Depuis un an, à Lyon, des experts en neuropsychiatrie tentent de mieux comprendre le fonctionnement cérébral des enfants à haut potentiel, autrefois appelés enfants précoces. Une étude co-financée par la Fondation Apicil,  dont les conclusions seront exploitées par le monde scientifique mais aussi de l’éducation. Les explications de Dominic Sappey-Marinier, biophysicien, chef du département IRM au CERMEP-Imagerie du Vivant à Lyon et enseignant-chercheur à la faculté de médecine Lyon-Est de l’Université Claude Bernard-Lyon I.

Le cerveau des enfants précoces décrypté
Image d’une IRM de diffusion montrant les connexions sur l’ensemble du cerveau et du cervelet ©D. Sappey-Marinier, CERMEP

Quel est l’objectif de l’étude menée actuellement à Lyon sur les enfants précoces ?

D’abord, mieux comprendre le fonctionnement du cerveau des enfants à haut potentiel. Si les pédopsychiatres sont parvenus à déterminer les différentes formes de précocité, aucune étude de portée internationale n’a réussi à mettre en évidence les connexions du cerveau qui sont spécifiques à l’enfant HP. En fait, jusqu’à présent, les seules études internationales ont porté sur les « surdoués », ces petits génies en math qui ne représentent qu’une infime partie des enfants vus en consultation par les équipes d’Olivier Revol dans le service de neuropsychiatrie de l’enfant du CHU de Lyon. Tout l’intérêt est donc de comprendre pourquoi certains enfants HP ont un comportement homogène, sans difficulté majeure, alors que d’autres présentent un comportement hétérogène ou complexe, avec à la clé des problèmes relationnels, d’intégration sociale, d’éducation…

 

Quelle a été la méthode adoptée pour mener cette étude ?

Dans un premier temps, on a sélectionné avec Fanny Nusbaum, chercheuse à l’Université Lyon2 et directrice du Centre Psyrene, et Olivier Revol un panel de 80 enfants, âgés de 8 à 12 ans, avec un cœur de cible autour de dix ans, l’âge où le cerveau évolue rapidement. Après passage du test de QI et d’autres tests comportementaux, ce panel a été scindé en quatre groupes distincts: les sujets dits « contrôles » ayant un QI normal (autour de 100), les QI élevés homogènes, les QI élevés hétérogènes et les enfants souffrant de troubles de déficit d’attention (TDA). Dans un second temps, le principe a été de leur faire réaliser les mêmes tâches cognitives et d’étudier par IRMf (Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) le traitement des informations par le cerveau.

 

Déterminer les « réseaux préférentiels » du cerveau

Pour avoir opté pour l’IRM ?

Parce qu’il s’agit d’une technique non invasive. A la différence des autres techniques d’imagerie, on n’injecte aucun produit radioactif dans le corps, il n’y a aucun effet corporel. Par ailleurs, l’IRM fournit un large champ d’informations, qu’il s’agisse de l’anatomie du cerveau, sa forme, ses sillons. Quant à l’IRM fonctionnelle, elle permet d’enregistrer des images lorsque le cerveau est en activité, qu’il est stimulé par une tâche soit purement intellectuelle, soit à forte portée émotionnelle. On va ensuite comparer les images en fonction du temps de réponse et du taux de réussite des enfants pour déterminer les réseaux préférentiels utilisés par le cerveau, les connexions intra-crâniennes. Enfin, une dernière acquisition d’images par IRMf a permis de comparer le cerveau de tous nos jeunes sujets au repos, presque en léthargie. Cette technique très récente permet de voir les régions du cerveau qui fonctionnent en toutes circonstances. Au final, on a ainsi une cartographie globale du cerveau, en activité comme au repos, une sorte de carte d’identité du fonctionnement cérébral.

 

Quelles sont les premières conclusions de cette étude ?

D’un point de vue comportemental, on a eu confirmation de la différence notable entre les HP hétérogènes ou complexes, émotionnellement perturbés par la tâche, donc beaucoup moins efficaces, moins réactifs que les HP homogènes, dits laminaires. Par ailleurs, l’IRMf montre clairement que les HP laminaires ont une suractivation des régions du cerveau par la tâche cognitive mettant en jeu le langage et la mémorisation. L’IRM de diffusion a montré aussi une connectivité, c’est-à-dire une meilleure efficacité des connexions intra et inter-hémisphériques (chaque côté du cerveau) chez les enfants laminaires par rapport aux complexes. On attend maintenant d’autres résultats significatifs avec les tâches émotionnelles et après analyse de l’IRMf de repos, en cours de traitement.

 

Favoriser l’éducation des enfants précoces 

Comment pourront être exploitées les conclusions d’une telle étude ?

Le cerveau est composé de mille milliards de connexions. C’est le réseau le plus complexe que l’on connaisse, aussi complexe que l’univers, et qui de plus est en modification permanente. En effet, les connexions se modifient constamment sous l’effet des stimulations de l’environnement. Avec cette étude, on va pouvoir mieux comprendre et donc mieux traiter tous les enfants à haut potentiel, et en particulier les enfants complexes qui présentent souvent des troubles d’attention, d’anxiété et qui malgré leur potentiel ne réussissent pas bien à l’école. Mieux, ces informations récoltées serviront à tous les enfants car une meilleure appréhension du fonctionnement cognitif de l’enfant pourra être exploitée par le monde de l’enseignement. On entre alors dans le domaine de la neuroéducation, l’exploitation des avancées des neurosciences au service du monde pédagogique.

 

Une telle étude servira-t-elle un jour à intervenir directement sur le cerveau ?

Oui, c’est envisageable voire probable. On parvient déjà à stimuler le cerveau grâce à l’implantation d’électrodes pour certaines pathologies comme la maladie de Parkinson ou plus simplement en placant des électrodes sur le crane, c’est la TDCS (« Transcranial Direct Current Stimulation ») Mais avant d’envisager une intervention physique, on va pouvoir privilégier l’intervention pédagogique, l’apprentissage à l’école, en travaillant certaines capacités ou fonctions cérébrales comme l’attention, l’inhibition ou la flexibilité qui sont pas ou peu sollicitées chez certains patients HP. Bref, passer de l’intuitif au déductif.

 

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Les chercheurs lyonnais cherchent à comprendre le fonctionnement cérébral des enfants précoces
Le biophysicien Dominic Sappey-Marinier étudie le cerveau des enfants à haut potentiel ©P.Auclair

A savoir

Le Haut Potentiel (HP), qui concerne près de 3% de la population en France, revêt chez l’enfant précoce différentes représentations à travers le temps. Du petit génie à l’enfant instable, l’entourage se voit souvent démuni pour le comprendre, le nourrir intellectuellement et les aider à s’intégrer, tout en assumant sa différence. Le Haut Potentiel est souvent associé à d’autres troubles, comme la dyslexie ou le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H).

 

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3 Responses to "Comment fonctionne le cerveau d’un enfant précoce ?"

  1. Eddy  13 avril 2015

    A lire sur le même sujet : Les enfants précoces ont-ils un cerveau différent ?

  2. Bal  6 octobre 2016

    Je trouve ce documentaire fascinant ,c’ est incroyable ce que le cerveau peut accomplir ,moi j’étais mal diagnostiquer et je suis en quête de recherche bonne continuation

  3. Le lay ,bal  6 octobre 2016

    Je trouve le texte très intéressant étant moi même mal diagnostiquer je trouve que cela me ressemble cordialement

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