Obésité: la chirurgie en ultime recours

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L'obésité se traite de plus en plus grâce à la chirurgie
La chirurgie constitue la solution ultime pour les obèses ©DR

La lutte contre l’obésité est l’occasion de sensibiliser sur les nouvelles techniques chirurgicales, mais aussi d’insister sur l’importance de la prise en charge post-opératoire. Explications du professeur Disse, expert du traitement de l’obésité aux Hospices Civils de Lyon.

La chirurgie de l’obésité est-elle aujourd’hui une solution fiable et efficace pour les personnes en surpoids ?

Oui, cette chirurgie est de plus en plus fréquente puisque l’an dernier, en France, 47 000 patients obèses ont bénéficié d’une intervention – soit trois fois plus qu’il y a cinq ans –  dont environ 200 sur le Centre Intégré de l’Obésité (CIO) des HCL. Ces opérations chirurgicales ont triplé en dix ans. Cela dit, de telles interventions ne sont pas anodines. Elles nécessitent un accompagnement strict avant et après l’opération pour que les patients perdent du poids en toute sécurité.

Quelles sont les différentes opérations chirurgicales proposées aux patients souffrant d’obésité ?

 

Professeur Disse Obesite Lyon
Le professeur Disse, spécialiste lyonnais de l’obésité ©P.Auclair
  • L’anneau gastrique, la solution la plus connue, la plus simple aussi, avec une intervention d’à peine vingt minutes. Elle consiste à placer un petit anneau en plastique sur la partie haute de l’estomac et transformer ainsi l’estomac en sablier. Résultat, on ne peut manger qu’une petite quantité d’aliments car cela génère rapidement un sentiment de satiété. Il en est posé 7000 chaque année mais cette solution est en perte de vitesse.
  • La Sleeve gastrectomie. Sleeve signifie gouttière. Cette technique, en pleine expansion, représente environ 60% des interventions pratiquées en France. Le principe est de transformer l’estomac, sorte de gros ballon de rugby, en gros tuyau d’arrosage. Pour cela, on enlève les deux tiers de l’estomac. Cela incite le patient à manger en plus petites quantités.
  • Le By-Pass gastrique, une chirurgie plus complexe qui consiste à créer un court-circuit en coupant une partie de l’intestin. Ainsi, les aliments sont mal absorbés puisqu’ils sortent de l’estomac sans intervention de la bile et du suc pancréatique. C’est la solution la plus lourde mais la plus efficace sur le long terme. Elle présente toutefois plus de risques, que ce soit en terme de carences vitaminiques, d’addiction voire de tendances suicidaires.

L’anneau gastrique en perte de vitesse

Quelles sont les opérations les plus pratiquées ?

La Sleeve gastrectomie et le By-Pass gastrique représentent aujourd’hui 85% des actes opératoires. Ce sont deux techniques non-réversibles, définitives, sauf cas extrêmes. La Sleeve gastrectomie représente à elle seule 60% des interventions. C’est la solution la plus courante car elle est simple à réaliser et donne des résultats globalement satisfaisant.

L’anneau gastrique semble moins en vogue ?…

Effectivement, aujourd’hui, on enlève plus d’anneaux que l’on en pose, même si 7 000 anneaux gastriques sont encore posés chaque année en France. Cette intervention doit être retenue en fonction du comportement des patients. Ainsi, une personne qui grignote ou boit beaucoup de sodas, de boissons sucrées, va se trouver en situation d’échec avec un anneau. La perte de poids sera minime voire nulle. De plus, la qualité de vie associée à l’anneau est assez médiocre.

Chirurgie de l’obésité et complications post-opératoires

Quelles sont les complications liées à la chirurgie de l’obésité ?

Elles sont multiples et nombreuses. D’où notre souci d’alerter et de sensibiliser les patients sur la nécessité du suivi post-opératoire. Certaines personnes, par exemple, vont perdre plus de poids que prévu, trop vite, et se retrouver en situation de dénutrition avec à la clé une carence en vitamines, une anémie. Ces complications nutritionnelles sévères nécessitent parfois une alimentation artificielle, via une sonde dans le nez. D’autres patients vont au contraire, quelques mois ou quelques années après l’intervention, reprendre du poids. Dans ce cas, il faut envisager une deuxième chirurgie de l’obésité. A l’origine, la plupart du temps, des problèmes comportementaux avec une alimentation inadaptée à leur pathologie. D’où l’importance du suivi médical.

Quel est le profil type du candidat à une chirurgie de l’obésité ?

Il s’agit en grande majorité de femmes, de l’ordre de 75% des interventions pratiquées, avec un âge moyen compris entre 40 et 45 ans et un indice de masse corporelle (IMC) d’environ 44 souvent associé à des complications comme du diabète, de l’hypertension artérielle ou le syndrome de l’apnée du sommeil.

Perte de poids stabilisée en deux ans

En moyenne, combien de kilos perd un obèse qui se fait opérer ? 

La perte de poids après une chirurgie de l’obésité dépens du poids de départ du patient. Globalement, on peut espérer entre 30 et 35% de perte de poids. Autrement dit, une femme qui pèse 120 kilos peut espérer perdre entre 35 et 40 kilos dans les deux ans suivants l’opération. En principe, le poids du patient se stabilise entre 18 et 24 mois après l’intervention à condition de maintenir une hygiène de vie correcte et s’astreindre à un suivi rapproché dans les deux ans après l’opération. Au-delà, il est important de consulter au moins une fois par an comme pour toute maladie chronique. Malheureusement, on constate que 50% des patients sont perdus de vue deux ans après l’opération…

N’importe qui peut obtenir une prise en charge de la sécurité sociale pour une chirurgie de l’obésité ? 

Non. Il faut présenter soit une obésité dite “morbide”, autrement dit un indice de masse corporel (1) d’au moins 40, ou un IMC avec des complications comme le diabète, l’hypertension ou l’apnée du sommeil. Dans tous les cas, la chirurgie de l’obésité est très encadrée par la Haute Autorité de Santé (HAS) puisque le candidat à une intervention doit obtenir le feu vert d’une commission qui réunit des médecins nutritionnistes, des chirurgiens et des psychiatres. Tout les intervenants doivent être d’accord sur la nécessité de l’acte chirurgical pour déclencher le remboursement. Au Centre Intégré de l’Obésité des HCL, par exemple, environ 20% des dossiers présentés à la commission ne remplissent pas toutes les conditions requises. La plupart de ces refus sont liés à des problèmes d’ordre psychique, psychiatrique ou comportemental.

(1) L’IMC (indice de masse corporelle) est est le rapport entre le poids et la taille d’un individu. Pour calculer son IMC: poids en kilos/taille au carré. Exemple, une personne pensent 80 kilos est mesurant 1,80 m aura un IMC de 24,69 (80/1,80 x 1,80).
Retrouvez la liste de tous les médecins endocrinologues et diabétologues sur www.conseil-national.medecin.fr

A SAVOIR

Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne en matière d’obésité. Si l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que 35% de la population planétaire est situation d’obésité ou de surpoids, de fortes différences existent d’un pays à l’autre et même d’une région à l’autre. Ainsi, en France, le taux moyen de personnes en situation de surpoids est de l’ordre de 15% (contre seulement 6,1% en 1980) mais ce taux moyen ne dépassent pas 12% en Auvergne Rhône-Alpes alors qu’il atteint sur la région des Hauts de France (Nord-Pas de Calais-Picardie). “Il existe un rapport avéré l’obésité et le niveau de vie, la situation socio professionnelle d’une population“, souligne le professeur Disse.

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