L'équithérapie pour venir en aide aux malades d'Alzheimer.
Comme pour d'autres pathologies, le cheval peut s'avérer un allié de poids dans le traitement des symptômes de la maladie d'Alzheimer. ©Shutterstock

Envie de grand air, d’évasion et de retour aux sources… De quoi désormais faire rêver plus d’un Français sur deux après l’année difficile écoulée. Entre troubles anxieux, dépressifs ou simple ras-le-bol, la verdure semble redorer le moral de chacun. En serait-il de même pour les malades d’Alzheimer ? Le retour à la nature peut-il changer la donne ? Réponse avec Annick Bournas, aide médico-psychologique et équithérapeute à Ambierle près de Roanne dans la Loire.

Caresses, calèches et soins… Et si cela faisait du bien ? C’est en tout cas ce que soutient l’équithérapie, nouvelle venue au rang des thérapies alternatives. Avec près de 30 000 personnes bénéficiaires de cette thérapie par le cheval en 2016, la France compte bien renforcer cet essor. Autisme, trisomie, schizophrénie, paraplégie ou encore Alzheimer, tous peuvent être soigner par équithérapie.

« Si l’arrivée du Covid-19 a rendu la vie plus chaotique, particulièrement en institutions, nous avons espoir de continuer à soigner. Grâce à des exercices divers et toujours centrés autour du cheval, bien des troubles ou maladies deviennent plus supportables. La pratique équestre a pour particularité de faciliter l’inclusion du handicap et de diminuer la rupture sociale », témoigne Annick Bournas, équithérapeute et président de l’association À Tout Crin près de Roanne (Loire). « Jeunes enfants souffrant d’autisme, de trisomie, jeune femme paraplégique ou encore détenus du centre de détention de Roanne… Tous ont un intérêt réel à venir profiter d’une séance d’équithérapie ».

Mais alors qu’en est-il des maladies dégénératives telles qu’Alzheimer ? Que peut-on faire pour soulager un quotidien ancré dans le présent ? Là où la mémoire fait défaut et où l’existence semble déconstruite, le cheval s’avère être un médiateur de soin particulièrement judicieux. Le point sur l’équithérapie chez les malades d’Alzheimer au côté d’Annick Bournas, équithérapeute.

 

Malade d’Alzheimer ? Le bonheur est dans le pré !

Avec plus de 200 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France, la maladie d’Alzheimer risque d’atteindre des sommets d’ici 2050. Des prévisions peu rassurantes pour l’avenir. Troubles de la mémoire, confusion, perte des repères, balbuties… Des symptômes peu élogieux qui en font la deuxième maladie la plus crainte par les français après le cancer. Mais si ces derniers pouvaient être diminués ?

Face au défi scientifique d’un remède absent, les médicaments sont bien souvent les seuls traitements quotidiens des personnes atteintes par cette démence évolutive. Alors pourquoi pas tenter la thérapie par le cheval ? À l’opposé des traitements et médicaments onéreux, l’équithérapie semble pourtant d’autant plus efficace. Raison pour laquelle la Fédération Française d’Equitation a d’ailleurs signé un partenariat avec France Alzheimer depuis 2017. Le but ? Soulager les symptômes et redonner le sourire aux personnes malades, et ce de la manière la plus naturelle qui soit.

 

Équithérapie : le cheval, partenaire idéal des malades

Bien plus qu’une simple gestuelle, l’équithérapie permet de remobiliser les personnes atteintes d’Alzheimer. L’objectif ? Diminuer sensiblement les symptômes de la maladie, en particulier les troubles anxieux et dépressifs associés. Et ce, par le biais du cheval, un animal particulièrement propice aux thérapies.

