Une jeune femme à l'air déprimé sous son masque, en plein hiver, au moment du blue monday.
Manque de soleil, nostalgie des fêtes, affres du froid... Difficile de ne pas se sentir plus ou moins déprimés durant le mois de janvier. ©Adobestock

Le blue monday, c’était le lundi 17 janvier. Et s’il s’agit d’une pure invention marketing britannique, faire de cette fameuse journée la plus déprimante de l’année repose sur un fond de réalité. Avec ses journées courtes, le froid, le manque de soleil et une foule d’autres facteurs favorisant le blues hivernal, le mois de janvier n’est pas le plus stimulant de l’année. Qui plus est en cette période d’incertitudes liées à la crise Covid, qui mine comme jamais le moral des Français, comme l’explique Pascal Blanchard, psychanalyste à Lyon.

Lundi 17 janvier. On fête les Roseline, mais c’est aussi le le tristement célèbre… blue monday. Aucun rapport (quoique?), puisqu’il s’agit du soi-disant jour le plus déprimant de l’année. Quelques clics sur le web suffisent à rétablir la vérité. Le blue monday n’est qu’une pure imagination germée dans les années 2000 dans le cerveau créatif d’un génie britannique du marketing. Mais si le buzz a pris, c’est parce ce calcul farfelu, basé sur le rapport (pas très net) entre la météo, l’état du porte-feuille après les fêtes et la difficulté de concrétiser les bonnes résolutions, repose sur un fond de vérité.

Oui, l’absence de soleil, les températures basses, les journées courtes sont autant de facteurs favorisant le blues hivernal. Ajoutez à cela les affres d’une pandémie interminable, qui mine comme jamais le moral des Français (lire À SAVOIR), et vous avez de quoi étayer plus ou moins sérieusement cette théorie du blue monday lors de vos dîners entre amis. Le psychanalyste lyonnais Pascal Blanchard explique pourquoi ce ressenti n’a jamais été aussi puissant et délivre quelques pistes pour contrer cette chute saisonnière de l’humeur.

 

Au delà du coup de com, le blue monday est-il bien l’expression d’une réalité ?

Effectivement, plus qu’une opération de com, nous sommes face à quelque chose qui relève plutôt de l’élucubration. Mais cette journée tombe à une période qui n’est pas la plus propice à la légèreté de l’âme. On est dans les retombées de l’enthousiasme des fêtes, dans le retour à une période moins faste… Et plus largement, oui, en période hivernale, on constate chaque année une recrudescence de ce syndrome dépressif saisonnier. D’abord du fait de la baisse de la luminosité, une notion très importante, mais aussi parce que les perspectives enthousiasmantes du printemps sont encore loin.

 

Cette déprime passagère est-elle particulièrement forte en janvier ?

Non, justement ! La baisse de moral se manifeste très clairement dans nos consultations dès le mois de novembre, et même surtout à cette période-là. En décembre, la promesse des fêtes entraîne un regain de positivité. Et si ces états dépressifs se manifestent à nouveau clairement en janvier, ce phénomène reste bien plus criant en novembre.

 

« Il est très important de verbaliser son mal-être »

La crise sanitaire a-t-elle accentué ces états de déprime saisonnière ?

Oui, le contexte vient potentialiser tous ces phénomènes. Car on y ajoute une forte charge mentale et des perspectives qui s’éloignent sans cesse. C’est la quatrième fois que l’on nous fait espérer une libération et une insouciance retrouvée. Avec à la clé, à chaque fois, un nouveau découragement. Et en plus de générer de l’incertitude face à l’avenir et une perte d’optimisme, la crise Covid entraîne une quasi interdiction de la ritualisation de nos relations sociales. Nous sommes à la limite de la transgression en cas d’embrassades ou de poignées de main, alors qu’il s’agit d’actes ancrés dans notre culture. Bien sûr, toutes ces mesures sont nécessaires, mais elles ont un impact terrible sur notre moral.

 

Quel conseil donneriez-vous pour échapper à cette spirale infernale ?

Nous allons être obligés de faire avec, et nous ne savons pas encore combien de temps. Je pense qu’il est très important de verbaliser son mal-être et de demander de l’aide. Auprès d’une oreille attentive, on peut externaliser son mal-être. Et lutter ainsi contre l’isolement et la prostration, qui favorisent le « à-quoi-bondisme ». Aller consulter un thérapeute, et pas forcément un psychiatre, me paraît donc plutôt vertueux.

 

À SAVOIR

Depuis mars 2020, Santé Publique France mène une étude continue sur l’évolution de la santé mentale pendant l’épidémie de Covid-19. Actualisés le 23 décembre dernier, les résultats reflètent une lourde dégradations de cet état de santé mental. 80% des Français témoignent ainsi d’une vision positive de leur vie, contre 85% avant l’épidémie. La qualité du sommeil s’altère pour 68% des Français, contre 49% hors épidémie. 18% d’entre eux montrent des signes d’un état dépressif (contre 10% avant mars 2020), 23% des signes d’un état anxieux (contre 14% avant mars 2020). Plus grave, 10% des Français ont eu des pensées suicidaires en 2021, contre 5% hors épidémie…

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