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Face à la menace du Covid-19, les enfants doivent être protégés à la rentrée ©Pedro Wroclaw

A la veille de la rentrée scolaire, les pédiatres sont inquiets devant la reprise de l’épidémie de Covid-19 et non respect de certaines mesures sanitaires élémentaires. Ils réclament des directives claires et mettent en garde contre le retard pris dans les carnets de vaccination. Les explications du docteur Jean Stagnara, pédiatre à Lyon et co-fondateur de Pédiasanté.

De Lyon à Grenoble, de Saint-Etienne à Clermont-Ferrand, la rentrée scolaire 2020 est abordée avec une légitime appréhension. En cause, la lente mais inquiétante recrudescence de cas de Covid-19. Une inquiétude qui gagne du terrain dans les rangs des parents mais aussi chez les professionnels de santé. En particulier les pédiatres. Sept sociétés savantes viennent ainsi de publier une lettre ouverte pour tirer le signal d’alarme. Au cœur de leurs préoccupations, la “persistance de la circulation du virus en France accompagnée, ces dernières semaines, d’une augmentation significative du nombre de cas dans certaines régions”. Face à ce péril, les experts de la petite enfance réclament des mesures claires. Priorité: écarter le “risque réel” d’une contamination à grande échelle au coronavirus.

 

Une rentrée scolaire sous surveillance accrue

« Nous ne pouvons que nous montrer inquiets devant l’organisation de la rentrée telle qu’elle se profile, tant sur le plan de la prévention que sur celui de la prise en charge des enfants », insistent les auteurs de cette lettre ouverte avant la rentrée scolaire.

Ces derniers réclament des mesures “adaptées mais raisonnables et efficaces“. Une opinion partagée par le docteur Jean Stagnara, pédiatre à Lyon et co-fondateur de Pédiasanté (ex-CourlyGônes). “Certes, les enfants sont moins contaminés et moins malades que les adultes, note le pédiatre à Lyon. Cela nous avait amené à préconiser un retour en classe dès la sortie du confinement avec certaines précautions d’usage. Le contexte n’a pas changé. Le retour à la crèche ou à l’école fait planer une légitime inquiétude pour les enfants comme pour les adultes qui les encadrent. Il faut donc un strict respect des protocoles sanitaires et un message clair de la conduite à tenir en cas de détection d’un cas de Covid-19 dans l’établissement”. 

 

Le test salivaire plutôt que le PCR

L’autre question soulevée par les pédiatres avant la rentrée scolaire concerne les outils de dépistage de la maladie. Jusqu’à présent, le test PCR était préconisé chez les enfants présentant des signes tels que de la fièvre, des troubles respiratoires ou digestifs. Or, ces prélèvements naso-pharyngés présentent plusieurs inconvénients majeurs.

Outre le fait qu’ils soient désagréables et donc source d’anxiété pour l’enfants, ces longs cotons-tiges introduits au fond des narines ne présentent pas un taux de fiabilité optimum. Par ailleurs, leur usage systématisé, le coût du prélèvement et son caractère répétitif en période hivernale (en raison des multiples épisodes viraux) ne plaide pas en faveur de ce diagnostic à la rentrée.

 

Rentée scolaire et Covid-19, réduire les risques de cluster à l’école

Une étude nationale a révélé que le taux de PCR positifs chez les enfants n’ayant pas de contact avec un cas avéré de COVID 19 était de 1%.  Ce taux ne dépasse pas 10% chez ceux ayant été en contact avec une personne porteuse du virus, en particulier dans l’entourage familial. Pour l’instant, compte tenu de ces éléments, il est préférable de privilégier des tests de dépistage rapide salivaires en cours de validation, plus rapides et moins coûteux. Ce sera plus efficace pour réagir et éviter la création de clusters en milieu scolaire. Quitte à revenir aux tests naso-pharyngés en cas d’augmentation des taux de positivité des PCR“, explique le docteur Jean Stagnara.

