Vivre longtemps, oui, mais bien dans son corps comme dans sa tête. Le docteur Thomas Gilbert, gériatre au CHU Lyon-Sud, rappelle tous les bienfaits du sport et d’une activité physique régulière pour améliorer la qualité de vie et repousser les maladies.

 

Senior, faites du sport pour bien vieillir !
Pour les seniors, le golf constitue une bonne activité physique ©P.Auclair

 

 

A l’heure où la durée de vie s’allonge, quel est l’intérêt de pratiquer une retraite dynamique, sinon sportive ?

L’espérance de vie augmente, mais l’espérance de vie sans incapacité, elle, n’augmente pas. Et le meilleur moyen de prévenir la perte de mobilité et d’autonomie est de conserver une activité physique. On ne parle pas ici de pratiques de grands sportifs, mais d‘habitudes très simples : marcher régulièrement, effectuer des exercices d’équilibre, bouger et sortir pour prévenir la perte de mobilité, qui favorise à la fois la dégradation générale de l’état de santé et le développement de pathologies. Une activité physique régulière, même minime, améliore la qualité de vie : à quoi bon vivre vieux, si c’est pour être dépendant ?

 

Nos modes de vie sédentaires n’accentuent-ils pas le problème ?

Il s’agit d’un véritable enjeu de santé publique. Nous constatons que nos patients sont de plus en plus sédentaires. Et c’est une tendance que l’on prend très au sérieux au CHU de Lyon-Sud, où nous avons mis en place une consultation de prévention de la perte d’autonomie. Elle s’adresse à des personnes qui n’ont pas de problèmes d’autonomie, pour leur éviter justement des risques futurs. Une étude ‘’Prisme 3P’’ va aussi débuter sous la houlette du professeur Marc Bonnefoy, chef de service du pôle de gériatrie-gérontologie à l’hôpital Lyon-Sud, en lien avec le département de médecine générale de Lyon.

 

Seniors, faites du sport au quotidien !

Quel est l’objectif de cette étude ?

Elle vise à faciliter le repérage en soin primaire de cette perte de mobilité, pour des sujets âgés qui vont bien, mais qui commencent à se sentir fatigués, à trouver leurs charges lourdes… Tout l’enjeu, dès lors, est de convaincre les personnes âgées, mais aussi les médecins qui les suivent, d’installer ces activités physiques dans leur quotidien. Il n’est jamais trop tard pour commencer !

 

Prendre de l’âge ne condamne-t-il pas à l’immobilité ?

C’est bien évidemment faux ! Il faut lutter contre cette idée reçue, même s’il est évident que nous ne sommes pas tous égaux devant la vieillesse. Tout le monde ne peut pas faire comme ce cycliste recordman de 103 ans (Robert Marchand, né en 1911, NDLR), mais vieillir ne condamne aucunement à la perte de mobilité. On perd de l’endurance et de la masse musculaire, mais cela n’empêche pas d’être actif. C’est l’une des difficultés de la prévention : nombre de seniors sont convaincus que le sport n’est plus fait pour eux. On ne leur recommande pourtant pas de faire du cheval d’arçon, mais simplement de marcher régulièrement…

 

Faire du sport pour retarder la maladie

Vivre une retraite sportive permet-elle de prévenir certaines maladies ?

Nombre de pathologies, à l’image de certains cancers et des maladies neuro-dégénératives, sont corrélées de manière significative au vieillissement. Conserver une activité physique permet d’améliorer les défenses immunitaires et, incidemment, de repousser l’apparition de certains symptômes. Rester actif limite aussi les risques d’obésité ou de cholestérol, ce qui diminue d’autant la survenue de maladies cardiovasculaires ou encore de diabètes. Et une activité physique régulière a aussi l’avantage d’entretenir les muscles et de contribuer ainsi à réduire les risques de chutes, première cause de décès accidentels chez les plus de 65 ans.

Certaines pratiques sportives sont-elles plus adaptées à certaines pathologies ?

