Perte d'appétit, amaigrissement, fonte musculaire.... La dénutrition, souvent liée au grand âge et à certaines maladies chroniques, est un cercle vicieux redoutable. Les conseils du Professeur Joël Belmin, chef du pôle de gériatrie de l'Hôpital Charles-Foix.

L'isolement est un des facteurs de la dénutrition
Près de 4% des personnes âgées souffriraient de dénutrition en France ©AMSPDV-Public Domain

 

Comment survient le phénomène de la dénutrition ?

Il existe plusieurs causes à la dénutrition.  Le vieillissement favorise l’installation de la dénutrition car les réserves de l’organisme diminuent, la masse musculaire a tendance à fondre. Par ailleurs, certaines maladies vont représenter un danger, une agression pour l’organisme et donc induire une dénutrition avec la sécrétion de substances détruisant les protéines. D’autres maladies vont générer un grand affaiblissement et une perte d’appétit. Enfin, parmi les causes, on recense aussi des facteurs psychologiques voire des facteurs sociaux comme l’isolement. Tous ces facteurs rendent l’organisme plus vulnérable face au processus de dénutrition.

 

Plus précisément, quelles sont les maladies à l’origine de la dénutrition ?

Les maladies du tube digestif comme un ulcère à l’estomac ou des pathologies de l’œsophage rendent les prises alimentaires douloureuses ou tendent à réduire l’alimentation. D’autres maladies psychologiques, comme la dépression, ou bien la maladie d’Alzheimer, figurent aussi parmi les principales causes, de même que certaines maladies inflammatoires qui vont dérégler le métabolisme du patient. Dans ce cas, les aliments ingérés ne suffiront pas pour le maintenir en état de forme. Dans notre jargon, on appelle ça le catabolisme, la dégradation profonde des tissus musculaires et la perte d’énergie.

 

Dénutrition et perte d’énergie 

Joël Belmin, gériatre expert en dénutrition
Le professeur Joël Belmin ©DR

Quelles sont les conséquences de cette dénutrition ?

D’abord un état de grande fatigue, une faiblesse musculaire qui va entraîner le patient dans un cercle vicieux. Moins il mange, plus ses muscles fondent, plus il est faible, moins il peut se mouvoir et donc moins il dépense d’énergie. Le risque de chutes et de fractures augmente. La dénutrition induit aussi une grande fragilité à l’égard des infections et une baisse des défenses immunitaires. Les dénutritions sévères engendrent souvent des maladies infectieuses avec, là encore, un cercle vicieux accélérant le déséquilibre nutritionnel. Enfin, les personnes dénutries souffrent souvent d’escarres, ces plaies chroniques de la peau survenant après une longue immobilité.

 

A quel âge survient la dénutrition ?

Cela varie bien sûr en fonction des individus. Ce n’est pas une affaire d’âge, même si on remarque qu’après 80 ans, la dénutrition est un phénomène assez courant, voire très fréquent après 90 ans. Outre le grand âge, le mode de vie a aussi une incidence forte. Les personnes qui ont une activité physique régulière préservent mieux leur masse musculaire et conservent un meilleur appétit.

 

Diagnostiquer la dénutrition pour agir vite

Comment dépister la dénutrition ?

Le principal signe d’alerte, c’est la perte de poids involontaire. Au delà de 2 kilos perdus sans raison apparente, il faut faire un bilan médical chez un médecin. Voilà pourquoi la pesée mensuelle chez les personnes âgées, les personnes dépendantes, dans les maisons de retraite, est une bonne pratique. Il s’agit de peser régulièrement et surtout de noter chaque mois le poids affiché pour être alerté en cas de baisse anormale. De même, les médecins devraient prendre l’habitude de peser systématiquement leurs patients âgés dans le cadre d’une consultation. L’autre signe d’alerte, c’est la réduction de la quantité absorbée quotidiennement. Dès qu’une personne n’a plus faim, manger très peu voire saute des repas, il faut agir.

 

Le corps médical a-t-il des outils de diagnostic plus précis ? 

Oui, les médecins gériatres disposent d’un questionnaire très efficace: le test MNA. Il est aussi possible de doser dans le sang les protéines plasmatiques, comme l’albumine qui peut informer sur le statut nutritionnel.

 

Poudres et compléments alimentaires

Comment les proches de la personne dénutrie peuvent-ils aborder le sujet ?

Si l’entourage ou la famille à des soupçons, il ne faut pas hésiter à consulter un médecin, de préférence un gériatre. Si le diagnostic de dénutrition est confirmé, il faut encadrer les prises alimentaires, apporter davantage de protéines et de calories, ce qui n’est pas chose aisée quand la personne est entrée dans le cercle vicieux de la dénutrition. La dimension sociale est extrêmement importante. Les personnes âgées s’alimentent mieux lorsqu’elles sont entourées et inversement mangent moins lorsqu’elles prennent un repas seules.

 

Justement, concrètement, quelles sont les solutions pour traiter la dénutrition ?

D’une part, il existe l’enrichissement à l’assiette avec des poudres hyper protéinées ajoutées dans les soupes, les yaourts… On dispose aussi de compléments alimentaires comme des crèmes desserts riches en protéines ou d’autres produits enrichis, mis au point en laboratoire par plusieurs compagnies.

 

Dans tous les cas, l’objectif prioritaire est de stopper la baisse de poids ?

Effectivement, la stabilisation du poids est déjà un bon résultat, surtout si la dénutrition est liée à une malade chronique. Malheureusement, il est assez rare qu’une personne souffrant de dénutrition refasse de la masse musculaire.

 

Retrouvez la liste de tous les gériatres de votre ville ou de votre quartier sur www.conseil-national.medecin.fr

A SAVOIR

Dans les établissements hébergeant des personnes âgées, les problèmes nutritionnels figurent au premier plan en raison de l’âge, des handicaps alimentaires, des nombreuses pathologies présentes et du nombre de médicaments ingérés. Dans les maisons de retraite, la dénutrition est en moyenne de 27 %, le surpoids de 13 % et l’obésité de 16 % (source: Nutrition clinique et métabolisme).

Comments

comments

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié.