CBD cannabis legalisation
La majorité des psychiatres seraient favorables à la légalisation du cannabis pour un usage médical. ©Freepik

CBD. Trois lettres, qui font énormément parler ces derniers mois, et que l’on voit dans les vitrines à chaque coin de rue ou presque. Pourtant, cette molécule reste encore méconnue. Le gouvernement, fin décembre, avait interdit la vente de feuilles et fleurs de CBD, entretenant le doute. Alors que le Conseil d’État, un mois plus tard, a suspendu cet arrêté, Ma Santé démêle le vrai du faux avec le concours du Pr Nicolas Authier, psychiatre et chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

77% des psychiatres se déclarent favorables à la légalisation du cannabis à des fins médicales, selon l’enquête du Dr Léa Leclerc (CHU Lyon-Sud, voir À SAVOIR) menée auprès de psychiatres français sur leur vision de la légalisation du cannabis médical et/ou récréatif en France. Plus de la moitié d’entre eux, soit 53%, se disent pour la légalisation du cannabis thérapeutique.

Les raisons invoquées pour défendre la légalisation ? Un système actuel, basé sur la répression, qui ne permettrait pas la prévention. Les psychiatres défavorables à la légalisation évoquent, eux, leur crainte d’impacts sur la santé et les potentiels dommages sociétaux provoqués, comme l’augmentation des violences, des accidents de la route, du décrochage scolaire du CBD… Mais de quoi parle-t-on exactement ? Info et intox sur le CBD.

 

Le CBD, c’est un produit naturel

Vrai et faux. « Le CBD, ou cannabidiol, d’origine naturelle, est extrait de la plante de cannabis (le chanvre), mais il peut aussi être d’origine synthétique », explique le Pr Nicolas Authier, psychiatre, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Clermont-Ferrand. Le CBD synthétique est créé sans champ ni serre, dans des labos. À partir d’autres matériaux que le chanvre. De la levure a par exemple été utilisée pour parvenir à obtenir un CBD plus vrai que nature.

« Mais en France, l’immense majorité du CBD que l’on trouve dans les magasins est d’origine naturelle. Cela peut parfois poser problème concernant la qualité de ces produits. Des chimistes suisses ont récemment analysé 100 produits avec mention CBD. 85 ont été jugés « non conformes », par exemple parce que la teneur en THC était trop élevée, ou que des extraits de chanvre non autorisés étaient utilisés ». Prudence, donc. En France, les produits à base de cannabis riche en CBD ne peuvent pas contenir plus de 0,3% de THC. Car ce que l’on appelle les « produits au CBD », s’ils contiennent principalement du CBD, peuvent aussi renfermer de nombreuses autres substances.

 

Son efficacité est prouvée contre le stress, l’anxiété, l’insomnie…

Faux ! À en croire certains consommateurs, mais surtout les vendeurs, les huiles, fleurs, aliments ou cosmétiques à base de CBD auraient mille et une vertus. Cela n’a, à ce jour, pas été prouvé. « Les vendeurs ont d’ailleurs l’interdiction, sous peine de sanctions pénales, d’associer à leurs produits des allégations thérapeutiques, à moins qu’ils n’aient été autorisés comme médicaments, et dans ce cas on les trouvera uniquement en pharmacie. Certains consommateurs disent que ça leur fait du bien. Est-ce un effet placebo, ou un effet pharmacologique propre à la molécule ? La science n’a pas encore tranché ».

 

Cette molécule fait « planer »

Faux ! À la différence de son sulfureux cousin le tétrahydrocannabinol (THC), dont la consommation est illégale en France, le CBD a des effets psychoactifs, mais bien moins prononcés. S’il peut relaxer, il n’a pas d’effet euphorisant. « Ce sont deux substances différentes », insiste le Pr Authier. « Elles ont des modes d’action différents dans le corps. Le CBD seul ne crée pas d’accoutumance, contrairement au THC. C’est cette dernière molécule qui rend accro au cannabis ».

 

Le CBD, c’est illégal

Faux ! « La molécule en elle-même est légale. Elle n’est pas réglementairement classée comme psychotrope ou stupéfiant. Mais en réalité, il est assez rare de trouver des produits contenant exclusivement du cannabidiol. Les magasins vendent souvent des fleurs de cannabis ou des huiles, dans lesquelles on peut aussi trouver des traces de THC qui doivent être inférieures à 0,3% pour être légales ». La vente et la consommation de feuilles et de fleurs brutes de chanvre avaient été interdites par un arrêté du gouvernement le 30 décembre 2021. Mais moins d’un mois plus tard, le Conseil d’État a suspendu cet arrêté.

 

Il est utilisé pour traiter l’épilepsie chez l’enfant

Vrai. « L’epidyolex est le seul médicament disponible en France contenant du cannabidiol. Il a été validé pour traiter certains types d’épilepsies, pharmacorésistantes, chez l’enfant et l’adulte », note le Pr Authié. Par ailleurs, l’expérimentation du cannabis thérapeutique a été lancée en mars 2021 en France, pour une durée de deux ans. Dans ce cadre expérimental temporaire, dans l’attente d’une légalisation à venir du cannabis à usage médical, différents médicaments avec des ratios THC/CBD (THC dominant, CBD dominant…) sont proposés aux patients souffrant de douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies accessibles, de certains symptômes rebelles en oncologie, ou de spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ou des autres pathologies du système nerveux central.

 

Il n’entraîne pas d’effets indésirables

Faux. « Somnolence, tête qui tourne, vertiges, troubles digestifs… peuvent apparaître après la consommation de CBD. Par ailleurs, il existe des dizaines d’interactions médicamenteuses possibles », alerte le Pr Authier. « Avec des cancéreux, des antibiotiques, des psychotropes… Le CBD va soit accélérer, soit à l’inverse diminuer l’élimination du médicament ». Cela peut avoir des conséquences, comme un surdosage ou une perte d’efficacité. « Si l’on suit un traitement, il faut toujours poser la question à son médecin quand on achète du CBD, des éventuelles interactions ». Il est recommandé d’être prudent dans les heures suivant la prise en cas de conduite automobile.

 

Le CBD met les chercheurs en ébullition

Vrai. Partout sur la planète, de nombreuses études sont actuellement en cours, pour évaluer les effets du CBD sur la schizophrénie, les troubles anxieux, le stress post-traumatique, les douleurs inflammatoires, ostéo-articulaires ou digestives… « Mais pour l’instant, dans l’attente des résultats de ces études, mieux vaut rester prudent et ne pas alléguer des propriétés thérapeutiques non démontrées aux patients », rappelle le Pr Authier.

 

À SAVOIR

Psychiatre addictologue à Lyon, le Dr Léa Leclerc, des Hospices Civils de Lyon, vient d’être récompensée par le prix de la meilleure communication orale, au congrès de l’Encéphale- pour l’enquête qu’elle a menée auprès de centaines de psychiatres français sur leur vision de la légalisation du cannabis médical et/ou récréatif en France.

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