Des virus développés dans les égouts ou les eaux usées pour combattre certaines bactéries. Tel est le pari réussi par les Hospices Civils de Lyon. Une technique originale mais très efficace pour venir à bout des infections ultra résistantes aux antibiotiques.

Les phages, de drôles de virus développés dans les égouts
A Lyon, des virus prédateurs de bactéries pour combattre l’infection.

 

Comment guérir d’une infection grave et résistante à tout antibiotique ? A cette question, les Hospices Civils de Lyon viennent de répondre en soignant deux patients avec des phages. Ces virus partent à l’assaut des bactéries résistantes et terrassent l’infection. Deux patients atteints de sévères infections ostéoarticulaires qui ne pouvaient plus cicatriser ont bénéficié, à titre compassionnel, d’un traitement par phages : l’infection a rapidement été contrôlée. C’est une 1ère en France puisque le traitement a été concocté avec des phages fabriqués en France et administré à l’hôpital de la Croix Rousse – HCL

Concrètement, les bactériophages ou phages sont des virus prédateurs des bactéries. Ils sont naturellement présents là où elles se trouvent en grand nombre… les égouts !! Découverts dans les années 20, ils ont été oubliés avec l’arrivée des antibiotiques. Seuls certains pays de l’Est (Géorgie) ont continué à les utiliser pour traiter les infections. La menace de la résistance aux antibiotiques les rend d’actualité. De nombreux patients en échec thérapeutique vont en Géorgie pour être traités par ces fameux phages et éviter d’être amputés.

Des tueurs d’élite versus bombe nucléaire L’immense intérêt des phages est qu’ils s’attaquent à une bactérie précise. En l’occurrence, dans le cas des deux patients lyonnais (dont une femme de 80 ans), un pseudomonas aeruginosa multi résistant et un staphylococcus aureus récidivant. Ils ne détruisent donc pas les autres bactéries comme le font les antibiotiques. Le revers de la médaille est que, pour être traité, il faut savoir quelle bactérie est en cause !

 

Un médicament « vivant » est fabriqué en France

Pour parvenir à cette première nationale, Pherecydes Pharma a sélectionné des phages parmi sa collection interne, après les avoir testés sur les bactéries infectant les patients. Les résultats du « phagogramme » ont permis de choisir les phages les plus actifs et de fournir un traitement sur mesure. Après préparation magistrale réalisée par la pharmacie de l’hôpital de la Croix-Rousse, ils ont été appliqués sur le site de l’infection ostéo-articulaire, avec une excellente tolérance et des résultats positifs, en association avec d’autres procédures et traitements.

Les plaies ont pu cicatriser, alors que tous les autres traitements avaient échoué. « Les résultats positifs de ce traitement en phagothérapie contre une infection ostéo-articulaire sont très encourageants. Ils ouvrent la voie à d’autres cas compassionnels sur les bactéries difficiles à traiter et potentiellement résistantes aux antibiotiques usuels comme Pseudomonas aeruginosa, staphylococcus aureus et Escherichia coli », estime Guy-Charles Fanneau de La Horie, Président du Directoire de Pherecydes Pharma. « Nous entrons dans l’ère de la médecine personnalisée en utilisant une association de phages spécifiques à la souche bactérienne pathogène de chaque patient et donc parfaitement adaptée à chaque cas »

 

Infection nosocomiale, une nouvelle voie de guérison

« Nous sommes impatients d’explorer la piste thérapeutique prometteuse des bactériophages pour lutter contre l’antibiorésistance et qui pourrait augmenter significativement les guérisons dans les infections ostéoarticulaires», précise le Professeur Tristan Ferry, médecin au centre de référence des infections Ostéo-articulaires de l’hôpital de la Croix Rousse-HCL. Dans le cadre du consortium PHOSA auquel les HCL et Pherecydes Paharma sont partenaires, des essais cliniques vont être prochainement lancés pour traiter les infections ostéoarticulaires avec ces guérisseurs d’un autre genre.

Les infections nosocomiales affectent environ 5% des personnes hospitalisées en France et provoquent environ 13 000 décès par an2. L’OMS3 estime que, chaque année, en Europe et aux Etats-Unis, les maladies nosocomiales affectent respectivement 4 millions et 1,7 million de patients et causent respectivement 147 000 et 99 000 décès directs et indirects. Les coûts annuels engendrés sont estimés à 7 milliards d’euros en Europe et 6,5 milliards de dollars aux Etats-Unis. Le développement rapide de résistances aux antibiotiques en fait un problème majeur de santé publique.

 

A SAVOIR

En France, l’utilisation exceptionnelle de spécialités pharmaceutiques ne bénéficiant pas d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) et ne faisant pas l’objet d’un essai clinique est conditionnée à l’obtention préalable d’une Autorisation Temporaire d’Utilisation (ATU). Pherecydes a obtenu cette ATU pour le traitement compassionnel des 2 patients. Les ATUs sont délivrées par l’ANSM1 si les conditions suivantes sont respectées : les spécialités sont destinées à traiter, prévenir ou diagnostiquer des maladies graves ou rares, il n’existe pas de traitement approprié, leur efficacité et leur sécurité d’emploi sont présumées en l’état des connaissances scientifiques.

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