On sait que le Tai-Chi est une pratique douce excellente pour l’équilibre et, donc, la prévention des chutes. Que la danse, en mobilisant les muscles, les articulations et aussi l’équilibre, contribue à repousser les effets de la maladie de Parkinson. La natation et le vélo seront recommandés pour lutter contre l’arthrose, quand la gym douce a fait ses preuves contre les rhumatismes. Certaines activités physiques auraient aussi un rôle préventif dans certaines maladies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimer. Ce ne sont que des exemples, car certaines pratiques valent pour plusieurs pathologies. Et il est possible d’adapter l’activité physique aux capacités des sujets. De plus en plus de moniteurs d’activité physique adaptée (MAPA, qui sont issus de STAPS comme les profs d’EPS) sont embauchés dans les hôpitaux en complément des rééducateurs.

 

Senior et sport… le cancer n’est plus une fatalité

Senior et sport, l'interview d'un gériatre
Le docteur Thomas Gilbert, gériatre au CHU Lyon-Sud ©P.Frieh

Le sport est-elle une thérapie efficace contre le cancer ?

Une pratique régulière participerait en effet à prévenir les risques de cancer. Mais pas seulement. Lorsque l’on est atteint, le grand réflexe est de se ménager. En réalité, c’est la condition physique qui détermine la tolérance au traitement, qui peut être lourd, et la capacité du malade à récupérer. Une activité physique régulière, conjuguée à un bon équilibre alimentaire, peut améliorer notablement le pronostic des personnes malades. Elle réduit les effets secondaires de la maladie, à commencer par la fatigue, influe sur leur moral et joue sur leur qualité de vie. Elle pourrait aussi diminuer notablement le risque de récidive.

 

Recommandez-vous le sport sur ordonnance, prescrit depuis mars 2017 ?

L’intérêt est évident. Le poids de l’ordonnance est très important dans le ressenti des patients, mais aussi des médecins. La prescription d’une activité physique adaptée, ou APA, est bien plus pertinente que celle de médicaments parfois inutiles et, il faut l’avouer, prescrits pour prescrire. En cas d’artérite, le meilleur moyen de favoriser la revascularisation d’une artère bouchée est de marcher, pas de prendre des médicaments !

 

Qui peut bénéficier de cette prescription ?

Elle s’adresse notamment aux patients souffrant d’affections de longue durée, type diabète ou insuffisances cardiaques, de cancers pour contrer la fatigue liée à la chimiothérapie, d’arthrose, de maladies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimer, de dépression… Un bilan préalable est établi pour évaluer la condition physique du patient et déterminer la posologie et la pratique la plus adaptée. L’APA est alors dispensée par des professionnels formés à cet effet. Et de plus en plus de mutuelles prennent désormais en charge une partie du coût de ces séances, certaines proposant même des formules spéciales, comme des coachs à domicile, des inscriptions en salles de gym, des ateliers préventifs, etc. Ce qui contribue aussi aux efforts de sensibilisation aux bienfaits du sport !

 


INFO: L’OMS recommande aux + de 50 ans ‘’150 minutes d’endurance d’intensité modérée par semaine’’.


 

A SAVOIR

La prise en charge du sport et de l’activité physique chez les seniors, en préventif comme en curatif, est de mieux en mieux assurée par les complémentaires santé sur le plan du remboursement des prestations, mais aussi des services. C’est le cas notamment de l’offre de couverture santé Vitalité, la mutuelle dédiée aux seniors d’Eovi Mcd, qui propose ainsi gratuitement à ses adhérents des ateliers santé préventifs (chutes, mémoires) et (ou) sportifs (marche nordique, relaxation, Tai Chi, Qi Gong), ainsi que du coaching sportif personnalisé à domicile pour faciliter la reprise du sport. Créée en 2016, la websérie YouTube « Je ne suis pas une senior » présente par ailleurs des tutoriels humoristiques pour garder la forme.

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