précis et qui comprend l’usage d’un traitement et de recommandations.

Ainsi, on compte trois niveaux de dépression : dépression d’intensité légère, modérée ou sévère. À savoir que seules les dépressions sévères recourent aux médicaments. Par ailleurs, on peut tous entrer dans une dépression lorsque le stress est trop important, d’autant plus suivant la fragilité de chacun. Ce que l’on a pu constater pendant le confinement.

Concernant le burn out, il s’agit d’une situation diagnostique particulière, en lien avec un excès au travail. Il peut se manifester sur un versant dépressif mais aussi anxieux. En somme, c’est l’incapacité à affronter les tâches professionnelles lorsque l’on s’est trop investi.

 

Face à l’automne et le confinement, quels conseils pour éviter de sombrer dans la déprime ?

Il est important de structurer son emploi du temps, d’avoir des temps de sortie, de s’exposer à la lumière. Bien évidemment, dans le respect des consignes sanitaires. D’autre part, les relations sociales sont également protectrices. Il faut donc prendre le temps de discuter. En effet, dans notre enquête, les interactions sociales étaient un facteur de protection que ce soit de manière directe ou par téléphone. Plus les personnes confinées avaient de contact avec les autres, meilleur était leur bien-être.

 

Enfants et adolescents face au confinement : « garder une vie constructive »

Quels signes annonciateurs d’un mal-être chez les enfants et adolescents doivent alerter les parents ?

Il s’agit de tout changement dans le comportement de l’enfant, dans son moral. Par ailleurs, il faut prêter attention aux investissements univoques. Par exemple, se mettre dans des jeux vidéo ou des séries à l’excès. Les addictions aux écrans se sont développées de manière considérable pendant ce premier confinement.

 

Comment aider nos enfants et adolescents ?

Comme pour les adultes, il faut écouter la difficulté et se projeter collectivement dans l’avenir. Rappeler qu’au-delà du confinement, il y aura une fin. Également structurer son comportement immédiat. C’est-à-dire structurer son alimentation, ses repas, ses temps de loisirs, ses temps scolaires… En effet, le problème se joue dans la désagrégation de tous ces éléments. Telle qu’une alimentation éparpillée, un sommeil fragmenté. Il faut pouvoir garder une vie constructive.

 

Pour voir l’émission Votre Santé du 19 novembre en replay sur BFM Lyon.

 

À SAVOIR

Selon un sondage de l’Ifop, 36 % des français éprouvent du désespoir face au reconfinement. De même, 27 % de l’anxiété et jusqu’à 38 % des troubles du sommeil. De quoi alerter sur le bien-être mental et psychologique en France.

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