La migraine, caractérisée par des douleurs intenses et des crises tenaces, peut être à l’origine de lourdes perturbations au quotidien. On estime que 12% de la population active, soit 6 à 7 millions de personnes, en souffriraient en France. Quels sont les signes de la migraine ? Comment la soulager ? Pourquoi devient-on migraineux ? Les réponses du médecin.

 

La migraine se traduit par de violents et fréquents maux de tête
Les femmes sont plus touchées que les hommes par les crises de migraine ©Unsplash

Qu’est-ce qu’une migraine ?

En médecine, on désigne tous les maux de têtes par le terme de « céphalées », qui sont un ensemble de symptômes dont la caractéristique commune est le mal de tête. Beaucoup de maladies peuvent provoquer des céphalées. Parmi elles, la migraine en est une forme particulière. Sa cause exacte n’est pas bien connue, et on la classe ainsi dans la catégorie des céphalées dites primaires. Mais elle est le résultat d’un dysfonctionnement des centres du cerveau qui contrôlent le calibre des artères cérébrales, à l’origine d’une dilatation anormale (vasodilatation) de celles-ci. Elle se manifeste par des crises, d’intensité variable, parfois devancées par des signes annonciateurs appelés l’aura. Les crises peuvent durer de quelques heures pour les plus courtes, à plusieurs jours pour les plus tenaces (10% des cas).

Dans la famille des céphalées primaires, il faut bien différencier la migraine d’une maladie qui s’en rapproche, les céphalées de tension. Ces dernières, engendrées par de la fatigue nerveuse ou de l’anxiété, sont d’ordinaire moins douloureuses et non pulsatiles.

 

Quels sont les différents types de migraine ?

La migraine débute en général avant l’âge de 40 ans. Elle est trois fois plus fréquente chez la femme que chez l’homme. Il existe en fait plusieurs types de migraines.

La forme classique (ou commune) se manifeste par une céphalée d’un seul côté (unilatérale), pulsatile, aggravée par l’effort physique, d’intensité modérée à sévère.

Elle peut être accompagnée d’autres signes cliniques, principalement digestifs, comme des nausées ou des vomissements, mais aussi sensoriels, en général une intolérance à la lumière (photophobie), au bruit (phonophobie), ou à l’effort. Les crises durent environ de 4 à 72 heures. Au-delà de 3 jours, on parle d’état de mal migraineux, qui reste exceptionnel.

Parfois, la crise peut être précédée par divers troubles sensoriels annonciateurs regroupés sous le terme « d’aura migraineuse » : des troubles de la vision, du langage, de la sensibilité ou de la motricité.

La plupart des migraines sont sans aura. Les migraines avec des troubles visuels, dites « migraines ophtalmiques », sont les plus courantes parmi les « migraines accompagnées » d’une aura.

Il existe aussi des migraines menstruelles ou cataméniales chez la femme, qui se déclenchent à la période des règles, probablement à cause de la baisse brutale des œstrogènes.

Il y a enfin des migraines iatrogènes, c’est-à-dire causées par des médicaments, comme ceux entrainant une dilatation des vaisseaux, ou certains médicaments contre la douleur pris en trop grande quantité.

Quelle que soit sa forme, la migraine est une maladie invalidante. L’Organisation mondiale de la Santé l’a classé au 20ème rang des maladies en terme d’impact sur le handicap et l’altération de la qualité de vie.

 

Quel est le profil des migraineux ?

Le profil des migraineux a longtemps été étudié par les scientifiques. Celui-ci était d’abord dressé comme étant des personnes perfectionnistes, stressées, anxieuses ou déprimées. Ce qui peut être vrai, mais ce n’est pas scientifiquement prouvé.

Les migraines peuvent commencer jusqu’à 50 ans. Pour la majorité, elles commencent à l’adolescence. Parfois aussi, dès l’enfance, à l’âge de 3 ou 4 ans.

Les femmes sont donc plus touchées que les hommes, pour des raisons hormonales. Les migraines menstruelles disparaissent ainsi à la ménopause.

On soupçonne aussi une prédisposition génétique, notamment pour les migraines avec aura. Il n’est pas rare de retrouver de nombreux migraineux dans une même famille. Ce sont des « migraines héréditaires ».

Mais actuellement, on a plutôt tendance à penser qu’il n’y a pas de « profil type », et que tout le monde peut faire des migraines. Les facteurs environnementaux semblent davantage prépondérants dans la survenue de cette maladie complexe.

 

Quels sont les signes d’alerte d’une migraine ?

La forme classique ou commune de la migraine survient de manière rapide et ne présente donc pas de signes avant-coureurs. Une aura migraineuse comporte cependant des troubles sensoriels qui précèdent la crise et qui peuvent alerter la personne :

– des troubles visuels : une ou plusieurs tâche(s) dans le champ visuel (scotome), la sensation de mouches qui volent devant les yeux (phosphènes), la perte du champ visuel du côté de la migraine (hémianopsie).

– des troubles sensitifs : sensations désagréables unilatérales à type de fourmillements ou de picotements ou d’engourdissements  (paresthésies).

