Alzheimer: quand une maladie en cache une autre

0
114
Alzheimer et maladies apparentées
Alzheimer et maladies apparentées

Derrière Alzheimer se cache de multiples maladies neuro-dégénératives apparentées souvent invalidantes. Comment les reconnaître ? Comment agir ? Les explications du professeur Pierre Krolak-Salmon, neurologue et gériatre au CHU de Lyon.

Alzheimer est l’arbre cachant une forêt de maladies apparentées, parfois ignorées, souvent méconnues. Parmi les plus courantes figurent les démences vasculaires, la maladie à corps de Lewy ou les dégénérescences fronto-temporales, dont les similitudes en matière de symptômes composent une grande famille: celle des maladies neuro-dégénératives et neuro-vasculaires. Gériatre et neurologue, le docteur Pierre Krolak-Salmon, professeur à la faculté de médecine Lyon-Est, responsable du CMMR de Lyon (Centre de Mémoire, de Ressources et de Recherches), réseau interne aux Hospices Civils de Lyon, en rappelle l’importance.


Pourquoi une telle prépondérance de la maladie d’Alzheimer aux dépens des autres?

Alzheimer est la plus fréquente des maladies neuro-dégénératives touchant aux troubles de la mémoire, du langage… Autour de 50% des patients en sont réellement atteints. Les autres souffrent de maladies neuro-dégénératives ou neuro-vasculaires dont on parle peu, mais qui concernent un nombre tout aussi important de patients et de familles.

Est-il primordial d’en rappeler l’existence?

Oui, car le fait de rassembler les maladies apparentées sous un même chapeau en a fait le parent pauvre en matière de communication. C’est regrettable, car s’il y a de nombreux points communs, ces maladies présentent parfois des symptômes différents, moins connus car moins centrés sur la mémoire, et donc plus déroutants, plus difficiles à diagnostiquer. Autre effet pervers de ce défaut de notoriété, des moyens moindres investis dans la recherche comparé à ceux consentis pour la maladie d’Alzheimer.

AVC et troubles cognitifs

Les démences vasculaires concentrent-elles le plus de cas après Alzheimer?

On ne parle plus trop de démences, car le terme est péjoratif, mais plutôt de troubles cognitifs d’origines vasculaires, qui concernent 15 à 20% des cas. Il s’agit d’une conséquence possible d’un accident vasculaire cérébral. Ces troubles cognitifs ne sont donc pas dégénératifs, contrairement à la maladie d’Alzheimer. Ils peuvent d’ailleurs dans certains cas être rééduqués. Ils peuvent être légers, avec des patients conservant leur autonomie malgré des troubles de l’organisation ou de la mémoire, ou majeurs, avec cette fois-ci une perte d’autonomie. Les symptômes diffèrent en fonction de la localisation de la lésion vasculaire, mais on peut rencontrer des troubles du langage, de la mémoire, de l’organisation et de la planification, ou encore de l’attention.

Quels sont les autres membres de la ”famille” des maladies neuro-dégénératives?


Les troubles cognitifs liés à la maladie de Parkinson, ou à la maladie à corps de Lewy, se caractérisent par des symptômes différents. Ils touchent à la concentration, à la planification, aux repères dans l’espace… Les malades peuvent aussi avoir des hallucinations visuelles plus ou moins inquiétantes, notamment durant le sommeil, à travers la sensation de rêve éveillé. Le troisième groupe d’importance est celui des dégénérescences fronto-temporales: elles touchent des sujets beaucoup plus jeunes, âgés souvent de moins de 60 ans. L’entrée dans la maladie peut être très perturbante pour l’entourage, avec des patients irritables, parfois désinhibés, perdant le contrôle d’eux-même et des convenances sociales. Les cas, entre 5 à 10%, sont toutefois plus rares.

Repousser la maladie, c’est possible

La prévention est-elle différente pour les maladies apparentées?

Il y a beaucoup de points communs, et c’est d’ailleurs ce qui explique la tendance actuelle à une diminution des cas. Si l’on ne peut toujours pas en guérir, on sait aujourd’hui ce qui permet de repousser l’apparition des symptômes: travailler sur la réserve cognitive dont chacun dispose. Ces capacités intellectuelles de base dépendent de nos gènes, notre éducation, nos activités sociales. Une bonne hygiène de vie permet de préserver cette réserve: une activité physique régulière, une alimentation saine, ne pas fumer… Exercer son intellect est également essentiel. Plus la réserve cognitive est élevée, plus la période de révélation des symptômes sera longue. Nous sommes depuis plusieurs années dans une vraie dynamique de prévention, et le message finit par porter ses fruits, notamment dans les pays les plus développés.

Qu’en est-il de la prise en charge et du traitement?

La prise en charge a de nombreux points communs avec celle des personnes atteintes d’un Alzheimer: aides à domicile, ateliers mémoire, ateliers d’orthophonie, parfois des médicaments… Plus le diagnostic est précoce, meilleur est le pronostic. L’effort de soins et d’aides est le même que pour Alzheimer, les centres mémoires assurent tout aussi bien la prise en charge des patients atteints d’une maladie apparentée: il est nécessaire de le rappeler!

A savoir

Daniel Russo lit le témoignage de Michel.
Daniel Russo lit le témoignage de Michel.

L’association France Alzheimer et maladies apparentées lance avec le soutien de la Fondation Swiss Life la quatrième édition de sa campagne ”Des mots pour Alzheimer”. Sept personnalités (Nicole Croisille, Paul Belmondo, Eric Pierrot, Marina Viady, Daniel Russo, Marion Game et Chantal Ladesou) prêtent leur voix pour délivrer des témoignages d’aidants, ”pour aider les familles à avancer, et à mieux vivre avec cette maladie”. L’objectif : sensibiliser le public sur la maladie et le rôle des aidants.
Témoignages à entendre jusqu’au 12 octobre.

 

Chargement des commentaires facebook ...

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here