Bruno LIna alerte maximale coronavirus lyon
Selon le professeur Bruno Lina, Lyon n'a pas encore atteint le pic épidémique ©BFM LYON

Au lendemain de l’annonce du placement de la Métropole de Lyon en alerte maximale coronavirus, le professeur Bruno Lina explique les raisons de cette décision gouvernementale. Selon le virologue lyonnais, membre du conseil scientifique, le port du masque va perdurer encore plusieurs mois. Quand au pic épidémique, il le prévoit à la fin d’automne ou au début de l’hiver.

Depuis ce jeudi 8 octobre, la Métropole de Lyon est officiellement placée en zone d’alerte maximale coronavirus. Idem pour les agglomérations de Saint-Etienne et de Grenoble. Pourquoi sommes nous de nouveau à la merci de ce fichu virus Covid-19 ? Quand pourrons nous enlever nos masques ? Invité de l’émission hebdomadaire “Votre Santé”, Bruno Lina répond à toutes ces questions. Le virogue lyonnais, membre du conseil scientifique, revient aussi sur les mesures prises à Lyon depuis le début de la pandémie.

 

Pourquoi la Métropole de Lyon est-elle désormais en alerte maximale coronavirus ?

Parce qu’il y a conjonction de plusieurs facteurs. D’une part, le taux d’incidence est passé nettement au-dessus de 250 cas pour 100 000 habitants. D’autre part, les personnes âgées et fragiles sont de plus en plus touchées. On constate une porosité grandissante de la transmission du virus des jeunes vers ces personnes âgées et fragiles. L’indicateur n’est pas bon. Enfin, le taux d’utilisation des lits en réanimation est passé au dessus du seuil de 30/% . L’ensemble de tous ces éléments donne un signal négatif par rapport à la prise en charge des patients dans les hôpitaux de Lyon et de la région.

 

L’alerte maximale à Lyon doit éviter un reconfinement local 

Cela dit, on constate un niveau faible de patients en réanimation sur la Métropole de Lyon. Est-ce que le virus a muté ? Est-il moins virulent ?

Non. Ce n’est pas parce qu’il y a moins de personnes en réanimation par rapport au nombre de personnes infectées qu’il faut tirer cette conclusion. Pourquoi ? Parce qu’en proportion, actuellement, les personnes fragiles contactent moins le virus que les plus jeunes. Or, on sait que les jeunes développent des formes cliniques moins graves de la Covid-19. Ils sont même pour la plupart asymptomatiques. En revanche, malheureusement, le profil des patients admis actuellement en réanimation est le même qu’en mars. A savoir des personnes fragiles, des personnes âgées, et plutôt des hommes.

 

Les habitants de Lyon et de sa Métropole sont inquiets par la reprise de l’épidémie mais aussi par la menace d’un reconfinement. Faut-il craindre ce reconfinement dans les prochaines semaines ? 

Il n’est pas envisageable d’avoir un reconfinement général tel qu’il a été vécu au mois de mars. Ça n’arrivera pas ! Il y a trop d’outils à notre disposition pour éviter d’arriver à cette extrémité. Depuis le début, le conseil scientifique est clair sur ce sujet. Si on est obligé de revenir un jour à un reconfinement national, c’est que la gestion de l’épidémie aura été une erreur totale, une faillite. Or, on s’aperçoit que l’on n’est pas sur cette dynamique là. On constate qu’avec les mesures prises, le port du masque, les mesures d’hygiène et de distanciation, on a déjà réduit de moitié le niveau de transmission. On n’est pas pas du tout dans la situation de mars dernier. En revanche, on a besoin d’une application beaucoup plus stricte des consignes pour sortir de la zone rouge.

 

Le masque à Lyon au moins jusqu’en début d’année 2021

Quelles consignes ne sont pas bien appliquées ?

Par exemple, il est désespérant de voir des personnes fragiles, des personnes âgées, se balader dans les rues avec le masque sous le nez. Le masque sous le nez, c’est zéro protection ! J’ai demandé à ce que le message diffusé dans le métro de Lyon soit modifié. Il faut insister sur l’importance de mettre son masque correctement dans les lieux publics. Le masque doit couvrir le nez et la bouche. C’est ainsi que l’on se protège et que l’on protège les autres. L’épidémie, c’est nous qui l’alimentons. C’est de la transmission inter humaine. C’est nous qui décidons si le virus va plus ou moins rapidement circuler. Si les Allemands ou les Italiens arrivent à mieux maîtriser l’épidémie, c’est qu’ils ont un comportement plus responsable.

 

Jusqu’à quand les Lyonnais devront-ils porter un masque ?

Objectivement, il va falloir porter le masque encore plusieurs mois. C’est le meilleur moyen de freiner la circulation du virus. Il faut apprendre à vivre avec ce virus. Cela étant, il faut relativiser. Ce que l’on vit aujourd’hui avec l’épidémie de coronavirus n’est pas ce que l’on vivra dans deux ou trois ans. Là, on se trouve encore dans une phase de première circulation du virus. Elle va durer jusqu’à ce que l’on est un niveau d’immunisation suffisamment élevé. A mon sens, on va devoir porter en permanence le masque au minimum jusqu’en janvier-février. Ensuite, il faudra voir… Mais il faut bien admettre que tous les indicateurs et modèles nous disent que la circulation du coronavirus va durer plusieurs mois.

Quand faut-il redouter le pic épidémique de cette deuxième vague ?

A la fin de l’automne ou le début de l’hiver.

 

Casser la dynamique de l’épidémie de coronavirus

On risque alors de se retrouver dans la situation de mars-avril dernier à Lyon ?

Non, parce qu’on aura pas la même situation. Ce qui fait la dynamique de l’épidémie, c’est le R-0.  C’est à dire le nombre de cas secondaires à partir d’un cas index. Ce R-0 était de 3 en mars dernier. Actuellement, cet indicateur est de 1,5. Soit deux fois moins. Ce chiffre conditionne la montée épidémique et la montée de l’épidémie. Le deuxième indicateur important, c’est le temps de génération. Autrement dit, le temps de doublement du nombre de cas. Cet indicateur est aussi beaucoup plus faible qu’au printemps dernier. On n’aura donc pas la même dynamique épidémique. Par ailleurs, toutes les actions mises en place, le port systématique du masque, l’utilisation régulière de gel hydro alcoolique, vont contribuer à faire descendre ce R-0. Lorsque l’on sera passé sous un certain niveau, il y aura alors moins de cas secondaires que de cas primaires. Ce sera alors la fin de l’épidémie.

 

A SAVOIR

L’alerte maximale décrétée par le ministère de la Santé sur la Métropole de Lyon, mais aussi à Saint-Etienne et Grenoble, implique un renforcement des mesures de restrictions. A partir de samedi 10 octobre au matin, tous les bars seront notamment fermés pour quinze jours. Les restaurants, quant à eux, devront appliquer de nouvelles mesures de distanciation et de suivi de clientèle.

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