 

L’épidémie de coronavirus a mis la vaccination en sommeil

Enfin, le dernier motif d’inquiétude des spécialistes de la petite enfance concerne la vaccination. L’épidémie de Covid-19, la période de confinement et la peur d’une contamination ont incité de nombreuses familles à reporter leur rendez-vous chez le pédiatre.  Conséquence, les carnets de vaccination présentent des cases vides.  De nature à réactiver certaines épidémies en sommeil. “On craint surtout une résurgence des cas de rougeole cet automne“, s’alarme le docteur Jean Stagna. D’autant plus inquiet que se profile le retour d’autres épidémies saisonnières. “Il est parfois difficile de faire le distinguo entre une grippe, une gastro-entérite et un cas de Covid-19. La vaccination contre ces maladies hivernales est  le meilleur moyen de repérer rapidement les infections au coronavirus“.

A titre personnel, le pédiatre lyonnais préconise donc une vaccination contre la grippe (dès l’âge de 1 an), contre le rotavirus (rotavirus) dés 6 mois et la méningite (dès la naissance). Une vaccination à grande échelle qui aurait aussi l’avantage de diminuer le nombre de consultations hospitalières. Autre intérêt, désengorger les services d’urgences souvent saturés en période hivernale et libérer des lits en cas de nouveau pic épidémique.

 

Des récréations classe par classe pour limiter les risques de contamination

Plus généralement, à la veille de la rentrée scolaire, le docteur Jean Stagnara comme l’ensemble des pédiatres insistent sur l’importance de suivre un protocole strict en cas de dépistage d’un cas de Covid-19. Mais strict ne signifie pas drastique… “Certaines écoles ou crèches ont été fermées alors qu’un seul cas de coronavirus avait été détecté. Il est nécessaire d’avoir une stratégie claire mais mesurée dans ces collectivités. Sinon, on risque de vivre une rentrée chaotique avec des fermeture de classes arbitraires“, souligne Jean Stagnara.

A la clé, un enseignement perturbé, notamment pour ceux souffrant de troubles d’apprentissage. Plus grave, sur le plan sociétal, un fossé qui va se creuser avec les milieux les plus défavorisés. ” C’est toute une génération qui risque d’être sacrifiée pour des raisons sanitaires“.

Pour éviter d’arriver à une telle extrémité, le pédiatre lyonnais préconise quelques mesures simples à la rentrée. D’une part, des cours de récréation en plus petit comité, classe par classe. Objectif: identifier d’éventuels cas de Covid-19 et étouffer dans l’œuf les clusters. Un conseil entendu par le recteur de l’académie de Lyon, Olivier Dugrip. Ce dernier a annoncé ce jour que les élèves seraient à la rentrée répartis par niveau lors des récréations.  De même, pour limiter les contacts en élèves, le recteur a insisté sur l’importance d’éviter les changements de classes entre deux cours.

Enfin, le docteur Stagnara préconise de limiter les risques de contamination en faisant respecter de manière strict la distanciation dans les classes. Il insiste aussi sur la nécessité pour les enseignants de faire preuve de pédagogie pour expliquer l’importance du port du masque et des gestes barrières.

 

A SAVOIR

Si la maîtrise de l’épidémie de Covid-19 passe – entre autres – par les cours d’école, elle est aussi une préoccupation quotidienne de tous les pédiatres dans leurs cabinets. Les professionnels de santé appliquent ainsi quelques consignes simples, notamment dans leurs salles d’attente, souvent considérées comme des “nids à virus”. Pour éviter tout risque de contamination, les pédiatres veillent ainsi à n’accueillir qu’une seule famille en même temps en salle d’attente. Chaque enfant ne doit être accompagné que d’un seul parent. Enfin, tous les objets (revues, jeux, jouets….) susceptibles de faciliter la diffusion du virus sont proscrits jusqu’à nouvel ordre.

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