Emmanuelle lafoux, directrice CPAM du Rhône, sur BFM
Cette semaine, Emmanuelle Lafoux, directrice de la CPAM du Rhône, était l'invité de Votre Sante. ©ElodieJoly

Explosion des cas de Covid-19 dans le Rhône, contact tracing, manque de réactivité de la CPAM… Emmanuelle Lafoux, la directrice générale de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie du Rhône, répond aux questions de Elodie Poyade et de Pascal Auclair dans l’émission Votre Santé (BFM Lyon).

Le Covid-19 dans le Rhône continue sa lente mais inéluctable progression. Depuis le mercredi 23 septembre, la ville de Lyon est placée en zone d’alerte renforcée. Au delà des mesures que cette décision engendre, le préfet du Rhône a insisté sur l’importance du tracing pour freiner l’épidémie de Coronavirus. Dans l’émission hebdomadaire “Votre Santé, sur la plateau de BFM Lyon, Elodie Poyade et Pascal Auclair font le point avec Emmanuelle Lafoux, directrice générale de la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie) du Rhône. Entre explosion des cas, contact tracing ou encore retards en chaine des personnels de santé, la responsable département de la CPAM répond à vos questions.

L’épidémie de Covid-19 s’amplifie dans le Rhône

Elodie Poyade : Les chiffres ne sont pas bons dans le département. Où en est l’opération de tracing lancée dans le Rhône en mai dernier ?
Emmanuelle Lafoux CPAM rhône
Emmanuelle Lafoux, directrice générale de la CPAM du Rhône

Emmanuelle Lafoux : Le tracing du Covid-19 dans le Rhône continue à fonctionner de manière tout à fait performante et efficace. Notre objectif est d’appeler extrêmement rapidement toutes les personnes qui ont un nouveau diagnostic de Covid-19. Cela dans le but de leur donner des consignes d’isolement, de récupération de masques mais aussi pour vérifier avec eux quels serait les cas contacts qui les concerneraient. Nous demandons ensuite à ces cas contacts de s’isoler et de faire des tests.

Néanmoins, malgré toutes ces dispositions, il faut savoir que la situation est inquiétante aujourd’hui dans le Rhône. Non pas par le nombre de cas mais par la dynamique de l’épidémie. Pour donner des chiffres, jusqu’au 15 août, on avait environ une vingtaine de cas par jour. Depuis cette date, on enregistre 100 nouveaux cas supplémentaires tous les 5 jours. La semaine dernière, on a eu 700 cas et hier, 920 cas dans le Rhône. On voit donc que l’épidémie s’amplifie très régulièrement.

 

Sur la Métropole de Lyon, les clignotants sont au rouge 

EP : Est-ce une dynamique équivalente au mois de mars et d’avril dernier ou plus lente ?

EL : Aujourd’hui, sur le front du Covid-19 dans le Rhône, on a du mal à dire si la situation est équivalente à celle de mars ou avril. En effet, lors de la première crise, nous n’avions pas les tests. Ainsi, on ne sait pas si – numériquement – on est dans la même situation. Cependant, on peut constater aujourd’hui qu’on a 10% de tests positifs dans le Rhône. Tous les jours, nous sommes dans le top 3 des départements ayant le plus grand nombre de tests positifs. On a une incidence de 202 cas positifs sur 100 000. À titre de comparaison, à Marseille, ils ont dépassé les 250 cas. Mais il faut rester prudent car on n’en est pas très loin. Donc globalement, tous les clignotants sont au rouge.

La situation est donc réellement inquiétante. En revanche, on sait que la dynamique épidémique n’est pas une fatalité. Elle peut évoluer. En effet, elle a une certaine inertie mais selon les mesures prises, on pourra la faire évoluer favorablement. Cela passe par des actions collectives ou individuelles.

 

Si vous avez des symptômes : restez chez vous !

Pascal Auclair : On a le sentiment que les gens sont perdus avec toutes les annonces gouvernementales. Est ce que vous pouvez nous expliquer les bonnes pratiques en cas de soupçon de contamination ? 

EL : Les signes d’une contamination peuvent être cliniques. Un peu de fièvre, un mal de gorge, des maux de tête etc. qui sont des symptômes d’une infection normale. Il y a aussi quelques signes très spécifiques comme la perte du goût et de l’odorat mais que l’on ne retrouve pas tout le temps. Si on souffre de ces symptômes, on reste chez soi. On ne va pas au travail. On ne met pas les enfants à l’école ou à la crèche. On évite surtout de se rendre dans des lieux collectifs, d’autant plus non masqué. Ensuite, la marche à suivre, c’est de contacter son médecin traitant. Puis, il faut faire un test, avec ou sans ordonnance. Mais si possible avec une prescription de son médecin car on passe en patient prioritaire.

