Une femme sur trois a déjà trompé son conjoint selon une étude de l’IFOP pour Gleeden. Pour autant, l’infidélité féminine demeure différemment perçue de celle des hommes. Annik Houel, professeure émérite de psychologie sociale à l’université Lyon 2, et auteure de « L’adultère au féminin et son roman », nous apporte son éclairage.

Femme infidèle
L’infidélité féminine demeure mal perçue dans la société contemporaine ©DR

Pourquoi la femme qui suit son amant a-t-elle longtemps été perçue dans l’imaginaire collectif comme une « pécheresse » ?

Cela vient de l’influence des religions. N’oublions pas que la femme adultère a été sanctionnable par la loi jusqu’en 1975 (loi sur le divorce, ndlr). L’adultère féminin pouvait être puni par une amende, même si ce n’était plus vraiment en vigueur. Malgré tout, c’était dans la loi. Au début des années 20, l’infidèle pouvait carrément se retrouver jetée en prison. Bien entendu, l’homme lui n’était pas condamnable.

Aujourd’hui, l’infidélité féminine est-elle encore tabou ?

1975, ce n’est pas si loin, mais les choses ont tout de même changé. Avant la loi de 1975, une femme qui quittait son mari allait vivre avec son « amant », alors qu’aujourd’hui on parle de « compagnon ». Ces termes sont très significatifs. Après, l’adultère est toujours mal perçu car lorsque l’on se marie, on fait serment de fidélité. L’infidélité est donc toujours vue comme une faute morale.

 

« L’infidélité fait partie du personnage de l’homme »

La fidélité est-elle tout aussi difficile à tenir pour les femmes que pour les hommes ?

Personnellement, je pense que la femme étant un homme comme les autres, c’est le cas. Mais comme l’infidélité féminine est plus mal perçue, les femmes veillent davantage à ce que cela ne se sache pas. Ces dernières n’ont pas trop intérêt à le dire, tandis que chez l’homme, cela fait partie de son personnage de Dom Juan. La femme qui trompe est davantage vue, pardonnez-moi l’expression, comme une « putain ».

On compare souvent l’adultère féminin à l’adultère masculin. Dans le premier, il serait question de sentiments, alors que le second pourrait n’être qu’une histoire de fesses… est-ce là la réalité ?

Il est difficile d’établir une réalité dans ce domaine : les études sociologiques sont très prudentes. Je dirais malgré tout que c’est possible dans la mesure où la définition de l’amour pour l’homme et la femme n’est pas tout à fait la même, même si encore une fois, les choses changent. Pour des raisons d’éducation, les femmes ont tendance à penser qu’il faut être amoureuse pour coucher. Quant aux hommes, beaucoup souffrent de ne pas savoir aimer. Ils peuvent coucher sans amour, mais là aussi, c’est dans leur éducation car ils n’ont pas appris à s’autoriser à aimer. Socialement, tout ça est connecté. Il reste des résidus des conventions d’autrefois, mais les femmes relativisent de plus en plus l’adultère, et ne quittent pas leur mari pour une coucherie.

A savoir

D’après l’enquête IFOP pour Gleeden, les hommes sont plus disposés que les femmes à avoir une aventure extraconjugale : 43% contre 27%. Avec l’âge, cette tendance est plus forte : 20% chez les moins de 35 ans, contre 46% chez les plus de 50 ans !

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One Response to "Infidélité féminine, un sujet toujours tabou"

  1. Polyclinique  20 février 2015

    Excellent article, en plus j’adore le titre, bravo pour le jeu de mot !

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