La migraine touche 12% de la population active, soit plus de 6 à 7 millions de personnes en France. Autant d’individus en souffrance qui ne trouvent parfois pas de porte de sortie face à des crises quotidiennes. Le neurologue Philippe Neuschwander, spécialiste de la migraine à Lyon, explique le fonctionnement de cette pathologie et les mesures à prendre pour améliorer le quotidien du patient.

 

Les migraines touchent plus les femmes, notamment pour des raisons hormonales ©DR

 

Quelle est la différence entre les migraines et les maux de tête ?

Toutes les migraines sont des maux de tête, mais tous les maux de tête ne sont pas des migraines. Celles-ci résultent d’un processus physiopathologique précis, connu, dont le déroulement symptomatique nous permet d’affirmer que nous sommes en face de céphalées bégnines fonctionnelles (migraines), et qu’il n’y a pas d’explication lésionnelle.

Quels sont les symptômes de la migraine ?

Pour affirmer que l’on est face à une migraine, il faut que la symptomatologie remplisse les critères IHS (International Headache Society). Le patient doit avoir présenté au moins cinq crises de céphalées pulsatiles (bilatérales ou unilatérales alternantes), accompagnées de manifestations phobiques et nauséeuses aggravées par toute activité physique. L’examen clinique doit être normal.

 

Migraine et hérédité

Existe-t-il différents types de migraines ?

Oui, il existe deux grands types : les migraines « communes » et les migraines accompagnées.

Les secondes sont des migraines accompagnées (ou plutôt précédées) de signes neurologiques. Ceux ci peuvent être sensitifs (fourmillements), visuels (éclairs, éblouissement, amputation du champ visuel) ou encore langagiers (difficulté à trouver ses mots ou à articuler). Ces migraines accompagnées qui ne sont pas rares chez l’enfant peuvent survenir chez n’importe quel migraineux « commun ».

Peut-on parler de familles de migraineux ?

Oui, il existe un terrain héréditaire. Mais comme la plupart des maladies, la migraine se déclenche selon des prédispositions héréditaires et des facteurs environnementaux.

 

Une pathologie plus souvent féminine                            

Les migraines touchent-elles autant les hommes que les femmes ?

Pour des raisons hormonales, les migraines touchent plus de femmes que d’hommes.

A partir de quel âge peut-on avoir des migraines, et y-a-t-il une tranche d’âge plus touchée ?

La migraine débute à la puberté, s’améliore voire disparaît après la ménopause. Il existe aussi des équivalents migraineux de l’enfance, souvent de modalité digestive, sans que les céphalées soient au premier plan.

Qui consulter ?

Tout d’abord le généraliste, qui connaît cette problématique, puis le neurologue et enfin un centre expert de la migraine. Le problème est souvent celui de l’écoute : un migraineux a besoin que l’on passe du temps avec lui.

Quels sont les examens à pratiquer pour pouvoir poser un diagnostic ?

En théorie aucun si vous remplissez les critères IHS. En revanche, s’il y a des atypies : durée, localisation, histoire familiale etc… il devient nécessaire de faire un bilan.

Quelles causes médicales peuvent provoquer ces migraines ?

La cause médicale de la migraine… c’est la migraine ! Un migraineux naît avec une sensibilité neurologique neurovasculaire avec un seuil de déclenchement comme d’autres sont allergiques.

 

Des facteurs déclenchants propres à chacun

Est-ce que des facteurs tels que le stress peuvent être déclenchants ?

La migraine est en partie héréditaire, et il y a ensuite des facteurs déclenchants.

  • Des facteurs hormonaux : ce qui explique pourquoi entre 12 et 50 ans, on trouve plus de femmes que d’hommes touchés par la migraine. Les migraines débutent souvent avec les règles, et peuvent survenir tous les mois (on parle de migraines cataméniales). Pendant la grossesse, certaines femmes constatent une amélioration. Avant la puberté et après la ménopause, il y a, en théorie, autant d’hommes que de femmes touchés.
  • Des facteurs environnementaux qui sont propres à chacun. On peut voir tout type de situations : personnes qui ont trop mangé, pas assez, qui ont trop chaud, trop froid, trop dormi, pas assez… Les migraineux doivent apprendre à repérer ces facteurs. L’alcool est aussi un facteur déclenchant fréquent.
  • Des facteurs psychologiques, qui sont plus insidieux. On peut ne pas avoir conscience que cette migraine est une somatisation, et ne pas savoir ce qui dans notre vie provoque ce stress. On parle par exemple de « migraine du week-end » : le mal de tête survient à la fin de la semaine, à la fin de l’activité. Cela peut s’expliquer par une rupture de stress, un changement de mode de vie (comme par exemple un sevrage en caféine surconsommée au travail).

Pour identifier ces facteurs déclenchants, il est indispensable de tenir un carnet car on ne se souvient pas forcément de ce que l’on a mangé, de ce que l’on a fait la veille.

Ne pas connaître la source des migraines peut être difficile à vivre pour les patients : quel est alors le rôle du médecin dans ces moments là ?

Le médecin doit déjà remettre le doigt sur les symptômes des migraineux. Souvent, lorsque c’est familial, les gens savent qu’ils ont un terrain prédisposant. Il faut ensuite insister sur le fait que la migraine est une maladie, et qu’il existe des facteurs déclenchants. L’éducation commence par chercher ces facteurs.

