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Un cancer de la tête et du cou sur trois est lié à une infection au papillomavirus. ©Pixabay

Et si les cancers de la gorge étaient aussi causés par des MST ? Il semblerait qu’un nombre non négligeable de cancers de l’oropharynx soit en effet dû par une infection à papillomavirus. Ce lien méconnu entre sex oral et cancers touche autant les hommes que les femmes.

Le cancer de l’oropharynx (amygdales et base de langue) est lié dans un cas sur trois au papillomavirus. Ce lien méconnu entre virus transmis lors des rapports sexuels et ce type de cancer est le cheval de bataille de la nouvelle campagne lancée par Merck France en partenariat avec la SFCCF (société française de la carcinologie cervico-faciale). Explications avec le Professeur Erwan de Monès, Responsable de l’Unité de chirurgie cervicale, cancérologie et laryngologie au CHU de Bordeaux.

 

Le cancer de la gorge induit par le papillomavirus : une maladie qui touche tout le monde

Le papillomavirus humain (ou HPV), est l’infection sexuellement transmissible la plus courante. On estime qu’environ 80% des hommes et des femmes sexuellement actifs la rencontrerons au moins une fois dans leur vie. Le cancer le plus souvent induit par les HPV oncogènes – c’est à dire favorables au développement de certains cancers – est le cancer du col de l’utérus.

Néanmoins, d’autres zones peuvent être en danger. C’est le cas de l’anus, du vagin, du pénis, de la vulve mais également et en particulier de l’oropharynx. En effet, l’infection peut se transmettre lors de rapports vaginaux mais également lors de rapports oraux. C’est suite à un rapport oral que cette infection peut se transformer en cancer de la gorge dit « HPV-induit » : un cancer directement lié au papillomavirus humain.

 

Comment ce cancer s’installe-t-il ?

Les papillomavirus sont la première cause de maladies sexuellement transmissibles. C’est une maladie sournoise puisque pour la majorité des individus touchés, la maladie est asymptomatique. Alors que l’individu ne sais pas qu’il est malade, le système immunitaire va reconnaitre l’infection et va venir l’éradiquer. Cependant, dans certains cas rares (moins de 1%), l’infection va persister durant plusieurs années. Elle peut alors induire des anomalies cellulaires qui, à terme, se transforment en cellules cancéreuses. Dans de très rares cas (moins de 10%), le cancer peut aller jusqu’au développement de métastases au niveau des poumons par exemple. 

 

Des symptômes pièges

Les cancers de la tête et du cou sont en 4éme position des cancers les plus fréquents en France. Un constat lourd et alarmant, renforcé par une mauvaise connaissance des différents symptômes” alerte la campagne lancée par Merck France en partenariat avec la SFCCF (La Société Française de Carcinologie Cervico-Faciale).

L’organisation évoque “la règle par trois” : si les signes perdurent au delà de 3 semaines, il faut consulter. “Le symptôme le plus courant pour le cancer de la gorge HPV induit est celui d’une gêne dans la gorge. Ce n’est pas un cancer douloureux, c’est aussi ça qui est piège. Un ganglion qui grossit est également le signe d’une maladie bien installée qu’il est important de prendre en charge rapidement. Une douleur dans l’oreille peut aussi être un signe.

 

Comment prévenir ce type d’infection ?

Rien ne sert de sortir couvert

Si l’utilisation du préservatif en général est essentielle pour se protéger des MST (du Sida par exemple), elle est inutile contre le papillomavirus. C’est ce qu’explique le Professeur Erwan de Monès, cancérologue et laryngologue : “c’est un virus qui ne se voit pas et qui n’est pas transmis par le liquide séminal ou un autre fluide : il est présent partout dans la région du sexe, sur la peau, les muqueuses... Le port de préservatif ne sert donc à rien dans le cas de ce virus”.

 

L’abstinence n’est pas utile

L’abstinence en cas de contamination n’est pas utile non plus. En effet, si le virus est contagieux, le cancer de la gorge ne l’est évidemment pas. En clair, une fois que les cellules ont muté en cancer sous l’effet du virus, il n’est plus contagieux. De plus, comme l’explique le spécialiste : “Les virus HPV, qu’ils soient oncogènes ou non oncogènes, disparaissent dans l’immense majorité des cas grâce à notre système immunitaire. Dans quelques cas, sans que l’on sache pourquoi, ce virus va rester dans la muqueuse et s’il s’agit d’une souche HPV oncogène, le patient pourra développer ultérieurement un cancer”.

Cependant, le fait d’avoir des relations sexuelles avec des partenaires multiples est un facteur aggravant car il augmente le risque de contamination par une souche HPV oncogène.

