Sensation de déséquilibre, vertiges, mal des transports… Tous ces maux de la vie quotidienne peuvent être traités par la kinésithérapie vestibulaire, une jeune disciple dont les méthodes de rééducation donnent des résultats surprenants. Les explications d’Olivier Dumas, kinésithérapeute spécialisé à Lyon.

 

Sentiment de déséquilibre et vesrtiges peuvent être soignés par la kiné vestibulaire
Troubles de l’équilibre et vertiges, deux maux traités par la kiné vestibulaire © Chlorophylle/Fotolia

Sentir le sol se dérober sous ses pieds, avoir l’impression que le paysage tourne autour de nous, vivre un vertige en levant la tête ou encore en se retournant dans un lit, être malade dans les transports… Dans la vie quotidienne, nombreux sont les maux qui importunent, ou encore, parfois, peuvent être source d’accidents, comme des chutes par exemple. La kinésithérapie vestibulaire, jeune discipline, offre des solutions efficaces et remarquables. Rencontre avec Olivier Dumas, kinésithérapeute spécialisé en rééducation vestibulaire et troubles de l’équilibre.

 

En quoi consiste la kinésithérapie vestibulaire ?

Il s’agit d’une spécialité dans le vaste domaine de la kinésithérapie. Elle est jeune, une trentaine d’années, donc en plein essor. Elle traite tous les dérèglements allant du vertige aux troubles de l’équilibre.

 

Pourquoi « vestibulaire » ?

On peut dire, même si ce n’est pas tout à fait exact, que le vestibule est l’organe de l’équilibration qui se trouve dans l’oreille interne, c’est le voisin de l’organe de l’audition que l’on nomme la cochlée. Il renseigne en permanence notre cerveau sur tous les mouvements et toutes les positions de notre tête. Le cerveau traite ces signaux et renvoie ensuite à nos yeux comme à tous les muscles de la posture les ordres nécessaires au maintien de l’équilibre. C’est l’ensemble de ces fonctions que l’on qualifie de vestibulaires.

 

Les vertiges à l’origine de 40% des consultations

Comment se manifestent les troubles vestibulaires, et en cas d’interrogations, vers qui se tourner : un praticien en kinésithérapie vestibulaire, ou un médecin conseil ?

C’est bien sûr le médecin généraliste qui joue son rôle d’orienteur, il saura identifier la source du trouble et indiquera le spécialiste à consulter, qui pourra être un ORL ; celui-ci, une fois le diagnostic établi, pourra orienter son patient vers un kinésithérapeute vestibulaire spécialisé. Un trouble vestibulaire peut se manifester de nombreuses manières selon son origine. Si l’organe sensoriel de l’oreille interne est incriminé, il s’agira la plupart du temps de vertiges. Au sens médical du terme, c’est l’illusion de voir tourner le paysage autour de soi ou de se sentir tourner dans l’environnement. On parle de sensation giratoire. Il peut aussi s’agir de sensations d’instabilité, d’un déséquilibre, d’une impression d’ébriété, en particulier lorsque le problème concerne un défaut d’adaptation des stratégies d’équilibre à l’environnement.

Le premier pourvoyeur de vertiges est le « vertige positionnel paroxystique bénin » ou VPPB. Il représente 40% des consultations pour vertige. Les fautifs, ce sont ces minuscules cristaux de carbonate de calcium qui servent à lester un des organes de l’équilibre de l’oreille interne ; il peut leur arriver, pour d’innombrables raisons, de s’échapper de cet organe et de migrer dans d’autres parties du « labyrinthe », et provoquer de très désagréables sensations de vertige lors des changements de position de la tête, en se couchant ou se levant, en se retournant dans son lit, en lassant ses chaussures ou en prenant le pot de confiture sur l’étagère en haut du placard. Une simple manœuvre libératoire réalisée par le kinésithérapeute spécialiste vous en débarrassera.

 

Peut-on soigner également le mal des transports et les vertiges des hauteurs ?

Tous ces troubles, mal des transports, mal de mer (naupathie), qui peut aussi se manifester lors du retour sur terre (c’est le mal du débarquement), vertige des hauteurs (acrophobie), agoraphobie… sont dus à des conflits sensoriels entre ce que dit la vision et ce que disent les oreilles internes. Dans ce cas, le cerveau ne sait pas quelle information prendre en compte, il ne sait pas laquelle choisir, la plupart du temps parce que le « poids » de l’information visuelle est trop important. On dit que le sujet est anormalement dépendant visuel dans son équilibration. Chacun adopte ses propres stratégies d’équilibre selon son vécu, qui peuvent parfois se trouver inadaptées à certaines situations.

 

Quinze séances pour traiter le mal des transports 

Combien de séances sont nécessaires pour obtenir un mieux-être, voire une guérison ?

Les résultats sont la plupart du temps rapidement ressentis. Cependant, chaque sujet réagit en fonction de paramètres qui lui sont propres, en particulier son vécu antérieur, son état de stress ou d’anxiété, l’origine du trouble va bien sûr aussi moduler la rapidité de la guérison. Prenons le cas du VPPB, il sera réglé en deux ou trois séances ; pour une névrite du nerf vestibulaire – c’est un méchant virus qui va détruire le nerf de l’oreille interne – il faudra de 8 à 15 séances, parfois un peu plus ; pour un mal des transports c’est beaucoup plus variable, disons en moyenne une quinzaine de séances.

 

Comment se déroule une séance de rééducation ? Combien de temps dure-t-elle, et des effets secondaires peuvent ils se manifester par la suite ? Si oui lesquels ?

