Les bébés prématurés sont bien pris en charge en France
Les parents doivent créer du lien avec les enfants prématurés

Les bébés prématurés sont de mieux en mieux pris en charge en France. Des progrès importants car les premiers moments de la vie conditionnent aussi son développement futur. Les explications avec Edouard Gentaz, professeur de psychologie, directeur de recherches au CNRS (LPNC-Grenoble) et co-auteur d’un ouvrage sur le sujet.

Selon vous, que faut-il améliorer en priorité pour les bébés prématurés dans les services de néonatalogie ?

Il faut continuer à former le personnel, l’aider pour qu’il puisse apporter des soins individualisés, améliorer l’architecture des services. La meilleure chose que l’on puisse faire est également de travailler en collaboration avec les parents, de les intégrer dans la boucle de soins. Autrefois, ces derniers étaient exclus, leur bébé était comme dans un aquarium. Les choses évoluent aujourd’hui.

Les méta analyses suggèrent que les enfants prématurés présentent davantage de risques de rencontrer des difficultés scolaires, langagières, des troubles de l’attention, de l’anxiété, des troubles dans la régulation émotionnelle, voire de développer de l’hyperactivité. Quel est cependant votre message pour rassurer les parents d’enfants prématurés ?

Il faut vraiment insister sur le fait qu’il ne s’agit que de facteurs de risques plus forts. Et puis, il faut savoir que la recherche ne publie que des résultats scientifiques où l’hypothèse est validée, ce qui engendre un certain biais : si tout va bien, on n’en parle pas nécessairement. Par exemple, la sensibilité ou la créativité de ces enfants n’ont jamais été testés. Pour l’instant, seules les grandes fonctions mentales sont étudiées.  Il faut aussi savoir que les études menées sur l’attachement parent-enfant ont démontré qu’il n’y avait aucune différence entre les prématurés et les bébés nés à terme. Aussi, les enfants n’étaient pas du tout pris en charge de la même façon auparavant. Les recherches plus récentes font état de retentissements plus faibles sur le nourrisson prématuré.

Bébé prématuré, l’importance du “peau à peau”

Vous évoquez un programme d’entraînement de la mémoire de travail dédié aux prématurés qui aurait des résultats bénéfiques : peut-on trouver ce genre de choses en Rhône Alpes ? Autrement, suggérez-vous d’autres accompagnements ?

Non, en revanche Grenoble est en train de basculer dans le NIDCAP, un programme de soins individualisé qui s’adapte aux besoins du prématuré à instant T. C’est un gros projet à mettre en oeuvre car il faut que tout le service adhère : du grand ponte au personnel chargé du ménage. C’est encore assez discuté dans le milieu car certains estiment que les effets ne sont pas flagrants. En revanche, le peau à peau est totalement validé, notamment car il peut aussi être pratiqué dans les pays pauvres, et plus simple à mettre en place.

A Genève, il existe aussi un programme intéressant. On prend des enfants de 4, 5 ans qui font chaque année des bilans, et on essaie de traiter certaines difficultés clairement identifiées. Par exemple, il peut s’agir de lacunes dans les compétences émotionnelles. On va alors proposer à l’enfant de s’entraîner le soir à reconnaître différentes émotions sur un visage. Maintenant, les enfants bénéficient d’un suivi systématique, l’étape supérieure consiste à trouver plus rapidement le problème et quoi faire pour y remédier. Tous les corps de métier doivent être intégrés : parents, psys, maîtres…

Créer du lien avec le bébé

Vous exposez à la fin de votre livre de nombreuses méthodes pour aider le petit prématuré : la technique du peau à peau semble être effectivement la plus utilisée . Qu’apporte-t-elle au bébé, et surtout à la maman ?

Comme la maman avait planifié toute sa grossesse dans sa tête, son schéma se retrouve totalement modifié. Elle ressent un profond sentiment de culpabilité, notamment parce qu’elle a l’impression d’être impuissante. Le peau à peau est donc une excellente méthode. Avant, les parents n’avaient même pas le droit de toucher leur enfant. Avec cette technique, les parents peuvent créer du lien, le papa aussi peut entrer en contact, faire des massages au bébé. Les parents vont déculpabiliser car ils vont se sentir utiles, on va leur donner les moyens d’agir. D’après moi, il faut au maximum former les gens, qu’il s’agisse du personnel ou des parents. Plus ils seront informés, meilleurs seront les soins.

*L’enfant prématuré, développement cognitif et affectif, d’Edouard Gentaz et Fleur Lejeune, éditions Odile Jacob, 2015.

A savoir

La prématurité spontanée concerne 66,5% des naissances prématurées. Le travail est déclenché naturellement pour de multiples raisons : grossesse multiple, malformation de l’utérus, activité physique, drogue, alcool, FIV… 33,5% de la prématurité est provoquée. Elle s’explique par une hémorragie, un retard de la croissance intra-utérine, une souffrance foetale…

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