Le lait figure parmi les allergènes à redouter chez l'enfant
Les allergies alimentaires au lait et à l'œuf sont parmi les plus fréquentes chez les enfants ©PIX4U

Les allergies alimentaires sont en forte progression en France, notamment chez les enfants et les adolescents. Comment diagnostiquer ces allergies ? Comment les prévenir ? Les explications du professeur Pascal Demoly, pneumologue et allergologue.

A quel âge se déclare l’allergie alimentaire chez l’enfant ? 

Généralement, l’allergie alimentaire se déclare avant l’âge de 2 ou 3 ans, mais parfois beaucoup plus tard. L’essentiel, c’est de faire comprendre à l’enfant et son entourage que son allergie nécessite un diagnostic de certitude, un suivi et qu’elle peut s’atténuer voire disparaître avec l’âge. C’est le cas dans la plupart des allergies au lait, dans 50% des allergies à l’œuf et dans 20% des allergies aux arachides. Ce discours positif est très important pour permettre à l’enfant de mieux vivre son allergie alimentaire.

Quelle doit être la démarche des parents qui ont un doute sur une allergie alimentaire de leur enfant ?

Il faut d’abord bien faire un distinguo entre suspecter et diagnostiquer une allergie. Aujourd’hui, la plupart des suspicions ne sont pas confirmées. En cas de doute, la première chose à faire est donc d’aller voir son médecin traitant qui prescrira une consultation chez un allergologue, le seul à pouvoir émettre un diagnostic de certitude et déterminer les allergènes en cause. Un diagnostic souvent délicat à émettre dans les pays développés comme la France où les repas sont complexes compte tenu de la multitude des ingrédients.

Allergies alimentaires, tests cutanés et sanguins

Une réaction de la peau indique une allergie
Le test cutané est préconisé en cas de suspicion d’allergie alimentaire ©DR

Concrètement, comment diagnostique-t-on l’enfant allergique ?

On effectue d’abord des tests cutanés et sanguins- dosage d’immunoglobulines E (IgE), les anticorps de l’allergie – pour obtenir des certitudes quant à la réalité de l’allergie et à la nature des aliments incriminés. Si l’allergologue a des doutes, il demandera à l’enfant de faire un test de provocation hospitalier, en ne lui faisant avaler que l’aliment en cause, en commençant par de toutes petites doses bien sûr et sous très haute surveillance.

Une fois cette allergie identifiée avec certitude, quel est le rôle de l’allergologue ?

L’allergologue va d’abord imposer un régime d’éviction de la classe d’aliments incriminée, puis rechercher des allergies croisées, notamment pour les fruits à coque en cas d’allergie à l’arachide par exemple. Outre cette approche préventive, il va concevoir une trousse d’urgence que l’enfant aura en permanence avec lui, trousse adaptée à la sévérité de l’allergie. Dans d’autres cas, il proposera une désensibilisation orale. Enfin, dans la plupart des cas, l’école va mettre en place un Plan d’Accueil Individualisé, sorte de contrat entre l’établissement scolaire, les parents et les médecins pour réagir vite et efficacement en cas de symptômes allergiques à l’école. Ce PAI va notamment autoriser l’enfant à venir à l’école avec des médicaments, dont certains sont injectables avec une aiguille (adrénaline).

Apprendre à lire les étiquettes

Pascal Demoly, allergologue et pneumologue
Le professeur Pascal Demoly, expert en allergies alimentaires ©DR

Quelle est la bonne attitude à adopter face à l’enfant ?

Il faut avoir une approche pédagogique, faire comprendre que les allergènes sont présents dans de nombreux aliments, apprendre à lire les étiquettes aux parents et plus tard à l’enfant lui-même. C’est notamment le cas pour les 14 allergènes à étiquetage obligatoire. Mais il faut aussi le mettre en garde contre certains pièges. Par exemple, les allergiques à l’œuf ou au lait ne savent pas forcément que ces allergènes sont présents dans de nombreux aliments sous une autre appellation. La plupart des gâteaux d’enfants sont notamment à base d’œuf et de lait. D’où la mise en garde de ne pas accepter à l’heure du goûter ou lors d’une sortie de classe un gâteau. De même, les gens ne savent pas forcément qu’il y a du lait dans de nombreuses charcuteries. Voilà pourquoi la commission européenne a imposé aux fabricants de stipuler tous les 14 ingrédients fréquemment source d’allergènes, même les simples traces d’allergènes, dans les produits préemballés depuis 2005 et non pré-emballés depuis 2015. S’il y a un défaut de traçabilité et un accident, l’industriel serait responsable.

L’approche psychologique est-elle importante en fonction de son âge ?

Oui, bien sûr. Il ne faut pas que l’allergie alimentaire soit vécue comme une punition par l’enfant. Pas toujours simple, surtout dans le primaire… Plus tard, il faut aussi être vigilant avec les ados aux attitudes addictives rebelles et qui ont tendance à oublier le risque allergique. A la maison, de nombreux parents préfèrent astreindre toute la famille à un régime d’éviction, à la fois pour éviter un accident et pour ne pas accabler davantage l’enfant, surtout pour certains allergènes provoquant des réactions sévères comme les arachides ou les fruits à coque. C’est plus compliqué à l’extérieur, notamment à l’école. Sachant que les cantines acceptent rarement de proposer des menus sans allergènes, les parents ont trois options: soit le faire rentrer à la maison pour le déjeuner; soit préparer un repas qui sera souvent ingurgité par l’enfant loin de ses copains, dans une salle isolée; soit acheter des plateaux-repas spécialement conçus pour les allergiques alimentaires. Cette option a un coût plus élevé mais elle est vouée à se développer. Une société comme Nutrisens vient ainsi d’innover sur ce marché en proposant des repas cuisinés ne comportant aucun des quatorze allergènes étiquetés. Les aliments ont l’avantage de ne présenter aucun risque pour les enfants qui sont allergiques à l’un de ces 14 allergènes, avec une texture, un aspect et un goût plutôt agréables.

Et en voyage, comment se prémunir de tout risque de réaction allergique ?

Chaque pays a sa propre culture, sa propre cuisine. Il est donc très important, loin de son domicile, que l’enfant redouble de vigilance. Mettez le surtout en garde contre le risque de tester des plats dont il ne connait pas la consistance exacte, en particulier en Afrique et en Asie. Avant de partir, il doit aussi vérifier sa trousse de secours, sa date de péremption, et s’assurer qu’il en connait parfaitement l’usage. Un peu comme un extincteur en cas d’incendie. Il faut savoir où il se trouve, s’il marche et comment s’en servir….

Retrouvez la liste de tous les allergologues de votre ville ou de votre quartier sur www.conseil-national.medecin.fr

A SAVOIR

Chez l’enfant, les allergies alimentaires les plus fréquentes sont liées à la consommation de lait, d’œuf, d’arachide, de fruits à coque et de gluten, alors que chez les adultes, des réactions allergiques apparaissent souvent après ingestion de certains fruits (fraise, pomme, poire, pêche, prune…), de poissons, de crustacés, de mollusques et de gluten.

 

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