Le mois de novembre est consacré à la sensibilisation des cancers masculins.
Les cancers masculins, à l'image de ceux de la prostate ou des testicules, sont encore trop souvent tabous. ©Freepik

Avec le mois de novembre débute la campagne de sensibilisation Movember. L’objectif : parler et sensibiliser sur les cancers masculins et notamment celui de la prostate et des testicules. Dans l’émission Votre Santé sur BFM TV Lyon du 25 octobre, Nicolas Arfi, chirurgien urologue à Lyon, raconte les réalités de ces cancers.

Le cancer de la prostate représente 25 % des cancers masculins en France. Il est le cancer le plus fréquent chez l’homme, précédant celui du poumon. Le cancer des testicules représente quant à lui environ un tiers des cancers de l’homme jeune : il y a près de 2 000 cas par an dans le pays. Il apparait dans la plupart des cas avant 40 ans. Quelles sont les spécificités de ces maladies ? Quels sont les signes qui alertent ? Peut-on vivre avec ? Nicolas Arfi, chirurgien urologue à Lyon, a répondu à ces questions sur le plateau de l’émission Votre Santé, le 25 octobre sur BFM TV Lyon.

Quels sont ces cancers et comment les reconnait-on ? 

Émission Votre Santé, 25 octobre 2022.

Ce sont des sujets assez tabous pour l’homme, c’est pourquoi il est important d’en parler pendant ce mois de novembre. Le cancer de la prostate touche plutôt l’homme mûr, tandis que celui des testicules touche plutôt l’homme jeune. Ces deux cancers nécessitent des examens cliniques, et c’est encore assez tabou dans le milieu masculin de se faire examiner.

L’auto palpation est donc essentielle, notamment pour le cancer des testicules. C’est important, lors de la toilette par exemple, de regarder au niveau des testicules pour palper et sentir. Si on sent quelque chose de dur comme une boule, il faut aller consulter son médecin traitant. Le cancer de la prostate est quant à lui un peu différent puisqu’il nécessite un dépistage avec un PSA* et un toucher rectal.
*Prostate Specific Antigen

Quels signes doivent alerter pour le cancer de la prostate ? 

Le plus souvent, ce cancer n’entraine aucun symptôme. Il faut imaginer la prostate comme une mandarine pour comprendre le mécanisme. Si on compare, la pulpe de la mandarine correspond à l’adénome. C’est la partie de la prostate qui, avec le temps, peut grossir et former l’hypertrophie bénigne. La peau de la mandarine, donc la partie périphérique, est l’endroit où peut se développer le cancer.

À un stade vraiment initial de la maladie, aucun symptôme n’est déclenché. Le patient ne ressent rien. Si le cancer continue de progresser, il rentre peu à peu dans l’organe et peut entrainer des gênes mictionnelles. Des troubles urinaires peuvent apparaitre, une nécessité de poussée abdominale, un jet plus faible, du sang dans l’urine, dans le sperme, des troubles de l’érection… Mais on peut retrouver ces symptômes dans plusieurs maladies bénignes. Aucun symptôme n’est spécifique du cancer de la prostate. C’est ce qui rend difficile le dépistage et le diagnostic. Le cancer de la prostate évolue très lentement, ce sont des cancers sur cinq ans à dix ans donc les effets se déclenchent petit à petit sans que l’on s’en rende compte. Mais il n’y a pas de symptôme clef dans le cancer de la prostate. C’est le dépistage qui permet de le trouver

Comment se fait le dépistage du cancer de la prostate ? 

C’est un toucher rectal et un PSA. Le toucher rectal est un point important, même si c’est un examen incommodant et inconfortable pour le patient. Mais c’est très rapide et rarement douloureux. Grâce à cet examen, on arrive à examiner la taille de la prostate ainsi que sa symétrie. On peut également voir si il y a un nodule suspect à l’intérieur. Comme pour le cancer des testicules, c’est quelque chose de dur et de pierreux à l’intérieur de l’organe. 

Le PSA* quant à lui est une prise de sang qui permet de comprendre et voir l’évolution. La PSA est une protéine spécifique de la prostate mais non pas spécifique du cancer de la prostate. Il augmente dans plein de cas de figures. Une grosse prostate peut expliquer une élévation du PSA, une inflammation, un traumatisme ou même le cancer. Pour une prostate de 100g, il y aura un PSA autour de 10. Pour une prostate de 30g, on a un PSA autour de 3. Voir l’évolution du PSA va permettre de comprendre la maladie. Parfois, si un PSA est refait six semaines après, on arrive à voir une diminution qui correspond à une fluctuation dans l’hypertrophie bénigne de la prostate.

*Prostate Specific Antigen

À quelle fréquence faut-il se faire dépister ? 

L’Association Française d’Urologie recommande un dépistage une fois par an pour les hommes de 50 à 75 ans avec le PSA et le toucher rectal. Dans les cas d’une forme héréditaire, on propose plutôt à partir de 45 ans. 

Peut-il y avoir un caractère héréditaire ? 

On retrouve surtout une hérédité au premier degré. Si dans la famille d’un patient son frère ou son père a eu le cancer de la prostate, il est en effet plus sujet à developper cette maladie à son tour. 

Quand le stade de la maladie est avancé, ce cancer se soigne-t-il bien ? Peut-on vivre avec ?

Le but est de les dépister avant qu’elles n’atteignent un stade avancé. Malheureusement dans certains cas, lorsque le dépistage n’est pas fait ou que l’on découvre le cancer à un stade métastatique, on ne peut plus guérir le patient. Mais pour autant, les laboratoires ont énormément investi dans le cancer de la prostate. On trouve maintenant des molécules qui permettent de ralentir la progression et d’endormir le cancer le plus longtemps possible. On arrive de plus en plus à transformer cette maladie en maladie chronique. Comme un diabète qu’on ne guérit pas mais qu’on arrive à contrôler. De plus, tous les quatre ans, de nouvelles molécules ressortent et permettent de traiter au mieux les patients. 

On entend souvent dire que le traitement du cancer de la prostate entraine des troubles sexuels réguliers. Est-ce exact ou il y a une évolution au niveau du traitement ? 

Cela dépend des stades de la maladie. À un stade initial, le traitement est plus simple donc on peut se permettre de préserver les fonctions érectiles du patient. À un stade assez avancé de la maladie, on doit souvent opérer le patient. On est donc obligé de faire des chirurgies plus larges et malheureusement blesser ses banlettes nerveuses qui permettent l’érection. Il faut imaginer une pelure d’oignon : la petite couche transparente correspond à ces banlettes nerveuses, autour de la prostate. Au cours d’une chirurgie pour éradiquer le cancer, il n’y a pas le choix de passer au large.

Lorsque la maladie est localisée à un endroit précis de la prostate, on peut se permettre de libérer ces banlettes et préserver au mieux les fonctions érectiles du patient.

Il y a aussi des traitements plus avancés comme l’hormonothérapie qui bloque la testostérone du patient et va donc entrainer des troubles de la libido. Mais il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui il y a beaucoup de traitements disponibles pour les troubles de l’érection. Pour chacun de ces patients, on trouve donc une solution thérapeutique à travers des médicaments, la pilule bleue, ou encore des injections, du gel… 

Retrouvez le replay de l’émission Votre Santé du 25 octobre 2022.

À SAVOIR

En France en 2015, 50 430 cas de cancer de la prostate ont été diagnostiqués. Près de 8 100 hommes sont décédés des suites de ce cancer en 2018.

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