Les gestes barrières ne sont déjà plus respectés.
Embrassades, serrage de mains, rencontres sans masque... Les gestes barrières, devenus anodins depuis 18 mois, ne font déjà plus partie de nos réflexes. Beaucoup trop tôt, pour les autorités sanitaires. ©Freepik

Les gestes barrières, qui ont grandement contribué à freiner la circulation du virus de la Covid-19, disparaissent des habitudes des Français aussi rapidement que l’épidémie décroit. Un très mauvais signal pour les autorités sanitaires, qui mettent en garde contre un relâchement aussi massif que coupable. Rien ne dit, en effet, que le monde en a fini avec la Covid et ses variants éventuels, alors que les infections saisonnières font un inquiétant retour en force.

La Covid, et si on s’en lavait les mains ? Le phénomène, cet automne, est encore plus flagrant. Chaque vague de l’épidémie de la Covid-19 a été suivie par un relâchement compréhensible, à défaut d’être légitime, de la vigilance. Encore plus au terme de cette quatrième vague, dont le pays semble bel et bien sorti. Un vent de liberté souffle un peu partout, caractérisé par un retour en force des bises et des serrages de mains.

La menace s’éloigne et les gestes barrières tombent. Mais n’est-ce pas encore un peu tôt? À l’occasion de la journée mondiale du lavage des mains, ce vendredi 15 octobre, un sondage Ifop révèle à quel point les Français sont « les mauvais élèves » de l’Europe en matière de respect des règles sanitaires de base. Et ce au moment où le gouvernement a rappelé, à l’issue du conseil des ministres du mercredi 13 octobre, sa volonté de maintenir l’état d’urgence sanitaire jusqu’à l’été prochain (le texte doit être soumis le 19 octobre à l’Assemblée Nationale).

 

24% des Français ne se lavent pas les mains après les WC

Selon l’enquête, les Français ne sont ainsi « que » 76% à « se laver systématiquement les mains après être allés aux WC ». Un chiffre éloigné de l’exemplarité allemande (86%), voire italienne (83%) ou anglaise (82%). Le bonnet d’âne s’enfonce un peu plus sur les têtes hexagonales à l’aune d’autres chiffres édifiants. 27% seulement des Français se lavent les mains après s’être mouché, et un peu plus de la moitié (53%) d’entre eux pensent à éternuer dans leur coude, plutôt que dans leurs mains.

La réputation française en matière d’hygiène, déjà guère flatteuse avant la crise sanitaire, ne va pas s’améliorer avec ce sondage. Qui pointe également un autre travers « gaulois », celui, certes symptomatique d’une convivialité retrouvée, d’une recrudescence des embrassades pratiquées par 65% des Français ! Ce qui est bien moins courant qu’avant le premier confinement (91%), mais qui, comme le naturel, revient au galop dans nos habitudes : « +26 points par rapport à mars 2021 ».

 

Les poignées de mains ont triplé en six mois

Même constat pour les poignées de mains, revenues à la norme après une même disette forcée. « 18 mois après avoir été bannie des habitudes sociales, les Français ont également réintégré la poignée de mains dans leurs rites de salutation : 59% la pratiquent régulièrement avec des gens qu’ils connaissent, soit trois fois plus qu’il y a six mois (22% en mars 2021). Si ce mode de salutation est toujours plus faible qu’avant le premier confinement (85%), on voit bien que les consignes des autorités sanitaires en la matière ne sont plus respectées par une majorité de Français ».

Méconnue il y a un an et demi, la notion de gestes barrières s’est pourtant imposée comme le premier rempart à la circulation du virus de la Covid-19. De là à disparaître aussi vite ? « Les gestes barrières, ce n’est pas neuf et on les répète chaque année dans le cadre de la prévention des maladies saisonnières », constate le Dr Anne-Marie Durand, directrice de la santé publique à l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes. « Ils sont entrés dans les moeurs à la faveur de l’épidémie, mais ne sont pas suffisamment devenus des réflexes. La baisse de la circulation du virus, avec une certaine liberté retrouvée, la fin du port du masque à l’école, etc., a favorisé ce relâchement ».

 

Cet hiver, pas de couvre-feu pour les virus

Dès le 8 octobre, l’ARS lançait un signal d’alerte. En rappelant d’abord que l’épidémie de Covid-19, malgré les apparences, n’est pas terminée. « Il est tout à fait possible qu’elle reprenne à la faveur d’un nouveau variant contre lequel la vaccination ne suffirait pas à nous protéger ». La vigilance est donc toujours de mise, mais pas uniquement pour contrecarrer la Covid. L’autre bonne raison de conserver le masque et de faire perdurer les autres gestes barrières, c’est le retour de ces infections saisonnières qu’ils avaient si bien contribué à éloigner l’hiver dernier. « La Covid nous laisse un peu de répit, mais les autres virus sont de retour, comme la gastro, les rhumes, la grippe ou la bronchiolite », confirme le Dr Durand. « Et le respect des gestes barrières est d’autant plus important que nous sommes moins immunisés contre ces virus, auxquels nous n’avons pas été en contact durant longtemps. L’objectif est bien de protéger les plus faibles ».

Les pédiatres ont déjà sonné l’alarme concernant la bronchiolite, ce fléau des nourrissons qui va frapper plus fort et plus longtemps cet hiver. Pour ce qui est de la grippe, la campagne vaccinale débute le 26 octobre, parallèlement à celle contre la Covid qui se poursuit. « Les personnes à risque de forme grave sont concernées par les deux vaccinations qui peuvent être pratiquées le même jour (rappel Covid et grippe avec une injection dans chaque bras). Pour ces personnes, il est important de se faire vacciner contre les deux maladies », rappelle l’ARS. « Cela sera notamment possible en ville, dans les pharmacies qui vaccinent avec les deux vaccins, ou bien auprès des médecins et des infirmiers ».

 

À SAVOIR

Les Européens et le respect des gestes barrières, le grand relâchement ? Cette étude Ifop pour XLoveCam a été réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 7 au 8 juillet 2021 auprès de 5 039 personnes âgées de 18 ans et plus, composé d’un échantillon représentatif de la population italienne, espagnole, française, allemande et britannique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here