Le don de sperme demeure parfois la seule solution pour les couples dont l'homme présente une infertilité avérée. Qui peut bénéficier du don de sperme ? A qui les couples doivent-ils s'adresser ? Quels sont les délais d'attente ? Le Professeur Jean-François Guérin, responsable du CECOS de Lyon, répond à nos questions.

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Le don de sperme, une solution pour de nombreux couples souhaitant un enfant ©DR

Qui peut bénéficier du don de sperme ?

Le don de sperme s’adresse aux couples hétérosexuels en âge de procréer. En principe, l’homme doit avoir moins de 60 ans, et la femme moins de 43 ans. L’homme doit bien entendu souffrir d’une stérilité masculine avérée et considérée comme non traitable. C’est à dire qu’il est impossible d’utiliser ses spermatozoïdes pour réaliser une FIV (Fécondation In Vitro), même en utilisant une technique spécifique pour les infertilités masculines : l’ICSI (microinjection d’un spermatozoïde dans l’ovocyte).

Quels peuvent être les problèmes de fertilité de ces hommes qui doivent recourir au don de sperme ?

Il peut s’agir d’une azoospermie (absence totale de spermatozoïdes dans le sperme), ou encore d’une oligospermie extrême (spermatozoïdes présents en très faible quantité dans le sperme et que l’on n’est pas parvenus à récupérer). Certains hommes demandent aussi à faire une biopsie testiculaire pour voir si certains spermatozoïdes sont récupérables, car le don de sperme vient souvent en dernier recours.

 

Des délais d’attente d’une région à l’autre

 A qui les couples doivent-ils s’adresser ?

Ils doivent s’adresser aux CECOS. Il y en a 23 en France répartis dans la plupart des CHU. Si un CHU n’a pas de CECOS comme c’est le cas à Saint-Etienne, il travaille alors en collaboration avec celui d’une ville proche, en l’occurrence Lyon pour ce cas précis. Les CECOS sont en général intégrés au sein d’unités de biologie de la reproduction. Ces établissements sont toujours publics.

Quels sont les délais d’attente ?

Les délais d’attente existent effectivement car nous faisons face à une pénurie de donneurs. Ils sont cependant variables d’un centre à l’autre : de 9 mois à 2 ans. Dans tous les cas, on estime qu’il faut un délai de réflexion d’au minimum 6 mois afin que le couple ne regrette pas son choix. Ce n’est un acte anodin.

Quel est le processus ?

Les couples ont tout d’abord un rendez-vous avec le médecin responsable du CECOS pour ouvrir le dossier. Il y a alors souvent une discussion avec le psychologue de l’équipe, puis quelques examens à faire, notamment des sérologies. Certains couples viennent déjà avec de gros dossiers qui prouvent que la stérilité est bien avérée. Lorsque le dossier est ouvert, le délai d’attente commence.

Les couples doivent ensuite prendre rendez-vous avec le président ou son représentant du Tribunal de Grande Instance auquel ils sont rattachés. Le Tribunal délivre alors une attestation prouvant que les parents ont comparu, et les magistrats les informent de leurs droits et devoirs. En effet, il faut savoir que le père ne peut pas faire par la suite de contestation de paternité au motif qu’un test ADN montrerait que l’enfant n’est pas le sien (et il en est de même pour la mère).

Enfin, lorsque vient le tour du couple sur la liste d’attente, on pratique une simple insémination artificielle si la femme n’a aucun problème de fertilité, en période ovulatoire. On décongèle le sperme environ 1 heure avant, et on pratique un petit traitement au laboratoire. Les résultats sont en général très bons.

Si la femme a un problème de fertilité, surtout au niveau des trompes, voire des ovaires, on peut alors être amenés à pratiquer une FIV avec des spermatozoïdes congelés d’un donneur.  De même, lorsque l’insémination artificielle n’a pas abouti au bout de six cycles pour une raison que l’on ne parvient pas à identifier, la FIV est alors proposée. Mais ce cas est plus rare.

 

L’impact psychologique du don de sperme

Quelles sont les chances de réussite ?

Lorsque l’on procède par insémination artificielle, les chances par cycle sont de 15 à 20%, cela ne paraît pas énorme mais en réalité, plus de la moitié des couples ont un bébé au bout de 3 ou 4 cycles. Pour la FIV, le taux de réussite tourne autour de 30-40%.

Comment se passe l’attribution des paillettes ?

Les donneurs ne sont pas choisis sur des critères socio-économiques. Nous faisons avant tout en sorte qu’il n’y ait pas d’invraisemblances comme avec la couleur de peau. On sait aussi qu’un couple aux yeux bleus ne peut qu’avoir un enfant aux yeux bleus. Pour les couples aux yeux marrons, il n’y a pas de problèmes : ils peuvent avoir un enfant aux yeux bleus ou marrons. On essaie également d’harmoniser la taille et le poids, la couleur des cheveux. Pour les femmes ayant un rhésus négatif, on tâchera de trouver un donneur rhésus négatif.

Quel impact psychologique le don de sperme peut avoir sur le couple ?

Un don de gamètes, ce n’est anodin. Le couple, et en particulier l’homme, doit faire le deuil de sa propre fertilité. Indépendamment du fait que nous sommes en pénurie permanente de donneurs, nous demandons toujours un délai de réflexion de 6 mois aux couples. Les couples sont souvent encadrés par le psychologue. Ils arrivent en général à une certaine maturation, avec cet esprit que le père est avant tout celui qui élève l’enfant et non pas celui qui donne ses spermatozoïdes. Contrairement à ce que l’on a pu craindre, les parents n’ont aucun mal par la suite à considérer cet enfant comme le leur. Le plus difficile, c’est donc de faire le deuil de sa fertilité.

Conseillez-vous aux parents de parler le plus tôt possible à leur enfant de sa conception ?

Auparavant, le don de sperme demeurait secret, la société n’était pas encore prête à en parler. Mais on a pu observer que ce secret était très lourd à porter. Les couples avaient aussi peur que les personnes dans la confidence finissent par révéler le recours au don de sperme. Certains enfants apprenaient aussi les conditions de leur naissance lors de divorces, ce qui pouvait être très destructeur.

Aujourd’hui, on conseille donc aux parents de parler à leur enfant le plus tôt possible, vers l’âge de 7 ou 8 ans, même si le petit ne comprend pas tout. Il est vraiment plus favorable pour l’enfant de l’apprendre durant l’enfance, qu’à la puberté ou dans des conditions difficiles.

 

A SAVOIR

En 2013, 268 hommes ont fait un don de spermatozoïdes. Cela a permis de congeler 11 830 paillettes. 1069 enfants sont nés de ces démarches de don de sperme. Plus d’informations sur www.dondespermatozoides.fr

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