Depuis quelques semaines, un pancréas artificiel est expérimenté sur six patients de l'Hôpital Lyon-Sud, à Pierre-Bénite (Rhône). Comment fonctionne ce nouveau dispositif baptisé Diabeloop ? Pour quelles pathologies ? Les explications du professeur Charles Thivolet, chef du service endocrinologie à Lyon-Sud.

 

Le Diabeloop, un pancréas artificiel pour les diabétiques
Un simple smartphone capte les données et gère les doses d’insuline injectées aux diabétiques ©Lauriane Boullu Chataigner

 

Quelles sont les fonctions du pancréas ?

Le pancréas a deux types de fonctions. La première, celle que l’on connaît, c’est de fabriquer des enzymes pour la digestion. Donc, la grande partie du pancréas se met en activité à l’occasion des repas. L’autre fonction concerne la sécrétion d’hormones. L’hormone principale, c’est l’insuline sécrétée par des cellules bêta qui a pour propriété de faire baisser le taux de sucre. D’autres hormones sont sécrétées et sont, au contraire, associées à une remontée du sucre.

 

Comment fonctionne le pancréas artificiel testé à Lyon  ? A qui s’adresse-t-il ?

Ce dispositif est uniquement adapté aux patients atteints de diabète du type 1. Le diabète par manque d’insuline entraîne une extrême variabilité des niveaux de sucre chez les patients, des enfants et jeunes adultes essentiellement. On doit injecter en permanence de l’insuline avec des injections ou des pompes. Pour améliorer la vie du patient, le Diabeloop se compose d’une pompe qui diffuse de l’insuline, d’un capteur qui mesure la glycémie de manière continue et d’un programme qui interprète les données du capteur pour piloter la pompe. On a donc un système qui est « semi-automatique » et qui permet d’ajuster le débit d’insuline en fonction de l’activité ou de l’alimentation.

 

Un pancréas artificiel piloté par smartphone !

Un pancréas artificiel testé à Lyon
Le professeur Thivolet, à l’hôpital Lyon-Sud ©Lauriane Boullu-Chataigner

Vous avez évoqué un système « boucle fermée ». De quoi s’agit-il  ?

Cela signifie qu’on intègre d’un côté une pompe avec de l’insuline, la donnée du capteur et le système de pilotage contenu dans un petit smartphone. L’ensemble donne des informations à la pompe. Le patient n’a plus à calculer la dose d’insuline nécessaire ou à manipuler sa pompe au risque de se tromper et de tomber en hyperglycémie. C’est ce qu’on appelle la boucle fermée. Contrairement à la boucle ouverte, où vous avez simplement la diffusion de l’insuline et où ce système ne tient pas compte des données de la glycémie.

 

Aujourd’hui, deux patients testent le système « boucle ouverte » et quatre autres « boucle fermée ». Pouvez-vous nous expliquer le but ?

On est dans le cadre d’une étude clinique qui évalue l’intérêt de cette technologie par rapport à un système sans donnée informatisée. Cette phase « boucle ferme », comparée à une période « boucle ouverte », permettra de démontrer – ou pas –  la pertinence du système. Mais les premiers résultats font apparaître quand même un intérêt très fort de ce pilotage assisté par la pompe

 

Où peut se positionner le dispositif sur le corps ?

On a deux types d’appareillages sur les diabétiques. La pompe à insuline peut se poser soit au niveau du bras, soit au niveau du ventre. Le capteur peut être aussi associé du même côté au niveau du ventre ou au niveau des bras.

 

Une baisse de l’hypoglycémie

Pourquoi parle-t-on de « pancréas artificiel  » s’il n’est pas vraiment implanté dans le corps ?

C’est une exagération de langage. Même si le dispositif délivre une hormone, cette hormone est pour l’instant diffusée depuis l’extérieur, sous la peau. Jusqu’à présent, il y a eu des pompes implantées mais il s’agissait de technologies lourdes avec des risques d’obstruction de cathéters. Notre « pancréas artificiel » présente moins de problèmes d’obstructions que dans les formes implantées.

 

Faut-il prévoir un traitement supplémentaire au dispositif ?

Non, puisque là on introduit le traitement, qui est l’insuline, sous une forme différente, sous une forme qui est délivrée de façon plus intelligente.

 

Le dispositif est pour l’instant uniquement testé sur des adultes. Est-il envisageable de le tester sur des enfants ?

Si le système est validé lors des essais cliniques, l’application à l’enfant me paraît ensuite évidente. C’est une évolution naturelle, attendue de ce système.

 

Après un mois de test, observez-vous déjà des effets positifs sur les patients ?

C’est une première génération du système mais on constate déjà une amélioration de l’équilibre générale des patients. Les hypoglycémies sévères ont été supprimées. Donc, au bout d’un mois, on peut dire que l’impression générale est très positive. A terme, cela devrait aboutir à une avancée technologique considérable.

 

Interview réalisée par Lauriane Boullu-Châtaignier

 

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A SAVOIR

Fin 2017, l’expérimentations en cours fera l’objet d’un bilan clinique. Les concepteurs de Diabeloop espèrent commercialiser leur technologie en 2018 après obtention du marquage CE. Plusieurs étapes seront ensuite nécessaires pour que ce matériel très onéreux puisse être pris en charge par l’Assurance Maladie.

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