« À l’instar des chiens qui demandent, attendent énormément de leur partenaire, les chevaux restent stoïques. Bien qu’attachés, ils ne sont pas intrusifs et laissent les personnes venir à leur rythme et selon leur personnalité », explique Annick Bournas. « Le cheval est un animal qui ne juge pas. Il ne voit pas la personne malade sous l’angle de ses faiblesses mais sous le prisme de ses capacités. C’est un rare moment où la personne n’est plus considérée comme malade. Cette attention portée à l’autre, ainsi que son immense mémoire, en fait le parfait médiateur. D’autant plus quand le défaut de mémoire chez l’Homme se fait ressentir ».

Ancrée dans le présent, la thérapie par le cheval ravive également les sens chez les personnes atteintes d’Alzheimer. Ce soin apporté reste primordial dans l’approche thérapeutique de la maladie. En effet, nombre de patients souffrent de troubles du comportements associés : agitation, raideur, immobilisme… Tant de troubles particulièrement favorables aux thérapies par les sens. De quoi apaiser à défaut de guérir.

 

Mais à quoi ressemble une séance d’équithérapie ?

« Chaque séance d’équithérapie est unique. Nous pouvons travailler autour de divers symptômes mais devons toujours être attentifs aux besoins immédiats », témoigne Annick Bournas. « Par exemple, travailler l’équilibre, la maniabilité ou la kinesthésie peut être un axe de séance. Pour se faire, le pansage ou l’art de caresser les chevaux reste le meilleur allié. Après avoir pris le temps de panser, brosser ou donner du pain, on élabore des parcours afin de faire bouger le corps et retrouver une meilleure mobilité ».

Autre séance, autre thème. Ici la mémoire. « En cachant des fruits, légumes ou objets en plastiques rappelant le quotidien autour du cheval voir sur ce dernier, les personnes sont amenées à trouver, récupérer et nommer l’objet ou l’aliment en question ». Une façon de favoriser également l’expression et le langage, tout en conservant le côté apaisant de l’animal près de soi.

Si les séances passent et ne se ressemblent pas, c’est aussi pour permettre d’instaurer l’exact opposé de la routine institutionnelle. L’impression de liberté vient soulager, apaiser les malades et redonner le goût au moment présent. Car pour une fois, les malades prennent soin de l’autre, le cheval, et ne se considèrent plus comme le malade à soigner.

 

Le cheval… Un remède miracle ?

Si la maladie d’Alzheimer ne possède pas encore de traitement curatif, l’équithérapie semble être une alternative efficace dans la diminution des symptômes. C’est notamment ce que démontre une récente étude américaine. Amélioration de l’activité physique, de la quiétude, de l’expression verbale et diminution de la confusion… De quoi entrevoir un horizon moins sombre pour les personnes malades ainsi que leur famille.

« J’ai eu l’occasion de voir de mes propres yeux les bienfaits de cette thérapie. Alors que beaucoup de patients ne parlent plus, après quelques caresses ils se remettent à parler avec un langage plutôt très clair. Certains se rappellent leur passé d’agriculteur, d’autres me disent « j’ai oublié de vous offrir à boire » », se rappelle Annick Bournas.

« Je me souviens d’une dame qui ne pouvait pas tenir en place, s’activait et déambulait en permanence. Un jour, je lui ai proposé de faire un tour en calèche. Elle est arrivée vers la jument, l’a beaucoup caressé d’elle-même, puis est venue s’assoir sans gigoter et est restée calme. Pendant le tour, elle m’a tapoté l’épaule pour attirer mon attention : elle pleurait. De nostalgie j’imagine. Les soignants m’ont par la suite signifié à quel point elle avait été calme les jours suivants ». Dès lors, si les raisons de l’efficacité à court terme d’une telle thérapie restent silencieuses, les bienfaits se font eux ressentir.

 

À SAVOIR

Le salon international Equita Lyon reprend pour une nouvelle année à Lyon. Du 27 au 31 octobre à Eurexpo Lyon, l’évènement accueille une compétition équestre ainsi que des stands d’information, dont un pôle entier réservé à la santé. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site Equita Lyon.

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