Le sport est déjà considéré comme un excellent moyen de combattre la maladie, en particulier pour les cancéreux sous traitement. Les explications du Dr Julien Carretier, chercheur au sein de l’unité cancer et environnement du Centre Léon Bérard, à Lyon.

Que sait-on aujourd’hui du lien entre activité physique et prévention des cancers  ?

Il est possible de se baser sur de nombreuses études scientifiques menées aux Etats-Unis et au Canada, mais aussi en France, et notamment à Léon Bérard. Pour le cancer du côlon, on estime par exemple que l’activité physique réduirait de 40 à 50 % les risques de développer la maladie. Ce chiffre est de 25% pour le cancer du sein, avec des résultats encore plus nets chez la femme ménopausée. Cela concerne la prévention primaire, c’est à dire lorsque l’on s’adresse à la personne non malade pour éviter la survenue de la pathologie.

Les résultats sont aussi observés en prévention secondaire, c’est à dire lorsque la personne vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’un cancer. L’activité physique permet alors d’améliorer la prise en charge. De récentes données scientifiques expliquent qu’en augmentant l’activité physique, on équilibre la balance énergétique entre les entrées et les sorties. En clair, cela permet de stabiliser le poids pendant la chimiothérapie, et de maintenir et/ou augmenter la masse musculaire et la densité osseuse. On sait aussi que cela diminue les risques infectieux, et, donnée qui marque les esprits, aide à réduire la fatigue inhérente aux traitements. Des essais contrôlés ont montré une diminution de 30% de la fatigue des patients  : quand le patient bouge, c’est un autre type de fatigue qui va s’instaurer, et le sommeil et la qualité de vie vont s’améliorer. Pratiquée en groupe, l’activité physique permet également de tisser du lien social, et par là même de limiter la dépression et l’anxiété liées à ce moment dur de la vie.

Enfin, l’activité physique après traitement des cancers du sein et du côlon diminuerait significativement la mortalité globale, la mortalité par cancer et le nombre de récidives du cancer de 50 à 60 %. Et les bénéfices sont probables pour les autres cancers. Pour le cancer du côlon, l’exercice physique diminue de 47% le taux de mortalité et de récidive tout cancer confondu, pour une pratique de l’équivalent de 30 minutes de marche à bon pas 4 à 5 fois/semaine, quel que soit le niveau d’activité physique avant diagnostic.

Monter des escaliers ou faire le ménage

Quelles activités pratiquer et à quelle fréquence  ?

En prévention primaire, il est conseillé de pratiquer 3 à 4 heures par semaine d’activité physique modérée à intense. A titre d’illustration, passer à la marche rapide (7km/h) permet d’être dans une intensité modérée, sans aller jusqu’à la course. Marcher en montée est considéré comme une activité d’intensité moyenne, tout comme monter des escaliers avec ses courses dans les mains. Vous pouvez aussi faire le ménage de manière soutenue  ! Il existe enfin plein d’autres activités d’intensité modérée très intéressantes comme le vélo, le rameur, l’équitation, le tennis, le ski de randonnée, le patin à glace… Après un traitement, il est bon de marcher au moins 30 minutes par jour de manière modérée, 4 à 5 fois par semaine puis progressivement tous les jours.

Sait-on pourquoi l’activité physique protège du cancer  ?

Cela relève encore du domaine de la recherche et fait l’objet d’études scientifiques. On sait que l’augmentation de l’activité physique combinée à une alimentation diversifiée et équilibrée, pauvre en lipides et en sucres rapides, va avoir un effet sur le poids/composition corporelle, qui agit notamment sur le métabolisme de l’insuline. Le sport a aussi un impact sur notre production d’hormones, et des mécanismes biologiques pourraient expliquer la diminution du développement et de la progression de certaines cellules cancéreuses.

Adapter l’intensité de l’exercice à son état physique

Peut-on pratiquer le sport même quand on est sous chimio  ?

Oui, il est possible de pratiquer une activité physique adaptée, entre les cures bien évidemment, et après une intervention chirurgicale si celle-ci était nécessaire. Il faut au préalable obtenir un certificat de non contre-indication à la pratique signé par le médecin. Il faudra adapter l’activité si le patient rencontre des difficultés particulières ou a un handicap. Au sein de Léon Bérard, nous proposons un programme gratuit et entièrement personnalisé à nos patients à base de gym et de marche nordique. L’intérêt est qu‘un professeur d’activité physique adaptée va suivre chacun à sa cadence. Le programme va être léger puis augmenter en intensité. Bien entendu il n’est pas le même pour une femme sédentaire ou une autre qui a pratiqué le semi-marathon. Mais notre message est que quelle que soit  l’histoire ou la situation de santé du patient, les bénéfices seront immenses.

Retrouvez la liste de tous les cancérologues de votre ville ou de votre quartier sur www.conseil-national.medecin.fr

A savoir

Le projet d’amendement de Valérie Fourneyron prévoit que le sport sur ordonnance serait indiqué dans le cas de maladies chroniques tels que les cancers stabilisés, certains diabètes, les maladies cardiovasculaires ou encore l’obésité. En pratique, le médecin généraliste rédigerait l’ordonnance et orientait le patient vers une équipe d’animateurs sportifs spécialisés afin d’établir un “diagnostic de sédentarité” permettant de mettre au point un programme “sport-santé”.

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