 

Une majorité de patients disciplinés 

EP : Quand un cas positif est détecté, la CPAM est chargée de trouver les cas contacts. Néanmoins, aujourd’hui, on a l’impression d’avoir du mal à faire appliquer cette politique de l’isolement. Est-ce votre sentiment ?

EL : Non. Ces personnes non compliantes – qui ne veulent pas rester en isolement – représentent 2% des contacts pris par la CPAM. Additionnées au 5% d’individus qu’on arrive pas à joindre, on trouve au moins 93% de personnes compliantes, et très attentives.

Aussi, nos équipes misent beaucoup sur la pédagogie. Elles prennent toujours le temps de ré-expliquer qu’est ce que le confinement, quelles sont les démarches à entreprendre, ce qu’il faut faire par rapport à leurs proches etc. On constate que les gens sont assez conscients. Ils écoutent. Ils nous rappellent pour nous demander des précisions. Ils essaient de bien comprendre ce qu’il faut faire… Donc, il est normal dans une société qu’une petite partie de la population ne suive pas les consignes. Mais nous n’avons pas du tout le sentiment que ces personnes représentent une majorité.

 

Bientôt de nouveaux anges gardiens pour le contact tracing

PA : On a sentiment – parmi les nombreux messages que l’on reçoit à la rédaction de Ma Santé – que les gens regrettent un manque de réactivité de vos services. Est ce que “les anges gardiens” de la CPAM sont assez nombreux par rapport aux opérations de contact tracing et à cette faculté de pouvoir retrouver très rapidement tous les cas contacts ? 

EL : On appelle généralement tous les nouveaux cas qui ont une biologie positive dans la journée. Exception faite lorsqu’on a pas les coordonnées de la personne et qu’il faut les chercher. Auquel cas, l’appel peut se fait le lendemain. On est très réactifs grâce à notre équipe puisqu’on a plus de 200 personnes en ligne aujourd’hui.

 

PA : C’est suffisant ?

EL : C’est assez. De plus, l’équipe dédiée au Covid-19 dans le Rhône sera renforcée avec un total de 250 personnes dans les semaines qui viennent. On suit très régulièrement l’évolution de l’épidémie. En revanche on a constaté des retards dans les tests. Ces délais dans la prise de rendez-vous puis dans les résultats peuvent donner l’impression d’une intervention tardive de notre part puisqu’on arrive en bout de chaine. Or, on les contact à J+0 lorsqu’on a les résultats du test.

 

“On ne pourra pas juguler l’épidémie seuls”

EP : Donc pour vous, tout ce qui est mis en place pas la CPAM depuis plusieurs mois fonctionne. Cette politique de tester, isoler et tracer est aujourd’hui bien mise en place un peu partout ?

EL : Oui, on trouve que ça fonctionne. C’est efficace mais en soit, ce n’est pas suffisant. En effet, si on fait cela mais qu’on applique pas les gestes barrières, on ne sera pas en capacité de juguler l’épidémie. Il faut donc bien appliquer les mesures collectives annoncées par le gouvernement et avoir une attention individuelle particulière. Cela se manifeste par les gestes comme le masque, la distanciation sociale, etc.

Du côté de la CPAM du Rhône, notre mission est d’abord de bien faire le contact tracing. En moyenne, on trouve entre 2,5 et 3 cas contacts pour chaque personne contaminée. Ce chiffre est le signe d’un tracing efficace. Nos équipes sont vraiment scrupuleuse. Je les remercie du travail qu’elles fournissent car souvent, elles restent tard le soir pour terminer les derniers appels et cela du lundi au dimanche.

L’émission est à retrouver sur le replay de BFM Lyon.

 

À SAVOIR

“Votre santé”, le nouveau magazine de BFM Lyon, est en direct tous les jeudis à 17h45. L’émission est en rediffusion le jeudi soir à 21h45, 23h45, 2h45, 3h45, 4h45 et 5h45. Mais également le samedi à 9h45, 12h15, 15h45 et 19h45. Enfin, le dimanche, vous pourrez retrouver « Votre santé » à 9h45, 12h15, 17h45 et 22h45.

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