– des troubles moteurs : diminution unilatérale des capacités musculaires motrices (parésies).

– des troubles du langage : difficulté pour trouver ses mots, voire perte de la parole (aphasie).

– des troubles de l’équilibre : vertiges.

Les personnes ne peuvent pas présenter tous ces symptômes, mais seulement de quelques-uns à un seul. Pour un même individu, les symptômes annonciateurs sont les mêmes d’une crise à l’autre. Cette constance lui permet d’être alerté sur la survenue prochaine de la crise migraineuse. L’aura ne dure pas plus d’une heure. Il existe un intervalle  libre, c’est-à-dire sans signe clinique, entre l’aura et la crise.

 

Quels sont les facteurs à l’origine d’une migraine ?

Il existe une multitude de causes pouvant déclencher une crise de migraine :

– des facteurs psychologiques : le stress, l’anxiété, les contrariétés, le surmenage.

– un changement du rythme de vie : le week-end, un déménagement, un voyage, un changement de travail.

– un facteur hormonal : la baisse des œstrogènes dans la migraine menstruelle.

– des facteurs sensoriels : une lumière clignotante, une odeur particulière, un bruit important ou répété, des vibrations, un bain trop chaud.

– des facteurs climatiques : le vent, le froid ou la chaleur humide, l’orage.

– des facteurs alimentaires : l’alcool en général et le vin blanc en particulier, les sauces, le chocolat, les fritures.

– l’irrégularité des repas : l’alimentation à n’importe quelle heure, le jeûne, l’hypoglycémie.

– certaines activités : les rapports sexuels, l’activité physique intense.

– d’autres facteurs : le manque de sommeil ou l’excès de sommeil, l’excès d’écran (TV, ordinateur, tablette, téléphone portable).

Il est donc parfois possible d’agir sur certains facteurs déclencheurs en modifiant son comportement. Mais d’autres causes ne relèvent pas du comportement et ne permettent pas à la personne d’adopter une attitude préventive. Plusieurs causes peuvent être associées dans le déclenchement d’une migraine, rendant difficile des conseils de prévention.

 

Comment soigner la migraine ?

Il est souvent utile de donner d’abord quelques conseils à la personne migraineuse. Il faut lui proposer de noter à chaque crise les circonstances qui l’ont précédées : le stress, des aliments suspects, l’alcool, les conditions météorologiques, les lumières ou les bruits ou les odeurs, les modifications du sommeil ou du rythme de vie, la période du cycle menstruel chez la femme… .

Il est également conseillé de la prendre en charge psychologiquement pour appréhender ses conditions de vie, identifier ses facteurs de risque de crises et les supprimer si possible, de voir comment limiter son stress, de lui conseiller du yoga, de la relaxation, un sport non violent, de la rassurer sur le caractère bénin de la migraine, bien qu’elle soit invalidante.

Il faut lui donner des conseils pour appréhender la crise : se coucher dans un endroit calme et sombre, prendre du café riche en caféine, mettre une vessie de glace sur la tête, ne pas s’automédiquer à cause des contre-indications et des risques des médicaments, et parce que traiter une migraine peut parfois être compliqué, prendre le traitement de la crise prescrit par son médecin dès le début de la crise car il est alors plus efficace, au mieux dès les signes précurseurs.

 

Quels sont les traitements efficaces contre la migraine ?

Il existe des traitements médicamenteux efficaces contre la migraine qui peuvent être prescrits par un médecin. Ils sont de deux types :

  • Le traitement de la crise : il est variable selon l’intensité de la crise. On utilise en première intention du paracétamol. S’il n’est pas assez efficace, on utilise alors un médicament de la famille des anti-inflammatoires. Si celui-ci n’est toujours pas efficace, on passe alors à un médicament de la famille des triptans. L’association de ces trois types de médicaments est quelquefois nécessaire, si la prise d’un seul médicament ne résout pas le problème.
  • Le traitement de fond : si les crises de migraines surviennent trop souvent, en général à partir de six à huit crises par mois, il faut alors proposer à la personne un traitement au long cours, appelé aussi « traitement de fond ». Les médicaments sont différents de ceux du traitement de la crise. Ils appartiennent à des familles bien spécifiques (bétabloquants, antiépileptiques, anti-dépresseurs, anti-sérotoninergiques, inhibiteurs calciques). Le patient doit ainsi être bien informé, et bien suivi médicalement.

Le traitement de la migraine peut être effectué par le médecin généraliste. Pour les cas les plus difficiles, il peut se faire aider par un confrère neurologue.

 

Caution scientifique: docteur Antoine Caprioli (hôpital d’Aix-les-Bains)

 

A SAVOIR

Selon les données de l’Inserm, 15 à 18% des femmes sont affectéespar la migraine, de même que 6% des hommes et 5% des enfants. Une autre étude récente réalisée par des chercheurs américains révèle qu’avant l’âge de 50 ans, les migraines ne présentent pas un plus fort risque d’AVC. En revanche, si les épisodes de migraine avec aura apparaissent brusquement passé cet âge, il faut se montrer vigilant car le risque d’être victime d’un accident vasculaire-cérébral est deux fois plus élevé.

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