Dépression post partum : plus qu'un baby blues
La dépression post-partum touche environ 5 à 10 % des femmes. ©freepik

Angoisse, tristesse intense, épuisement permanent… Les signes de la dépression post-partum sont conséquents. Loin d’être un simple baby blues momentané, elle s’inscrit dans une période plus longue et nécessite d’être traitée. Mais qu’est-ce que la dépression post-partum ? La réponse avec Céline-Anissa Chahi, psychologue clinicienne et art-thérapeute à Lyon.

Véritable détresse psychologique, la dépression post-partum est loin du baby blues. Cette souffrance maternelle perdure plusieurs mois et porte parfois des conséquences non-négligeables sur le bébé. 5 à 10 % des femmes seraient touchées par ce trouble après leur accouchement.

En effet, cette pathologie post-natale impacte la nouvelle mère mais se répercute aussi sur l’enfant. La dépression rend difficile l’approche mère-enfant, pourtant essentielle dans ces premiers instants de la vie. L’accompagnement professionnel est ainsi primordial, tant pour la santé de la mère que de l’enfant. Explications avec Céline-Anissa Chahi, psychologue clinicienne à Lyon.

 

Baby blues et dépression post-partum : quelle différence?

Irritabilité, humeur maussade, anxiété généralisée, troubles du sommeil et/ou de l‘alimentation… Souvent associés, le baby blues et la dépression post-partum n’ont pourtant rien à voir. « Le baby blues se caractérise par son état transitoire et bref. C’est un passage, un état de vulnérabilité qui se résorbe de lui-même », déclare Céline-Anissa Chahi. Avec une prévalence estimée à plus d’une femme sur deux, ce phénomène de baby blues reste fréquent et sans grande incidence sur la relation mère-enfant.

Trouble de l’humeur léger, le baby blues constitue une « réaction à l’expérience intense de mise au monde que la mère vient de vivre ». La majorité d’entre elles ne nécessiteront pas de traitement. Sa durée est courte : de quelques heures à 72h en moyenne. « Le repos et le soutien de l’entourage suffisent généralement ».

En revanche, la dépression post-partum est nettement plus marquée. La durée, l’intensité et la cause des symptômes sont prégnants. Ce trouble psychologique représente l’expression d’une véritable « souffrance maternelle ». Il y aurait 5 à 10 % des mères concernées.

Comme tout autre trouble dépressif, les conséquences sur la vie relationnelle sont fortes. Or, cette période doit être marquée par un lien d’attachement spécifique entre la mère et le bébé. Sans quoi, les conséquences sur la relation et le développement futur du bébé peuvent être défavorables. L’intérêt de la prise en charge de la dépression post-partum est ainsi colossal.

 

De la tristesse à la douleur : les symptômes de la dépression post-partum

État dépressif intense, les symptômes sont avant tout psychiques : « tristesse, dévalorisation de soi, désinvestissement de la réalité, ralentissement psychomoteur » sont en autre les signes les plus marqués. Toutefois, la dépression se manifeste aussi sur un plan physique et physiologique. Être triste n’est donc pas le seul indice. « Troubles du sommeil, maux de tête, difficultés de présence émotionnelle envers le nourrisson » font parfois partis du lot.

Comme toute dépression, les signes d’alerte sont quelquefois insidieux. En effet, « la dépression maternelle renvoie à des états et situations variables. Il n’est pas toujours aisé de proposer un tableau clinique clair et précis » précise Cécile-Anissa Chahi.

Cumulée au silence des mères, la difficulté est double. Souvent taiseuses par peur d’être vu comme mauvaises mères ou de rester incomprises, il apparaît alors d’autant plus nécessaire de veiller au bon état de santé de la mère. Et ce, dans les semaines suivant l’accouchement.

 

Une prise en charge essentielle pour guérir                 

Une fois le diagnostic posé, un accompagnement de la mère doit être mis en place. Ainsi, la mère pourra se voir prescrire des antidépresseurs ou des traitements hormonaux. Cependant, la prise en charge fondamentale réside dans la psychothérapie. « L’important reste d’éclaircir les raisons de la souffrance maternelle. Il n’y a pas de traitement magique », insiste Cécile-Anissa Chahi.

L’aide repose également sur l’accueil hebdomadaire de la mère et du bébé afin de développer des compétences jusqu’à présent absentes. Sourire, toucher le bébé, parler, sont des activités banales et pourtant au combien essentiel pour l’enfant.

En effet, les premiers liens noués entre la mère et son fils ou sa fille sont fondamentaux. Le bébé perçoit les signes inconscients de refus, de rejet de sa mère. Il est donc nécessaire de récréer un lien fragile voire absent. Cette pathologie se doit alors d’être suivie pour pallier et construire un lien durable où chacun est disponible psychiquement. Sans dispositif adéquat, l’enfant risque de développer des déséquilibres d’attachement et des perturbations comportementales et attentionnelles.

C’est pourquoi le père doit être pareillement présent, pour soutenir sa femme et l’aider dans sa pathologie. « Il peut être d’une aide véritable pour déculpabiliser la mère et prendre le relais auprès du bébé dans les soins ». Ainsi, « la prolongation du congé paternité est une réelle avancée », ajoute Cécile-Anissa Chahi.

 

Prédispositions et facteurs de risque : prévenir la dépression post-partum

Certains antécédentes personnels ou familiaux peuvent être des risques annonciateurs de la pathologie post-natale. « Troubles psychiques antérieurs, grossesse difficile, accouchement traumatogène, difficultés conjugales sont des facteurs de risque », relève Cécile-Anissa Chahi. Faire le point avec la future mère lors de sa grossesse semble donc représenter une bonne approche préventive.

Ainsi, les professionnels de la santé peuvent apporter un soutien à la future mère. La sage-femme peut par exemple désamorcer certaines angoisses. Les lieux d’accueil enfants-parents restent de même ouverts aux femmes enceintes pour échanger. Toutefois, cette pratique n’est pas automatique. « Les femmes ne doivent pas hésiter à demander de l’aide ou des informations. Aucun jugement ne doit être porté sur elles. Il en va surtout dans leur future santé et celle de leur bébé ».

 

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 À SAVOIR

Le réseau AURORE (Association des Utilisateurs du réseau Obstétrico-pédiatrique REgional) en Auvergnes Rhône-Alpes regroupe un ensemble d’établissements et de professionnels de santé et d’associations capables de soutenir les femmes enceintes et les nouvelles mères. Comme pour la grossesse, la naissance prématurée ou les complications post-natales comme la dépression post-partum, un suivi peut être réalisé et de l’aide apportée.

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