Coronavirus lyon HCL
Aux HCL, 381 professionnels de santé ont déjà été contaminés par le coronavirus ©SamaraHeisz5

La lutte contre le coronavirus fait rage dans les établissements des Hospices Civils de Lyon, en première ligne depuis le début de l’épidémie. Durant un week-end “décisif”, Patrick Déniel, secrétaire général des HCL, fait le point sur la situation à Lyon et en Auvergne-Rhône-Alpes.

En pleine épidémie de coronavirus, quelle est la situation dans les différents établissements des Hospices Civils de Lyon ?

A ce jour, on compte 652 patients hospitalisés pour coronavirus dans nos établissements, dont 149 dans des unités de soins critiques. Ce chiffre illustre la mobilisation de toutes les équipes. Songez qu’avant l’épidémie, le service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de la Croix-Rousse ne comptait que 45 lits. Compte tenu de l’ampleur de cette épidémie, nous avons trouvé les ressources pour dépasser nos capacités, nos limites. Aujourd’hui, 219 patients sont ainsi pris en charge à Edouard-Herriot et aux Charpentes, 196 à Lyon-Sud et 191 à l’hôpital de la Croix-Rousse et Pierre Garraud. Trois sites sont cependant plus spécialisés sur la prise en charge des malades Covid-19: Edouard-Herriot, Lyon-Sud et Croix-Rousse. Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, tous ces établissements ont pris en charge plus d’un millier de patients.

 

Coronavirus, la marge se réduit de jour en jour

Le risque de saturation des services de réanimation est-il désormais écarté ?

coronavirus Edouard Herriot Lyon
Edouard Herriot, l’un des hôpitaux de référence à Lyon contre le coronavirus ©P.Auclair

Malheureusement non, pas complètement. Il faut savoir qu’en moyenne, un patient intubé et ventilé artificiellement passe 14 jours en soins intensifs. Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, la stratégie des HCL a été de travailler en concertation avec les autres établissements du territoire. On a tiré les enseignements du Grand Est et de l’Ile-de-France pour avoir une progression la plus régulière possible afin d’éviter les risques de saturation. Une cellule de pilotage a été créée pour répartir les patients en fonction de la disponibilité des unités. Cette gestion coordonnée nous permet de disposer encore de 60 lits disponibles pour faire face à un afflux de nouveaux cas critiques. Sans doute avons nous mieux anticipé que d’autres régions. Toutes les activités non urgentes ont ainsi été déprogrammées dès le 16 mars, soit la veille des mesures de confinement. Bref, on a encore un peu de marge. Mais cette marge se réduit de jour en jour…

 

Un risque de rupture au sein des services

Pourquoi ce spectre d’une saturation des hôpitaux est-elle si anxiogène ?

Parce qu’au-delà de la gestion des patients, cette saturation fait craindre une rupture au sein de nos équipes. Avec, à la clé, des situations très lourdes à gérer sur le plan psychologique et médical. Il faut savoir ce que vit le personnel soignant. Des malades arrivent avec de simples difficultés respiratoires et soudain, leur état de santé s’aggrave brusquement. Ils se retrouvent en détresse respiratoire et doivent être placés d’urgence en réanimation.  C’est dur à vivre. Notre souci est donc de préserver le personnel sur la durée. Dans cette bataille quotidienne contre le coronavirus, nous avons la chance d’être aujourd’hui soutenu par des anesthésistes et des infirmiers du privé qui viennent renforcer les unités des HCL.

 

Déjà 381 soignants contaminés aux HCL

Du personnel des HCL a-t-il aussi été contaminé par le coronavirus ?

Oui, forcément. A ce jour, 381 professionnels des HCL ont déjà été testés positif au Covid-19. On est sur une moyenne de 20 à 25 nouveaux cas par jour. Cela signifie mise en quarantaine d’office.

 

Quel est le protocole pour ces personnels contaminés ?

Une éviction de huit jours une fois que les prélèvements ont confirmé la présence du coronavirus dans l’organisme. Nous avons mis en place trois centres de prélèvement pour permettre un dépistage rapide au sein de nos effectifs. Après, s’ils ne présentent aucun symptômes durant 48 heures, ils peuvent revenir travailler avec un masque. On fait preuve d’une grande vigilance car le virus se transmet très rapidement. De patient à personnel soignant mais aussi entre les professionnels de santé. On essaye de les sensibiliser pour éviter au maximum les risques de contamination. C’est essentiel car, selon la norme, il faut quatre infirmiers pour dix lits en réanimation. Pour l’instant, on a réussi à tenir ce ratio. Ce n’est pas le cas dans d’autres régions comme le Grand Est qui sont désormais en dessous en raison de la saturation des services et du personnel malade.

 

La stratégie de confinement porte ses fruits

Quand pensez-vous qu’interviendra le sommet de la vague ?

C’est difficile de prévoir. L’aspect positif, c’est que la poussée épidémique est moins forte depuis quelques jours. La stratégie de confinement porte ses fruits. Mais il faut maintenir la pression car tout relâchement risque de faire repartir l’épidémie. C’est l’enjeu des prochaines semaines. J’espère que les gens en ont conscience.

Quel est le profil des patients admis en soins intensifs ?

Au début de l’épidémie, ils avaient en moyenne entre 70 et 75 ans. Aujourd’hui, c’est plutôt autour de 60 ans. Seulement deux patients ont moins de 18 ans. Mais certains ont entre 30 et 40 ans, pour la plupart immuno-déprimés (Ndlr: insuffisance des moyens de défense naturels de l’organisme) ou souffrant d’obésité. Pour tous ces cas, on constate une aggravation rapide de l’état de santé général dans les huit jours après la contamination. La réaction de l’organisme pour combattre le virus est en effet très agressive.

 

Une mobilisation extraordinaire face à l’enjeu

Ce week-end sera-t-il décisif ?

Oui. Pour les HCL comme partout ailleurs. La vague n’est pas encore passée. La régulation nationale pourrait nous amener à prendre en charge des patients d’autres régions, comme c’est déjà le cas actuellement. Nous sommes donc extrêmement vigilants car nous sommes arrivés à un plateau. Mais ça monte encore… Le mois d’avril sera décisif. Mais j’ai confiance dans la capacité de mobilisation de nos équipes. Aujourd’hui, je suis fier d’eux, de leur implication sans relâche, de notre capacité à faire bloc, de cette osmose extraordinaire face à l’enjeu.

 

A SAVOIR

Les Hospices Civils de Lyon regroupent quatorze établissements, dont trois à dominante généraliste proposant des services d’urgences, de médecine et de chirurgie, sept spécialisés et quatre établissements gériatriques. Le service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de la Croix-Rousse est spécialisé dans toutes les pathologies infectieuses d’origine bactérienne, virale ou parasitaire, ainsi que les pathologies du voyage. Ce service héberge le Centre de référence des infections ostéo-articulaires complexes pour la région Auvergne Rhône-Alpes. Il s’agit de l’un des neuf centres français labélisés par ministère de la Santé.

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