Un tiers des médecins généralistes d'Auvergne Rhône Alpes a plus de 60 ans.
L'âge moyen des médecins généralistes inquiète en Auvergne-Rhône-Alpes, où plus d'un tiers a dépassé les 60 ans, notamment dans les départements les plus ruraux. ©Prostooleh / Freepik

Accès aux soins, âge moyen des médecins généralistes, effets de la pollution sur les cancers et la puberté précoce, qualité de l’air… Le constat du dernier baromètre santé-social de la Mutualité Française est sans appel : les disparités territoriales sont flagrantes en Auvergne-Rhône-Alpes, où les acteurs de terrains locaux sont invités à mieux faire usage des solutions mutualistes pour améliorer l’accès aux soins et agir sur l’environnement.

Cliniques, centres audition, optique ou dentaire, crèches, résidences séniors… La mutualité est partout en Auvergne-Rhône-Alpes, avec près de 400 établissements mutualistes. « Nous sommes après les hôpitaux le deuxième échelon de soins et d’accompagnement de la région », résume Yves Perrin, le président de la Mutualité Française Auvergne-Rhône-Alpes.

Partout, mais peut-être pas de manière suffisamment cohérente. C’est ce que révèle le premier baromètre santé-social édité par la Mutualité Française en partenariat avec l’Association des Maires de France. L’attelage ne doit rien au hasard. Les élus locaux sont en effet invités à se pencher sur les solutions mutualistes proposées pour remédier aux grandes problématiques sanitaires, souvent inégales, qui touchent la région en matière d’accès aux soins, de santé environnementale et d’action sociale (lire ci-dessous).

 

La Mutualité Française alerte sur « l’urgence à agir »

Le baromètre devait être présenté au congrès national de l’Association des Maires de France, prévu en novembre mais annulé comme tous les événements du moment. Selon son président, François Baroin, « cette première édition du baromètre doit permettre de mettre en lumière l’urgence à agir et témoigner de la capacité des acteurs locaux à apporter des solutions justes et efficaces pour la population ».

 

Quelle est la vocation de ce premier baromètre santé-social ?

Yves Perrin : « Nous avons déjà publié des baromètres, mais c’est la première fois avec l’Association des Maires de France. L’actualité récente nous montre cette volonté profonde d’un retour vers le local, vers une certaine proximité. La santé est un pouvoir régalien, mais notre idée est d’aller vers plus d’articulations avec le local, car elle touche à la vie quotidienne ».

 

Le baromètre énumère des constats. Le choix de s’associer aux élus locaux est-il un moyen d’aller plus loin, et notamment vers plus d’actions concrètes ?

« Ce type d’étude révèle des éléments qui ne sont pas originaux. Mais ils sont parfois dispersés. Il y aurait une cohérence à les relier. Et surtout à aller plus loin à travers des solutions que nous sommes prêts à accompagner. Nous avons déjà des services de soins et d’accompagnement mutualistes sur tous les territoires. Les élus locaux sont sensibilisés à ce maillage territorial. Nous avons une place que nous voulons conforter, en partenariat avec les collectivités: celle d’acteurs de santé ».

 

Les élus locaux ont-ils besoin d’être convaincus ?

« Les expériences que nous avons mené avec succès dans certains territoires peuvent servir d’exemple et être démultipliées. C’est le cas de la Cité des Aînés que nous avons fait naître avec Saint-Etienne Métropole. Et qui va être déployée aussi à Valence. Les élus ne connaissent pas toujours les moyens de développer les services de soins à leur population. C’est à nous d’aller les convaincre et de créer un effet d’entraînement qui est bon pour la mutualité. C’est un partenariat gagnant gagnant ».

 

Baromètre santé-social : des chiffres qui font peur

Le baromètre santé-social de la Mutualité Française a compilé les grandes inégalités territoriales qui touchent la région Auvergne-Rhône-Alpes.

 

Accès aux soins : les médecins se font des cheveux blanc

La problématique des déserts médicaux n’est pas neuve dans la région. Mais elle est de plus en plus alimentée par le départ des médecins à la retraite. Un tiers des généralistes de la région a en effet plus de 60 ans. Cette proportion monte à 40% dans l’Allier. Leur cessation d’activité ne sera compensée qu’au travers d’initiatives bien définies, à l’image des regroupements de centres de santé.

 

Santé environnementale : cancers et puberté précoce en hausse

Les incidences environnementales sur la santé des habitants affichent quelques particularités inquiétantes dans la région. Il apparaît en effet, selon le baromètre Santé-Social de la Mutualité Française, que la région serait l’une des plus touchées par le phénomène de puberté précoce. Dans le Rhône, son taux d’incidence s’élèverait même à 6,6% des jeunes filles.

Même constat du côté des cancers, où la Mutualité Française souligne « un taux de surmortalité pour le cancer de la prostate de plus de 10% par rapport à la moyenne nationale ». Avec en première ligne les départements de l’Allier, de l’Ardèche, du Cantal, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme.

La problématique de la qualité de l’air touche surtout les grandes agglomérations. Les taux d’exposition au dioxyde d’azote et aux particules fines y sont particulièrement élevés, comme à proximité des grands axes de trafic. La question de la pollution de l’air intérieur, méconnue, fait aussi partie des enjeux pointés par le baromètre.

Le projet « 1000 jours qui comptent » a ainsi été déployé auprès de certaines collectivités territoriales par la Mutualité Française. Son but? Favoriser la prise de conscience sur les liens entre santé et environnement dès la petite enfance, à travers un programme d’actions.

 

Action sociale : des solutions en faveur du handicap et des aînés

Certains départements de la région sont très bien pourvus en matière d’accueil de personnes âgées. Le taux d’équipement s’établit ainsi à 161,9 places pur 1000 habitants dans le Cantal (124,3 en France). En revanche, il n’est que de 103,3 places pour 1000 habitants en Haute-Savoie. Les nouvelles générations de résidences, à l’image de la Cité des Aînés stéphanoise, sont une réponse à cette problématique, que la Mutualité Française se dit prête à soutenir aux côtés des élus locaux.

Concernant le taux d’équipement en établissements pur personnes en situation de handicap, les disparités sont là aussi nombreuses (5% en Haute-Savoie, contre 13,8% dans le Cantal). La Mutualité Française a ainsi testé avec succès en Isère un dispositif en faveur de l’inclusion des enfants handicapés en milieu scolaire. Ce dispositif EMAS (équipes mobiles d’appui à la scolarisation) ne demande ainsi qu’à être décliné dans les territoires où les manques sont les plus flagrants.

 

 

À SAVOIR

La Mutualité Française Auvergne-Rhône-Alpes représente 4,4 millions de personnes protégées par plus de 200 mutuelles santé. L’organisme est acteur de plus de 400 établissements mutualistes (cliniques, centres audition, optique, dentaire, établissements pour la petite enfance, les jeunes, les personnes âgées, les personnes handicapées). Il organise plus de 700 actions de prévention et promotion mutualistes auprès du grand public.

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