Si l’on commence à avoir des épisodes de migraines, va t-on rester migraineux à vie ?

Lorsque l’on est migraineux, on le reste toute la vie. Une augmentation de la fréquence des crises justifie de s’intéresser aux facteurs déclenchants cette augmentation. C’est là qu’on s’intéresse à nouveau au terrain du stress, du surmenage, du mode de vie etc.

Le sport est-il plutôt bénéfique contre les migraines, ou des épisodes peuvent-ils apparaître après des sessions intensives ?

La question du sport et des migraines est compliquée. Il existe effectivement des céphalées d’effort. Malgré tout, ce n’est pas parce que l’on est migraineux que l’on ne peut pas pratiquer le sport normalement. Mais en cas de crise de migraine, faire un footing n’est pas recommandé, car les mouvements créent des céphalées.

 

Les traitement de la migraines

Quels traitements sont possibles ? Sont-ils uniquement médicamenteux ou y-a-t-il aussi de la chirurgie ?

Il n’y a pas de chirurgie dans la migraine comme il peut il y en avoir dans d’autres céphalées telles que les algies vasculaires de la face (AVF).

Les traitements sont de deux types : traitement de crise et traitement de fond.

Les traitements de crise sont représentés depuis 20 ans par la famille des Triptan. Leur efficacité est estimée aux environs de 80%. Plusieurs molécules sont disponibles et toutes méritent d’être essayées en cas d’insuccès ou d’effets secondaires.

Dans les traitements de fond, il y a plusieurs familles. Le choix sera alors effectué avec le médecin sur des critères individuels (âge, antécédents médicaux). Ces médicaments agissent de diverses façons sur le processus migraineux. On parle de prophylaxie. Les plus utilisés sont les médicaments agissant sur la sérotonine et les bétabloquants.

Est-ce que les méthodes douces peuvent aussi apporter des résultats satisfaisants ?

Nous sommes obligés d’admettre qu’il existe une intrication entre les facteurs psychologiques, le stress et la migraine. La relaxation, ou encore l’hypnose, qui permet de prendre en charge la douleur, peuvent par exemple être de bons leviers. En somme, tout ce qui joue sur les facteurs environnementaux va être intéressant.

 

Connaître les facteurs déclenchants de la migraine

Que faire si l’on a une migraine en plein dans les transports en commun, en voiture ou au travail ?

Dans les situations que vous évoquez la plus pénible est bien évidemment celle des transports en commun (bruit, lumière…).

Mais la migraine ne s’installe pas comme un coup de tonnerre. On la sent venir (phase prodromique), cela laisse en général le temps de s’isoler, mesure souvent bénéfique.

Quels conseils d’hygiène de vie donnez-vous à vos patients ?

Mon premier conseil est de tenir un agenda pour noter les crises et ainsi mettre en évidence les facteurs déclenchants. Ensuite, il y a les conseils classiques pour la santé dans sa globalité : faire du sport, ne pas trop boire, ne pas fumer, bien dormir…

Y-a-t-il de nouvelles perspectives de recherche qui vous semblent encourageantes ?

Oui un certain nombre, toutes répondent à des cibles thérapeutiques spécifiques grâce à une meilleure compréhension de la physiopathologie de la migraine. Cela va de molécules qui vont inhiber la dépression corticale envahissante (premier événement neuronal de la cascade qui se déroule sur notre cortex cérébral), jusqu’à celles qui ciblent par l’intermédiaire d’anticorps monoclonaux les neuropeptides vasoactifs (CGRP) impliqués dans la douleur.

 

Retrouvez la liste de tous les neurologues et spécialistes de la migraine sur www.conseil-national.medecin.fr

 

A SAVOIR

Si vous souffrez de migraines, n’hésitez pas à consulter dans les centres experts de la région Auvergne-Rhône-Alpes:

Annecy

Centre Hospitalier Annecy Genevois

1 Avenue de l’hôpital
74374 Epagny Metz Tessy.
Tél. : 04 50 63 63 63

Chambéry
Centre Hospitalier de Chambéry
Service de neurologie
Square Massalaz
73000 Chambéry
Tél. : 04 79 96 50 60

Clermont-Ferrand
CHU Gabriel Montpied
Service Neurologie
30, Place Henri Dunant
63033 CLERMONT-FERRAND cedex
Tél. : 04 73 75 22 01

Grenoble
Hôpital Albert Michalon
Service de neurologie
38043 Grenoble
Tél. : 04 76 76 57 92

Lyon
Hôpitaux du Nord – Hôpital de la Croix-Rousse
Exploration Fonctionnelle du Système Nerveux
Consultation Céphalées/Migraines
103, grande rue de la Croix-Rousse
69004 LYON
Tél. : 04 72 07 18 66

Saint-Etienne
CHU Hôpital Bellevue
Centre de la Douleur – Consultation Céphalées/Migraines
Pavillon 50
42055 SAINT-ETIENNE cedex 2
Tél. : 04 77 12 78 02

Valence
Centre hospitalier
Rue du Dr Janty
26000 Valence
Tél. : 04 75 75 74 38

 

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