interview Bruno Lina covid-19
Le professeur Bruno Lina reste vigilant face à la menace de deuxième vague de Covid-19 ©P.Auclair

A la veille de la rentrée scolaire, le professeur Bruno Lina, membre du Conseil scientifique Covid-19, estime que le retour en classe est indispensable malgré les risques de contamination. Le virologue lyonnais se désespère aussi devant les débats stériles autour du port du masque et son application à géométrie variable. Selon l ‘expert du CHU de Lyon, “le Français a perdu le goût de l’effort”. Or, plus que jamais, une discipline collective s’impose pour maîtriser la circulation de la maladie.

Port du masque obligatoire, fermeture de lieux publics, interdiction de rassemblement… Le principe de précaution n’est-il pas en train d’être décliné de manière excessive en France, au point de mettre en danger l’économie du pays ?

Non. Il faut bien comprendre que la philosophie de la prise en charge de l’épidémie a changé par rapport au printemps dernier. À l’époque, on était sur un principe d’extinction en masse. La priorité était de faire face à l’urgence hospitalière. Aujourd’hui, il faut baisser le taux de transmission avec de multiples actions. Des mesures certes moins drastiques qu’un confinement généralisé, mais très efficaces pour freiner la circulation du virus. Le Covid-19 n’a pas disparu. Il est même bien installé.

Il faut donc désormais en atténuer les effets. L’objectif est de maîtriser sa diffusion pour éviter une nouvelle saturation de nos structures de soins. Certes, certaines mesures ont des conséquences économiques, comme pour la fermeture des bars à Marseille à 23 heures. Mais ces conséquences sont beaucoup moins lourdes qu’un nouveau confinement.

 

 

Le port du masque obligatoire, une mesure contraignante mais nécessaire

Dans ce contexte, le port du masque est-il vraiment fondamental dans la lutte contre l’épidémie ?

Dans le cadre d’une transmission inter-humaine via des gouttelettes de salives comme pour le Covid-19, les seules mesures individuelles sont la distanciation physique et le port du masque. Si on se trouve dans un endroit où la distanciation physique n’est pas possible ou dans un espace confiné, le port du masque s’impose. C’est une question de cohérence.

Maintenant, faut-il porter le masque partout, tout le temps ? De manière pragmatique, dans des zones à risques très élevés comme à Marseille, cela paraît cohérent de demander un port du masque généralisé plutôt que de l’imposer par rue ou par quartier. D’autant que le fait d’enlever et de remettre sans cesse un masque va le détériorer et favoriser la transmission du virus par les mains. Bref, à mon sens, il est plus simple dans certains cas d’avoir une position “maximaliste” pour mettre toutes les chances de notre côté pour éradiquer la maladie.

 

“Le Français a perdu le sens de l’effort collectif”

Le fait de dispenser de port de masque pour les cyclistes et les coureurs à pied vous paraît-il pertinent ?

Il est toujours délicat d’édicter une règle avec des exceptions. Faut-il exempter les vélos, les trottinettes, les scooters, les patins à roulette, les joggers ?? Le danger serait de transformer cette mesure sanitaire en débat de santé public. On se trouve confronté à une épidémie qui pose des problèmes majeures. Cela exige des efforts de chacun. Or, dans notre société, la culture de l’effort est en train de disparaître. Notamment dans les jeunes générations.

Le coût sociétal, social, économique, psychologique, sociologique et bien sûr humain de l’épidémie est trop lourd pour alimenter de tels débats. Les autorités ne prennent pas des mesures contraignantes pour le plaisir. Dans un tel contexte, les discussions sur le port du masque sur un vélo ou au bureau me paraissent bien dérisoires…

 

C’est plus un débat politique que sanitaire ? 

En tout cas, ce n’est pas un débat sanitaire. Politique, je ne sais pas…

 

Imaginer une rentrée scolaire la “plus normale possible”

Est-il raisonnable de faire revenir tous les élèves à l’école, alors que l’on sait la jeunesse est le principal facteur de contamination ?

Oui, il faut que tout le monde retourne à l’école, au lycée ou à l’université ! L’année scolaire 2020/2021a été très perturbée durant plus de trois mois. Les risques de contamination devraient perturber au moins durant tout le dernier trimestre 2020. Pour tous les enfants en phase d’apprentissage, il est indispensable de ne pas creuser le déficit de formation.

Il est donc important de chercher à organiser une rentrée scolaire et universitaire la plus “normale” possible, sauf conditions particulières. C’est vrai qu’il parait illusoire de faire respecter la distanciation dans un amphi en sous-sol avec 2 000 personnes. Cette rentrée nécessitera donc des aménagements et un peu d’imagination pour trouver des solutions et prodiguer un enseignement “normal”. Tout en respectant certaines règles pour limiter la propagation du virus.

 

De nombreux jeunes sont partis “faire la fête” sur la Côte d’Azur cet été, sans respect des gestes barrières. Ne s’agit-pas d’autant de “bombes à retardement” lors de leur retour dans leur environnement quotidien ?

C’est effectivement un des risques de la rentrée. S’ils sont diagnostiqués positifs ou s’ils se sentent juste fébriles, ces vacanciers sur le retour doivent prendre toutes les précautions pour ne pas diffuser le virus. Donc, au moindre doute, faire un test et, en cas d’infection avérée, appliquer les mesures d’isolement. Même quand on développe une forme asymptomatique ou peu symptomatique.

Quant à ceux qui ont juste été en contact avec une personne infectée, ils doivent impérativement porter un masque pour limiter les risques de transmission. Et ce, même s’ils sont en période d’incubation et donc non encore dépistés. Le principe reste le même pour tous : protégeons-nous les uns, les autres….

 

Retour de vacances, dix jours de vigilance face au Covid-19

Le plus grand danger n’est-il pas un retour des enfants dans le “cocon familial”, là où les gestes barrières sont les moins appliqués ?

C’est un fait qu’il est difficile de respecter la distanciation et le port du masque dans l’environnement familial. Pourtant, si certains membres de la famille sont partis sur des zones endémiques à forte circulation du virus, il faut vraiment faire preuve de vigilance. Au moins durant quelques jours, le temps d’évacuer le risque d’une éventuelle contamination.

 

Durant combien de temps faut-il faire preuve de prudence vis à vis de ces sources de contamination potentielles ?

Le délai d’incubation moyen varie entre 2 et 12 jours. La vigilance doit donc être de mise durant au moins une dizaine de jours. Cela étant, il faut faire preuve de pragmatisme et de logique. Vous avez moins de risque de revenir avec le virus si vous avez passé deux semaines à la campagne que dans un camp de naturiste au Cap d’Agde !

 

A SAVOIR

Le port du masque est désormais obligatoire dans plusieurs grandes métropoles de France, dont Paris et petite couronne, mais aussi Marseille, Toulouse, Toulon, Nice, Strasbourg… et dans certains quartiers d’autres grandes agglomérations comme à Lyon. Dans les zones concernées, tous les piétons circulant dans les espaces publics doivent porter un masque. Attention, cette obligation ne s’applique pas aux enfants de moins de 11 ans, ni aux personnes en situation de handicap munies d’un certificat médical. Une dérogation est aussi accordée aux cyclistes et aux joggers.

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