Natalité en baisse dans la région © Freepik
Natalité en baisse dans la région © Freepik

C’est l’un des effets pervers des confinements liées à la crise sanitaire. Contrairement aux attentes, il n’y a pas eu de pic de naissances dans le Grand Lyon en cette fin d’année 2020. Au contraire, les maternités enregistrent une chute importante de la natalité et des inscriptions pour des accouchements à venir. Des chiffres inquiétants et qui ferait de 2021 une année où la mortalité dépasse la natalité. Une crainte qui remonte jusqu’au ministère de la santé. Explications avec Jean-Loup Durousset, président directeur-général du groupe Noalys.

Il n’y aura finalement pas de « baby-boom » en 2020, encore moins de « bébé confinement ». La Covid-19 et les deux confinements d’avril et novembre ont eu un impact néfaste sur le taux de natalité dans le Grand Lyon. Un phénomène remarqué également au CHU de Saint-Étienne et dans les hôpitaux de la Loire.

Entre difficultés économiques et un moral des Lyonnaises et Lyonnais en berne, l’envie de devenir parent semble s’être évaporée sur le territoire. Une situation très inquiétante qui pourrait avoir des conséquences importantes sur les petites maternités. Mais aussi sur la démographie de la région, selon Jean-Loup Durousset, président directeur-général du groupe Noalys – Hôpitaux privés.

 

Une baisse perçue dès le premier confinement

Dans les deux hôpitaux privés Natecia du groupe Noalys, situées à Lyon Centre et Rillieux-la-Pape, le premier confinement a été vécu comme une « sidération » selon son PDG, Jean-Loup Durousset. « C’était la première fois en quarante ans de carrière qu’on me demandait d’arrêter tout pour une pandémie ». Parmi les rares services qui pouvaient continuer à recevoir des patients, la maternité, restée accessible aux futures mamans.

Hormis quelques cas Covid de formes bénignes et un faible nombre de contaminations au sein des professionnels de santé, les maternités ont assuré la continuité médicale des accouchements tout en s’interrogant sur l’impact du confinement. « Certains pensaient que les femmes confinées pourraient consacrer ce temps à mettre en projet un bébé », se rappelle Jean-Loup Durousset. La réalité fut toute autre. Les maternités ont très vite remarqué des chiffres inquiétants. « Nous disposions d’une visibilité assez rapide des événements à venir grâce au nombre d’inscriptions dans nos services », explique le dirigeant du groupe Noalys. Dès le printemps, ces données ont permis de constater une baisse importante des naissances à venir pour l’automne.

 

Une baisse de 7,5% sur la natalité dans le Grand Lyon

Les prévisions se sont confirmées lors du second confinement. Au mois de novembre, les deux maternités des hôpitaux privés Natecia ont observé une chute de 15% des naissances par rapport à l’année précédente sur la même période. Un phénomène loin d’être solitaire. Sur tout le Grand Lyon, « la baisse fut de 7,5% », regrette Jean-Loup Durousset.

Au niveau régional, selon l’INSEE, sur le mois de novembre, les chiffres ont plongés de 17,5% avec 2 697 naissances enregistrées auprès de 22 maternités de Lyon, Saint-Étienne, Bourgoin-Jallieu et Vienne. Contre 3 169 naissances sur la même période, en 2019.

La région Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième région la plus peuplée de France, connait chaque année une forte croissance démographique. Ce second confinement a stoppé brutalement cette progression. « L’année 2020 et son contexte a engendré une baisse de la natalité au niveau démographique. Chez nos confrères de l’Hôpital Mère-Enfant à Bron, nous assistons aussi à une baisse de 20% des inscriptions » de futures mamans, s’alarme le PDG de Noalys.

Tableau comparatif du nombre de naissances ou d’inscriptions sur 2019-20-21. © Capture d’écran Natecia
Tableau comparatif du nombre de naissances ou d’inscriptions sur 2019-20-21. © Capture d’écran Natecia

 

« Le confinement a créé une peur »

Les deux confinements ont, selon Jean-Loup Durousset, participé à la baisse inquiétante de la natalité à deux échelles. Tout d’abord, « celui d’avril a créé une peur, celle de la maladie, celle de perdre ses proches ,… Les potentiels parents ont préféré attendre pour la naissance d’un enfant, qui doit se faire dans un contexte rassurant. » À cette réticence naturelle s’ajoute une anxiété face aux difficultés économiques générées par la crise sanitaire.

L’impact psychologique est également pointé du doigt. Souvent présentée comme « la troisième vague », les habitants du Grand Lyon ont vu le moral se dégrader fortement. Les cas de dépression peuvent jouer sur la libido et l’envie de procréer. Quant au télétravail qui s’est généralisé, « nous n’avons pas assez pensé aux conséquences », regrette Jean-Loup Durousset. Cette pratique a réduit très drastiquement les relations sociales. « Or, le travail en présentiel, c’est des rencontres, c’est de l’affect ! » Selon Gleeden, site de rencontres extra-conjugales, 79% des Françaises connaissent ainsi une baisse drastique de leur libido depuis qu’elles sont en télétravail. 

 

La France n’est plus « le pays de la naissance » ?

La situation actuelle est-elle comparable à la crise historique de 1993 où le taux de natalité avait été exceptionnellement ? Le contexte économique particulier de l’époque mettait à mal la confiance des Français. Montée du chômage, incertitudes sur la sauvegarde des emplois, … « Nous sommes proches de la crise de 1993, même si nous attendons les chiffres sur l’ensemble de 2020. Nous risquons même d’avoir des chiffres plus bas, nous ramenant à des données de l’année 1945… », relate Jean-Loup Durousset.

Face à une situation écornant la réputation de la France comme « le pays de la naissance », le groupe Noalys a sollicité par communiqué de presse le secrétaire d’état à la famille, Adrien Taquet, et le ministère de la santé, Olivier Véran. « C’est à eux d’insuffler une confiance aux Français. Il faut urgemment une réelle politique de naissance », explique Jean-Loup Durousset.

 

2021 : année noire pour la natalité et les maternités ?

La conséquence directe de cette année de crise sanitaire serait le basculement de la France en décroissance démographique. Soit, une courbe de décès plus importante que celle des naissances. Le tout dans un contexte actuel régional où le taux de mortalité est déjà en train de grimper dangereusement.

Devant des chiffres si bas, 2021 semble s’annoncer comme problématique pour les maternités, notamment les petites structures. « Les maternités ont des recettes qui dépendent des naissances. Nous sommes sur le fil du rasoir de la chute économique, à la limite de la rupture », explique calmement le PDG de Noalys.

La fermeture potentielle de certaines maternités relève d’un enjeu de sécurité sanitaire. Les conséquences seraient nombreuses. La principale étant l’insécurité autour de l’accouchement. « Si les maternités ferment, c’est une distance qui se rallonge entre le lieu de vie de la maman et du lieu médical. Nous assisterions à des accouchements en plein déplacement », explique Jean-Loup Durousset. Des solutions sont actuellement envisagées pour survivre financièrement. En première ligne, celle de l’avancée de trésorerie consentie en 2020 jusqu’au premier trimestre 2021.

 

À SAVOIR

En 2018, 90 300 enfants sont nés en Auvergne-Rhône-Alpes (baisse de 7% par rapport à 2010). Les femmes de la région ont 1,88 enfant à l’âge de 30,9 ans en moyenne. Dans le Rhône, 14,2 enfants naissent pour 1 000 habitants. (SOURCE : INSEE)

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