A l’occasion du Forum de recherche en cancérologie, à Villeurbanne, zoom sur la médecine personnalisée, formidable vecteur d’espoir pour les malades, objet d’une série de conférences. Les explications du Pr Véronique Trillet-Lenoir, présidente du comité de direction du CLARA.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la médecine personnalisée  ?

Dans le domaine de la santé en général, et de la cancérologie en particulier, la médecine personnalisée est la capacité à adapter un traitement en fonction des caractéristiques fines du patient. Il s’agit par exemple de prendre en compte les spécificités biologiques de la tumeur, la présence de mutations tumorales sur les gènes transformés par la tumeur. L’identification de ces mutations a permis ces dernières décennies de synthétiser des molécules directement dirigées contre ces «  cibles  » cellulaires. Moyennant des tests préalables chez les patients (utilisation de «  biomarqueurs  »), on peut leur administrer ces traitements qui s’attaqueront à leurs anomalies spécifiques. Le gros avantage est que contrairement à la chimiothérapie classique qui détruit aveuglément toutes les cellules, on peut agir ainsi avec beaucoup plus de précision. L’étape suivante sera le virage de la la techno-médecine, c’est à dire la capacité à analyser l’intégralité du génome et à utiliser la bio-informatique pour mettre en place des thérapies encore plus complexes et sophistiquées.

L’un des avantages de la médecine personnalisée est donc d’améliorer le bien-être des patients  ?

Effectivement, en ciblant davantage les traitements, on les rend plus efficaces, tout en diminuant  les effets indésirables.

Développer l’accès pour tous

Tout cela suppose donc une charge financière supplémentaire. La médecine personnalisée est-elle accessible à tous  ?

Oui, la médecine personnalisée est très coûteuse. Le premier objectif est de la rendre beaucoup plus accessible  : pas seulement dans les grands centres de référence, mais sur tout le territoire, quel que soit l’endroit où le patient habite. Notre défi est d’offrir une cancérologie de haut niveau à tous.

Pour cela, faut-il augmenter les investissements  ?

Oui et non. La clef est avant tout de bien organiser à l’échelle de l’inter-région une filière de soins et d’innovation. L’idée est de mettre en réseau les gros établissements avec les plus petits, et de garantir à tous les patients que leurs prélèvements tumoraux seront acheminés dans les plus brefs délais jusqu’à ces plateformes. Après analyse de leur tumeur, un traitement sera décidé. Via la télémédecine, certains n’auront pas à faire le déplacement dans de gros centres pour se faire soigner, quand d’autres qui suivront des traitements particuliers devront le faire.

Le rôle de la génétique

La médecine personnalisée utilise la génétique pour mieux cibler les traitements. Pouvez-vous nous expliquer cela dans les grandes lignes  ?

La génétique est un terme compliqué à manipuler. D’un côté, vous avez tout ce qui concerne le patrimoine génétique avec lequel vous êtes venu au monde. En cancérologie, on va ainsi chercher des prédispositions génétiques à certains cancers transmis par les parents. C’est par exemple le cas d’Angelina Jolie. Grâce au séquençage de son génome, les médecins ont identifié que son risque de développer un cancer du sein et de l’ovaire était très élevé. Cette première technique est donc utile en prévention et a ainsi conduit à la double mastectomie d’Angelina Jolie, ainsi que plus récemment au retrait de ses ovaires.

L’analyse génétique des tumeurs proprement dites ne concerne que les personnes malades. C’est ce dont nous avons parlé au début de l’entretien. Il s’agit d’analyser les anomalies du génome spécifique des cellules tumorales, celles qui ne sont pas présentes dans les cellules normales du reste du corps. Quand on a identifié cette anomalie, il est alors possible de sélectionner un traitement ciblé sur cette mutation.

Au sein du pôle Rhône-Alpes-Auvergne, la médecine personnalisée est-elle bien accessible aux patients  ?

En Rhône-Alpes-Auvergne, car il faut rappeler que nous sommes organisés ainsi sur le territoire, se trouvent des établissements de référence pour le traitement des cancers, ceux qui sont  autorisés à pratiquer la chimiothérapie. Dans les grands établissements de recours (CHU et Centres de Lutte Contre le Cancer), existent des  plateformes dédiées à la biologie moléculaire, et au séquençage du génome. Les cliniciens chercheurs de ces grands centres disposent de nouvelles molécules qui ne sont pas encore commercialisées, et font l’objet de recherches cliniques précoces. Notre objectif est maintenant de permettre à tous les patients d’accéder à ces nouveaux traitements dans des délais identiques. Cela ne pourra se faire qu’en améliorant l’organisation des filières de soins, et en mutualisant les compétences.

A savoir

En 2011, 55 000 patients ont bénéficié d’un examen des caractéristiques moléculaires de leur tumeur afin qu’ils puissent bénéficier de thérapies ciblées, rapporte l’INSERM.

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