professeur Bruno Lina Lyon
Le virus du Covid-19 devrait devenir saisonnier comme la grippe selon le professeur Bruno Lina ©P.Auclair

Le Covid-19 fait de moins en moins de morts et les hospitalisations sont en baisse. Faut-il en déduire que le virus a muté pour devenir moins agressif ? Non, selon le virologue et membre du Conseil Scientifique Bruno Lina. Le professeur du CHU de Lyon met en garde contre tout relâchement avant le retour du froid, propice à la circulation du virus. Il met aussi en garde contre les effets secondaires du coronavirus. Des syndromes post-Covid parfois graves. Interview.

Professeur Bruno Lina, on constate une baisse constante des hospitalisations liées au Covid-19 alors que le nombre de cas positifs augmente régulièrement. Cela signifie-t-il que le virus est moins virulent ?

Bruno Lina: Non, le virus n’est pas moins virulent. Il n’a pas muté non plus. C’est le même virus qui circulait au printemps dernier. En revanche, ce ne sont pas les mêmes personnes qui sont infectées. Les gestes barrières et les mesures d’hygiène sont désormais bien appliqués par les personnes les plus fragiles, notamment les plus de 70 ans. En revanche, aujourd’hui, on constate une circulation beaucoup plus active du virus dans les tranches d’âge des 15-25 ans et des 25-35 ans.  Or, on sait que dans ces tranches d’âges, en cas d’infection, 25 à 30% des contaminés sont asympatomatiques et une très grande majorité ne présente que des symptômes mineurs. Les formes graves sont rares, beaucoup moins fréquentes en tout cas que dans les tranches d’âges plus élevées.

 

Covid-19, le risque d’une dégradation progressive de la fonction respiratoire

Radio poumons Covid-19
La radiographie de poumons atteints par le Covid-19 ©DR

Cela expliquerait l’écart grandissant entre cas détectés et malades hospitalisés ?

Oui, car la population infectée, plus jeune, à moins recours à l’hôpital. Cela dit, il faut rester prudent car il se passe entre une semaine et quinze jours entre le diagnostic positif et une éventuelle hospitalisation, notamment en réanimation. Les malades présentent rarement d’emblée une forme très grave. C’est une dégradation progressive de la fonction respiratoire qui contraint la plupart du temps à l’entrée en réanimation. Il faut donc attendre encore une dizaine de jours pour voir si le nombre de patients admis en réanimation n’augmente pas. Il est trop tôt pour tirer des conclusions et tenir un discours hyper rassurant.

 

On constate de plus en plus d’effets secondaires liés au Covid-19. Ce phénomène est-il inquiétant ?

C’est ce que l’on appelle les syndromes post-Covid. Des manifestations qui surviennent au bout de deux, trois, quatre mois après l’infection. C’est un phénomène assez étonnant. D’autres maladies virales génèrent parfois des fatigues chroniques ou des cas d’immuno-dépression. Avec le Covid, on constate des atteintes post-infection très diverses. Certaines sont d’ordre pulmonaire. D’autres pathologies sont neurologiques, voire psychiatriques. On en apprend tous les jours…

 

Quelles sont les pathologies post-confinement les plus fréquentes ?

On a décelé très tôt des atteintes pulmonaires chroniques ou des problèmes vasculaires, sur des micro vaisseaux, ou au niveau des reins.

 

Le retour du froid va favoriser la circulation du coronavirus

On a aussi le sentiment que la plupart des personnes infectées perdent le goût et l’odorat plus ou moins durablement ?

C’est vrai que ce phénomène extrêmement invalidant a été constaté rapidement chez de nombreux malades. Cela rend forcément la vie beaucoup plus terne. Heureusement, dans l’immense majorité des cas, on récupère l’intégralité de ces deux sens, même si cela peut prendre parfois du temps. L’atteinte liée à cette perte du goût et de l’odorat est d’ordre vasculaire et non neurologique. Il s’agit d’une inflammation locale sans destruction du neurone. Voilà pourquoi la récupération est presque systématique.

 

Après les fortes chaleurs de l’été, le retour du froid risque-t-il de rendre le virus du Covid-19 plus agressif ?

Non, ça ne va pas réactiver sa virulence ni son agressivité. En revanche, cela risque de favoriser sa transmissibilité. Je rappelle que certaines personnes qui habitent le Sud de la France avaient prédit qu’avec l’été, le virus arrêterait de circuler (Ndlr: référence au docteur Raoult). C’est encore un succès total de cet effet d’annonce ! Il faut savoir que le virus circule en fonction de son environnement social. Il va donc plus facilement circuler en hiver. Durant cette période, les gens restent à l’intérieur, dans des espaces confinés, les uns proches des autres,. Alors que l’été, on vit dehors. Le taux de transmission augmente donc naturellement avec le retour de conditions hivernales. Mais la baisse des températures n’a pas d’incidence sur la virulence du virus.

 

Sans doute pas de vaccin avant 2022

Certains annoncent qu’un vaccin serait disponible début 2021. Ce scénario vous parait-il plausible ?