La durée des séances est adaptée à chaque individu car elles ne doivent pas être génératrices de troubles, elles ne doivent pas être iatrogènes. Un bilan précis du trouble aura été réalisé, le traitement sera parfaitement ciblé. Chaque séance sera donc incluse dans un protocole de traitement. Pour cela, les séances sont donc dans la plupart des cas courtes.

 

Un traitement par voie médicamenteuse est-il conseillé en complément ?

Il existe des médications du vertige et des troubles de l’équilibre. Certains peuvent servir à simplement soulager la sensation vertigineuse, d’autres peuvent être des médications de fond, ils servent à traiter la cause du problème. Ils peuvent être prescrits en parallèle à un traitement de rééducation.

 

Remboursé sur prescription du médecin

Ces séances sont-elles prises en charge par la sécurité sociale ?

Oui, cette prise en charge entrant dans les compétences du kinésithérapeute vestibulaire est remboursée par l’Assurance Maladie dès lors qu’elle est prescrite par un médecin.

 

Les troubles peuvent-ils revenir ?

Le VPPB peut parfois récidiver, dans 10 à 20 % des cas. Lorsque le traitement consiste à modifier les stratégies d’équilibration d’un sujet pour qu’il sache mieux s’adapter à son écologie, ces nouvelles stratégies sont plus fragiles bien sûr que celles mises en place lorsqu’on apprend à se maintenir debout envers et contre cette fichue gravité, à l’âge d’un an. Il est toujours possible de se désadapter, de décompenser, à l’occasion par exemple d’un alitement prolongé au décours d’une maladie ou d’un accident. Un épisode de stress important ou un choc émotionnel peuvent aussi en être la cause. Dans la grande majorité des cas, ces traitements sont pérennes.

 

La France leader en kiné vestibulaire

Existe-t-il des contre-indications et si oui, lesquelles ?

Il vaut mieux parler d’indications. Elles doivent être correctement posées. Il n’y a pas de contre-indications formelles.

 

Ou trouver l’adresse d’un praticien proche de son domicile ?

Il existe en France des Sociétés regroupant les kinésithérapeutes vestibulaires ayant suivi des formations qualifiantes. En voici deux, la Société Française de Kinésithérapie Vestibulaire et la SIRV. Souvent votre médecin saura aussi vous orienter.

 

Quel avenir pour la kinésithérapie vestibulaire en général, et en France en particulier ?

Les kinésithérapeutes spécialisés dans ce domaine sont tous très impliqués. En effet, ils se sont investis dans une formation longue et laborieuse, ils ont dû se munir d’un plateau technique onéreux. Les Sociétés auxquelles ils appartiennent sont des lieux d’échanges permanents au travers de forums et de congrès, souvent aussi de rencontres régionales. On peut dire sans trop de chauvinisme que la France est leader mondial dans ce domaine !

 

A savoir

L’oreille interne, principale cause des troubles de l’équilibre, est une des parties de l’oreille qui contient l’organe de l’ouïe, mais aussi le système vestibulaire. Cet organe de l’équilibre est responsable de la perception de la position angulaire de la tête. Les variations brutales de pression peuvent endommager cet oreille interne, qu’il s’agisse de barotraumatisme en plongée, d’onde de choc suite à un traumatisme crânien ou plus fréquemment de traumatismes sonores.

 

 

 

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4 Responses to "Troubles de l’équilibre : les bienfaits de la kiné vestibulaire"

  1. chaudron  24 novembre 2016

    je suis depuis 1997 atteinte d’une sclérose en plaque evolutise fatigue , vertiges et problèmes de dos .ma marche est trés lente je marches avec deux cannes anglaise par hypnose je voudrais savoir si je pourrais retrouver ma marche.merci

  2. Thomas  18 janvier 2017

    J’ai une tumeur bénigne qui s’appelle shwannome vestibulaire de 2 mm . j’ai déjà fait une dizaine de séances de kiné . Je ne suis pas encore stable . Je perds mon équilibre de temps en temps .Apparemment impossible d’irradier la tumeur mais on peut arrêter le grossissement de la tumeur ; est ce que çelà veut dire que je perds mon équilibre en permanence jusqu’à la fin de mes jours ? est ce que je dois continuer la kiné ou pas? Merci pour la réponse

  3. eric  14 décembre 2017

    Bonjour,
    Voilà 10 mois que j’ai fait un vertige ou j’ai eu l’impression de tomber comme si le sol se dérober sous mes pieds et de basculer sur le coté gauche, le tout accompagné d’un bruit de tôle l’une sur l’autre. J’ai depuis cet incident une sensation d’ébriété permanente avec des sensations de déséquilibre que j’arrive plus ou moins à maîtriser depuis 8 mois de rééducation vestibulaire. IRM, cardiologue,angiologue, prise de sang, etc… n’ont rien démontré. L’ORL à Strasbourg Haute-Pierre confirme une asymétrie horizontale et verticale, mais les différents traitements (Tanganil, betaserc ) n’ont pas eu les effets escomptés. J’ai périodiquement des maux de tête que je soigne avec du sibelium (prescrit par l’Orl). Les mouvements de têtes rapides amplifient mes pertes d’équilibre et un sifflement continu (fréquence variable) me poursuit jour et nuit. L’Orl m’encourage à continuer mes séances de kiné et à prendre du sibélium, mais ne peut rien faire d’autres, c’est désespérant. Tout ce petit monde autour de moi cible un VPPB, mais toutes les techniques libératoires n’ont rien donné. Bref, bienvenu dans mon monde.

  4. Delaunay  19 décembre 2017

    Bonsoir je dois commencer des séances j ai peur avant d’avoir commencé ont ma dit que les séances était pas drôle j ai pris du tanguinil rien j ai toujours mes vertiges

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