La santé des seniors est-elle liée à leur alimentation ? Comment lutter contre la dénutrition des personnes âgées ? Autant de questions posées par une étude de grande ampleur menée dans le 6e arrondissement de Lyon. Principal enseignement: il faut bien manger pour bien vieillir !

 

Alimentation et santé, une problématique majeure pour les seniors
L’alimentation des seniors se dégrade vraiment à partir de 90 ans ©DR

 

La santé des seniors passe-t-elle par une bonne alimentation ? Oui, selon une étude inédite menée durant un an par la mairie du 6e arrondissement de Lyon, associée à la Carsat Rhône-Alpes, le Centre de Recherche de l’Institut Paul Bocuse et le groupe Nutrisens. Baptisée SAS (Seniors Alimentation Santé), cette enquête de grande ampleur a été adressée aux 8 200 seniors de cet arrondissement âgés de 65 ans et plus vivant à domicile.

« Cette enquête répond à une problématique: comment améliorer la qualité de vie des seniors en jouant sur le levier de l’alimentation« , explique Pascal Blache, maire de Lyon 6e. « Notre souci est de maintenir le plus longtemps à domicile les personnes âgées fragilisées. Le lien social est essentiel au même titre que l’alimentation. cette enquête le confirme« , poursuit Sarah Dognin, président de la Carsat Rhône-Alpes.

« La plupart des gens qui entrent en EHPAD sont dénutris, affaiblis. C’est un drame social et un accélérateur d’isolement. D’où la nécessité de créer de nouvelles gammes de produits pour lutter contre ce phénomène, afin que les personnes âgées puissent continuer de cuisiner mais différemment, avec notamment la mise à disposition d’aliments enrichis« , insiste Georges Devesa, le président du groupe Nutrisens.

 

Les seniors gardent le goût de la cuisine

Pascal Blache entouré des autres parte,aires de l'étude Santé Alimentation Seniors
Georges Devesa (Nutrisens), Pascal Blache (mairie 6e), Sarah Dognin (Carsat) et Hervé Fleury (Institut Bocuse) ©P.Auclair

Parmi les nombreux enseignements de cette étude, il s’avère que les 90% des seniors interrogés avouent « prendre du plaisir à manger » et sont satisfaits de ce qu’ils mangent. La présence de commerces de proximité, de marchés, de parcs publics et l’accessibilité aux transports en commun influent sur ces résultats. « Cette étude montre également que les repondants cuisinent beaucoup. « Faire les courses » est le premier motif de sortie et  cette autonomie agit sur la qualité de leur alimentation.  Manger reste un plaisir, une occupation agréable qui ne se perd pas avec l’âge« , note Hervé Fleury, le vice-président de l‘Institut Paul Bocuse.

Maxime Michaud, responsable de l’équipe Sciences Sociales au Centre de Recherche de l’Institut Paul Bocuse, note d' »autres signes positifs » dans les réponses à cette étude. « A la lecture des résultats, on s’aperçu que la vision du senior dénutri, mal nourri, isolé, vivant dans des conditions sociales précaires, est assez éloignée d’une réalité beaucoup plus complexe. Les personnes âgées interrogées, dans leur très grande majorité, sont satisfaites de leur alimentation et de leur vie sociale au quotidien. On est loin de l’imaginaire collectif et de l’image souvent déformée et noircie que répercutent les médias« . Ainsi, par exemple, 64% des personnes âgées interrogées confient avoir fréquenté un marché au cours des sept dernier jours et 91% font leurs courses elles-mêmes (88% de leurs sorties sont consacrées justement à faire ces courses). Enfin, 60% des répondants cuisinent tous les jours.

 

Seniors et alimentation, le cap difficile des 90 ans

Etude sur alimentation des seniorsSeul bémol, l’étude menée à Lyon révèle clairement que les conditions de vie à domicile se détériorent à partir de 87 ans, phénomène qui s’accélère après 90 ans. Un sentiment de lassitude et de solitude qui induit une perte d’appétit et l’enclenchement du cercle vicieux de la dénutrition. Ainsi, le nombre de sorties hebdomadaires chute brutalement après 90 ans, de même que l’activité physique. C’est aussi à cet âge qu’apparaissent les difficultés physiques et le sentiment d’isolement.

Pour lutter contre cette spirale infernale, les auteurs de cette étude préconisent donc l’exploration de nouvelles pistes afin de redonner de l’appétit, et donc le goût de la vie, à ces personnes de plus en plus dépendantes.

« Cette étude doit nous inciter à concevoir des solutions adaptées pour les personnes âgées à domicile, à mi chemin entre la cuisine classique et le portage à domicile. On pourra ainsi leur assurer l’apport en produits nutritionnels indispensable à leur santé avec des préparations ou des paniers à cuisiner leur laissant une certaine autonomie. Nos équipes R&D sont déjà à pied d’oeuvre et une nouvelle gamme de produits sera prochainement commercialisée« , explique Georges Devesa, président du groupe Nutrisens.

Dans certains quartiers, des initiatives originales sont aussi prises pour améliorer le lien social. « Par exemple, depuis trois ans, nous organisons « C’est 6 bon », une opération qui mobilise les restaurateurs de l’arrondissement. Ces derniers offrent le déjeuner à des personnes âgées isolées accueillies par des bénévoles et des jeunes du quartier. Cela ne coûte rien à la collectivité et cela renforce le lien inter générationnel « , conclut Pascal Blache, le mairie du 6e arrondissement de Lyon, qui préconise aussi à l’avenir  » le développement ou l’implantation de marchés de ville » pour inciter les seniors à sortir de chez eux.

 

A SAVOIR

L’étude SAS (Seniors Alimentation Santé) a été réalisée par le biais de la diffusion d’un questionnaire envoyé en version papier aux 8291 retraités du 6e arrondissement de Lyon, population de personnes âgées recensée dans le système d’information de la Carsat Rhône-Alpes. Les seniors pouvaient répondre soit en retournant le questionnaire papier à la mairie du 6e ou auprès des professionnels de santé « partenaires », soit en répondant directement en ligne grâce au lien indiqué sur le questionnaire Ce questionnaire comprenait 50 questions, réparties en trois sous-parties distinctes :  habitudes alimentaires,  conditions de vie,  profil socio-économique. Au total, ce questionnaire a été rempli par 753 répondants âgés entre 65 ans et 102 ans (78 ans de moyenne d’âge), soit un taux de réponse de 9 %.

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