 

Faites vacciner vos enfants 

Le message du professeur est clair : faites vacciner vos enfants. Le vaccin contre le papillomavirus existe depuis 12 ans. Cette vaccination est utile pour prévenir les lésions pré-cancéreuses et cancéreuses du col de l’utérus mais aussi de la vulve, du vagin et de l’anus, dues à certains types de HPV oncogènes. Il est intéressant de faire vacciner autant les garçons que les filles avant les premiers rapports sexuels (la vaccination est recommandée et prise en charge par l’assurance maladie entre 9 et 14 ans), “mais la vaccination garderait son intérêt jusqu’à l’âge de 20 ans.” estime le professeur. Selon Ameli, le vaccin qui coûte une centaine d’euros est “remboursé, sur prescription médicale, à 65 %. Les organismes complémentaires interviennent habituellement pour compléter le remboursement. La vaccination peut être gratuite dans certains centres de vaccination.” Aussi, la vaccination pour les jeunes garçons sera gratuite à partir de janvier 2021.

Néanmoins, ce vaccin n’a pas encore prouvé son efficacité au niveau de la zone de la gorge. Et pour cause : “ce type de cancer met une trentaine d’années à se développer, or le vaccin HPV existe depuis seulement 12 ans. Ainsi, si on voit déjà des résultats sur les cancers du col de l’utérus c’est parce que ce mal en particulier développe des dysplasies [qui est la forme que prennent les cellules au moment où elles développent le cancer, NDLR]– que l’on voit significativement disparaitre chez les population qui se sont faites vaccinées.” Cependant, “il n’a encore jamais été possible de détecter le cancer de l’oropharynx au stade de dysplasies, notamment parce que ces cancers se développent profondément dans les muqueuses des amygdales”.

En réalité, c’est par analogie avec le cancer du col que l’on estime qu’il met également une trentaine d’années à se développer. On connaitra donc la véritable efficacité du vaccin contre les cancers de la gorge HPV induits à ce moment là… “Mais il n’y a aucune raison qu’il ne protège pas contre le cancer de la gorge, d’ailleurs les autorités de santé américaines ont inclus la prévention des cancers de l’oropharynx dans les indications de cette vaccination” détaille le professeur.

 

Quand consulter ?

Selon le cancérologue, il est primordial de “consulter quand on a un symptôme au niveau de la gorge qui persiste. Si en plus il y a un ganglion, il faut vraiment s’inquiéter“.

 

Un cancer qui se détecte mal mais qui se soigne bien

Le cancer de la gorge HPV-induit ne développent pas de dysplasies et il met en moyenne une trentaine d’années à se développer”, rappelle le professeur. “Ainsi, si on a le temps de détecter le cancer avant une phase trop avancé pour le cancer du col de l’utérus par les frottis qui détectent les dysplasie, ce n’est pas le cas pour le cancer de la gorge”. 

Alors, les symptômes discrets de la maladie ainsi que cette incapacité de détecter les prémisses physiques du cancer “sont perturbants pour les médecins“, raconte le professeur Erwan de Monès. “Néanmoins ils sont de plus en plus sensibilisés au sujet dans les facultés de médecine“. De ce fait, les jeunes médecins sont souvent plus efficaces à détecter ce mal.

Fort heureusement, son pronostic est meilleur que pour les autres cancers de la sphère ORL, sans lien avec un HPV : le taux de mortalité de ce cancer est l’un des plus bas dans le domaine de l’oncologie puisque l’on compte plus de 90% de rémission.

 

Quelle prise en charge ?

Les symptômes discrets du cancer de la gorge poussent rarement les patients à consulter. Heureusement : “il a un bon pronostic car ce cancer répond bien au traitement“, rassure Erwan de Monès. On pourra effectuer des rayons ou des opérations, éventuellement associés. Une chimiothérapie peut également être nécessaire en complément de la radiothérapie.

 

Des populations plus touchées ?

Les fumeurs sont particulièrement frappés par les cancers de la bouche, de la gorge et du pharynx. La papillomavirus, lui, ne touche qu’une partie de la gorge : “la région appelée oropharinx (amygdale, base de la gorge etc.). Si le virus se concentre sur cette partie des muqueuse uniquement, c’est parce qu’elles sont différentes de celles du reste de la gorge”, explique le professeur. Le virus s’y “accroche” mieux. Ainsi, ce virus n’a pas de lien avec le fait que l’on soit fumeur ou non ! De plus, les cancers HPV induits augmentent chaque année, tandis que ceux liés au tabagisme diminuent. Cependant le tabagisme reste un élément multipliant les facteurs de risque.

On remarque également que, tandis que les cancers liés au tabagisme touchent plus les hommes que les femmes, ce type de cancer touche sans distinction de sexes.

 

Prendre le cancer à la gorge

Les visuels de la campagne sur les réseaux sociaux. ©DR

Les affiches “vous n’avez pas l’esprit mal placé” s’inscrivent dans la campagne 2020 « Prenons le cancer à la gorge » lancée par Merck France en partenariat avec la SFCCF (La Société Française de Carcinologie Cervico-Faciale) et l’association de patients Corasso. Le but de cette campagne est d’interpeller tous les publics sur les cancers ORL comme le cancer de la gorge HPV induit.

 

Retrouvez la liste de tous les médecins cancérologues de votre région sur www.conseil-national.medecin.fr

 

À SAVOIR

Un film a été réalisé à l’occasion de ce partenariat. réalisé par Valérie-Anne Moniot, à l’initiative du Professeur Erwan de Monès : « Cancer ORL et Virus HPV, un lien méconnu ».

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