C’est le scénario le plus optimiste. Il est envisageable qu’un vaccin soit disponible à partir de la fin du premier semestre 2021, voire début du deuxième semestre. Cela signifierait qu’il est bien toléré et qu’il est immunogène. Cela étant, ce scénario me paraît peu probable car le délai est très court. Comment démontrer en quelques mois le niveau d’efficacité du vaccin. Si on va trop vite, on risque de raccourcir cette évaluation pourtant essentielle. Par ailleurs, avant que l’on ne puisse vacciner 7 milliards de personnes, il va s’écouler beaucoup de temps. Il paraît peu probable d’avoir des campagnes de vaccination massive à l’automne 2021. A mon sens, il est plus raisonnable de tabler sur 2022.

 

Bruno Lina, ce vaccin sera-t-il français ?

Peut-être, si on estime que Moderna est français ! (Ndlr: cette biotech américaine est dirigée par Stéphane Bancel, ancien cadre supérieur de bioMérieux, aujourd’hui propriétaire de 9% du capital de la start-up). C’est un des vaccins les plus avancés en terme d’évaluation. Maintenant, il s’agira du premier vaccin à ARN. Les autorités de régulation risquent donc de demander des éléments de sécurité, ce qui va retarder le lancement d’une vaccination de masse.

 

Le Covid deviendra un virus saisonnier comme la grippe

Faudra-t-il imposer une vaccination obligatoire pour ce futur vaccin ?

Non ! Les seuls vaccins obligatoires sont pédiatriques car il s’agit d’un enjeu de santé publique. Il est probable que le Covid-19 va se transformer en virus saisonnier avec lequel on prendra l’habitude de vivre. A terme, il deviendra moins prégnant car beaucoup d’entre nous auront été infectés. Cette forme d’immunité collective ne nous empêchera pas d’être réinfectés mais elle limitera les formes graves de la maladie. Le Covid deviendra alors un coronavirus saisonnier comme les quatre autres. On a encore une période de crise à gérer d’environ deux ans. Après, cela ira mieux. Dans cinq ans, je ne suis pas sûr que le Covid pose plus de problèmes respiratoires que la grippe.

 

Si le Covid-19 devient saisonnier comme la grippe, faudra-t-il se faire vacciner chaque année pour s’adapter aux mutation du virus ?

C’est difficile à prévoir. Deux raisons expliquent la vaccination annuelle contre la grippe. D’une part, la durée de l’immunité. De l’ordre de quelques mois, deux ans grand maximum. D’autre part, la variabilité du virus. En effet, les virus de la grippe ne sont pas les mêmes d’un hiver sur l’autre. Pour être efficace, il faut donc actualiser le vaccin chaque année pour se rapprocher au maximum du virus en circulation. Pour le coronavirus, il n’y a pas de notion de variabilité comme pour la grippe. C’est donc juste la question de la durée de l’immunité qui nous dira s’il faut vacciner tous les ans, tous les deux ans, tous les trois ans…

 

Le risque de réinfection très probable

Mais va se poser aussi la question du risque de réinfection. Autrement dit, une personne ayant contracté le Covid devra-t-elle se faire vacciner quand même ?

C’est une autre question aujourd’hui sans réponse. Un vrai cas de réinfection a effectivement été constaté à Hong-Kong. Mais cette personne avait développé des signes cliniques la première fois en mars, avant d’être de nouveau dépistée en août sans le moindre symptôme. En fait, il ne s’agissait pas du même virus. Donc, on ne peut pas en tirer des conclusions. La réinfection est très probable. En revanche, on ne sait pas combien de temps dure l’immunité après une première infection. On ne sait pas non plus si cette possible réinfection va entraîner des signes cliniques ou si elle sera purement biologique. Il va falloir à vivre à ce risque.

 

A vous entendre, on a le sentiment que les milieux scientifiques ont beaucoup gagné en humilité depuis l’apparition du Covid…

Beaucoup de mes amis et confrères pensaient effectivement qu’il était important d’avoir des certitudes, d’afficher le visage d’un “sachant qui sait”. Là, il faut admettre avec le Covid qu’on ne sait pas certaines choses. C’est tout l’intérêt de la recherche et de la médecine de continuer d’apprendre. Ce virus a surpris toute la communauté scientifique par sa capacité à devenir pandémique. Rétrospectivement, je me dis qu’on eu le tort de le sous-estimer. Donc, oui, il faut avoir l’humilité de dire que l’on a pas certaines réponses. Du moins pour l’instant.

 

A SAVOIR

Bruno Lina est un éminent virologue. Il dirige notamment le Centre de référence virus des infections respiratoires au CHU de Lyon. Le professeur Bruno Lina enseigne aussi à l’Université Lyon 1. Bruno Lina est aujourd’hui l’un des treize membres du Conseil Scientifique Covid-19, après avoir été membre du Plan Pandémie, lors de l’épidémie H1N1 en France, à la fin des années 2000.

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