​Les accidents d’exposition au sang (AES), méconnus, sont pourtant nombreux au sein du personnel de santé. ​Alors qu'une campagne de sensibilisation vient de débuter, les explications de Marc Chardon, médecin du travail au centre hospitalier Saint-Joseph Saint-Luc, à Lyon.

 accidents d'exposition au sang
60% des infirmières avouent avoir été victimes d’accident d’exposition au sang au moins une fois dans leur carrière. ©freepick

Qu’est-ce qu’un AES ?

Peu connus du grand public, les AES ou accidents d’exposition au sang, sont dus à tout contact avec du sang ou avec un produit biologique contaminé, lors d’une projection sur des muqueuses, d’une effraction cutanée ou sur une peau lésée.

 

Comment devient-on victime d’un AES ?

Cela paraît peut-être incongru, mais ces accidents arrivent très vite ! Une simple piqûre suffit. Effectivement, 66 % des AES sont provoqués par des seringues contaminées, avant la contamination par les projections, à 19 %, puis les bistouris à 11,4 %.

 

AES : des milliers de cas signalés chaque année

 

Les cas d’AES sont ils fréquents ?

On recense environ 2600 accidents d’exposition au sang (AES) par an dans le quart Sud-Est de la France, soit 17 % des AES constatés dans le pays. Ce chiffre montre bien que les AES constituent une menace réelle, qui reste parfois sous-estimée par les équipes médicales elles-mêmes.

 

Qui sont les principales victimes des AES ?

Mesdames, vous êtes les premières victimes ! Ces accidents touchent en effet majoritairement les infirmières, corporation très féminine et qui représente 60 % des victimes. On relève également des cas parmi les étudiants en médecine et en soins infirmiers, qui ont encore peu connaissance des risques médicaux. Et les médecins et les chirurgiens ne sont pas non plus épargnés par ces accidents ! L’endroit le plus sensible aux AES est le bloc opératoire, avec 16 % des cas. C’est en effet le lieu le plus propice aux risques, du fait de l’abondance de gestes et instruments à risque.

« Beaucoup d’AES restent sous silence »

Pourquoi est-il nécessaire de tirer la sonnette d’alarme ?

Même si les risques de contamination après AES sont de plus en plus réduits, il est important de toujours se soucier des dangers encourus par le personnel médical. 10 à 20 % des AES ne sont pas déclarés en tant qu’accident du travail, donc non suivis. Le plus souvent, le contexte joue beaucoup ! Si les hôpitaux bénéficient de conditions de travail particulièrement encadrées (protocoles, services de santé au travail intégrés, service d’urgences…), les établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPAD) n’ont pas toujours cet avantage.

 

N’est-il pas étonnant que le personnel médical ne soit pas plus réactif ?

Le manque de personnel, de moyens mais encore la surcharge de travail ne permettent pas de prendre dans les délais les mesures de prévention nécessaires. Beaucoup d’AES restent sous silence, alors qu’un AES doit normalement être déclaré sous 24 avec évaluation médicale dans les 4 heures ! Le personnel, par manque de temps ou pour ne pas désorganiser leur service, préfère parfois ignorer ces accidents d’apparence anodine, sans réaliser pleinement les risques encourus.

 

Quels sont les dangers ?

Ils sont responsables de certaines maladies chez le personnel soignant, notamment l’hépatite B, C et le VIH. Néanmoins, grâce à la vaccination, présente depuis les années 1980, les contaminations d’hépatite B ont disparu, excepté pour les personnes non vaccinées. Aucun cas d’hépatite C n’a en tout cas été rapporté dans le Sud-Est de la France depuis 2013. Quant au VIH, les risques sont seulement de 0,3 %, grâce notamment aux trithérapies. C’est une bonne nouvelle, qui n’exclut pourtant pas le fait d’être vigilant ! D’autres maladies auxquelles on ne pense pas peuvent aussi être contractées, comme la dengue ou encore le chikungunya.

 

AES : des gestes simples pour prévenir les risques

La prévention est-elle l’arme contre les AES ?

Le plus souvent, des gestes simples suffisent pour éviter un AES. L’utilisation d’un matériel sécurisé, comme l’usage d’une aiguille protégée mais encore le port de gants, de lunettes permettent de réduire les risques. Grâce à cette sécurisation des matériels de prélèvement et d’injections de plus en plus développée ces dernières années, les chiffres d’AES sont en baisse.

 

Les professionnels de santé sont-ils mieux sensibilisés ?

L’information des professionnels est primordiale ! De nombreuses formations et campagnes de prévention sont mises en place dans les écoles d’infirmiers, même s’il existe encore des inégalités entre les grands centres hospitaliers et les petites structures. Ces formations, bien qu’un peu trop théoriques, permettent pourtant de réduire considérablement les risques. La prévention doit être présente dès l’entretien d’embauche. Des manières plus ludiques d’anticiper les risques sont aussi proposées au centre hospitalier Saint-Joseph Saint-Luc, comme des quizz en ligne sur le site intranet de l’établissement ou encore à travers des formations des soignants dans les services.

 

Quels sont les gestes à suivre en cas d’AES ?

En cas d’accident d’exposition au sang, ou même de simple suspicion, arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire ! Lavez et désinfectez l’endroit de votre corps contaminé. Si ce sont vos yeux qui sont infectés, rincez-les soigneusement. Il faut ensuite s’enquérir du statut sérologique du patient afin d’évaluer le risque de contamination et mettre en route les traitements éventuellement nécessaires. Enfin, si le patient est inconnu, comme dans le cas d’une aiguille traînante, il faut alors mener une enquête au sein du service, pour savoir si un patient contagieux y a été admis, connaître l’importance de la blessure, etc. cela permet d’adapter la conduite à tenir envers le soignant blessé. Il n’est pas rare qu’une trithérapie anti-HIV soit initiée pour réduire les risques de contamination.

 

A SAVOIR

Depuis 2013, la prévention des AES s’est considérablement améliorée. Un nouveau cadre juridique existe, ce qui rend obligatoire les stratégies de prévention des AES. Les dispositions du Code du travail sont alors complétées. Il est fait obligation à l’employeur de conduire une évaluation et une prévention des risques afin de mettre en place des mesures de prévention adaptées. Des dispositifs médicaux de sécurité doivent être mis à disposition, mais surtout, le personnel doit être informé sur la vaccination et sur la conduite à tenir en cas d’AES.

 

accidents d'exposition au sang
Une campagne de sensibilisation aux AES a été lancée en mai dans l’ensemble des établissements de santé du pays.©DR

 

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One Response to "Prévention des AES : une priorité à Lyon"

  1. nathalie  22 juin 2018

    Les accidents d’exposition au sang (ou autres liquides biologiques) sont potentiellement graves car ils exposent la victime à une transmission éventuelle de bactéries ou virus, mais surtout des virus du sida, et des hépatites virales B et C. L’accident exposant le plus sévère est une piqûre septique : mesures de prévention des risques des soins infirmiers ! : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/risque-biologique/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=129&dossid=242

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