Avec 59 000 nouveaux cas par an en France, le cancer du sein est la première cause de décès par cancer chez les femmes. Un cancer diagnostiqué tôt ayant de plus grandes chances de guérison, Patricia Soler-Michel, médecin directeur de l’Adémas-69, rappelle toute l’importance d’un dépistage régulier.

L'Adémas-69 réalise plus de 60 000 examens par an pour traquer les cancers.
Les radiologues qui se relaient dans la salle de 2e lecture de l’Adémas-69 procèdent à plus de 60000 examens par an ©DR

Le cancer du sein est l’un des plus fréquents chez les femmes. Un diagnostic précoce améliore-t-il les chances de guérison ?

Le cancer du sein est le premier cancer en nombre de cas et la première cause de décès par cancer chez la femme en France. Le détecter tôt, quand la lésion fait moins de 1 cm, permet pourtant d’obtenir une guérison dans 90% des cas. C’est là tout l’enjeu du dépistage : favoriser la guérison, tout en assurant un traitement moins lourd, moins long, moins douloureux, en évitant la chimiothérapie, en mini

misant la chirurgie, et en augmentant le taux de survie à 10 ans au delà des 90%.

A partir de quand faut-il procéder à un dépistage ?

Nous invitons par courrier les femmes de 50 à 74 ans à effectuer un dépistage par mammographie tous les 2 ans. Dans le Rhône comme dans le reste du pays, une femme sur deux seulement se déplace pour cet examen. Ce chiffre est trop peu élevé : nous serions efficients avec une participation à 70%, comme c’est le cas en Suède, au Danemark ou au Pays-Bas. C’est l’objectif préconisé au niveau européen.

 

Le dépistage organisé, simple et plus efficace

Pourquoi un tel retard ?

En France, la femme a la possibilité d’effectuer une mammographie individuelle. Le dépistage dit ‘’organisé’’, lui, a l’avantage de proposer un deuxième regard sur les radiographies. Cette lecture approfondie, réalisée à l’Adémas-69 par des radiologues experts, permet de ‘’rattraper’’ sept cancers sur cent.

La détection en cabinet de radiologie manquerait-elle de fiabilité ?

La mammographie est un exercice difficile. 93% des cancers du sein sont diagnostiqués dans les cabinets de radiologie. Le rôle de l’Adémas-69 est d’apporter un deuxième regard pointu, sur tous les clichés jugés normaux en première lecture. Cette deuxième lecture permet de déceler des lésions plus petites, plus difficiles à repérer.

Quelle est la procédure de ces dépistages organisés ?

Les femmes de 50 à 74 ans sont invitées par courrier à effectuer une mammographie dans le cabinet de radiologie de leur choix. Si, comme dans 7% des cas, l’examen révèle une image anormale, on effectue d’autres explorations, comme une échographie, des prélèvements de tissus…

 

La mammographie, un examen nécessaire
Un dépistage régulier est le meilleur moyen de détecter une anomalie.©Photogroup

7 femmes dépistées sur 1000 ont un cancer

Le pourcentage de cancer du sein est donc infime ?

Pour une moyenne de 1000 femmes dépistées, 40 auront une image anormale, confirmée par un bilan. 20 autres seront décelées suite au deuxième regard. Sur ces 60 femmes, 7 se verront diagnostiquer un cancer. Pour les 53 autres, il s’agira de kystes ou de pathologies non cancéreuses, comme une mastose.

En cas de cancer, que se passe-t-il ensuite ?

La patiente est prise en charge par une équipe spécialisée, jusqu’au traitement chirurgical de la tumeur cancéreuse, puis de la radiothérapie et, parfois, de la chimiothérapie. C’est une période difficile pour la femme, qui met sa vie entre parenthèse pour affronter cette épreuve. Mais les traitements sont efficaces, très bien codifiés et pratiqués partout. L’espoir est donc de mise !

 

Cancer du sein, le risque augmente après 60 ans

Quels sont les facteurs de risque du cancer du sein ?

L’âge, tout d’abord, contre lequel on ne peut rien. S’il est très rare avant 30 ans, le pic du nombre de cancers du sein se situe un peu après les 60 ans. Une puberté précoce ou une ménopause tardive sont des facteurs hormonaux courants. Le manque d’activité physique ou la consommation d’alcool peuvent également jouer. D’autres facteurs sont encore à découvrir ou préciser, comme les facteurs environnementaux.

Qu’en est-il de la transmission génétique ?

L’héritage familial existe, mais n’est pas aussi généralisé que l’on croit. On parlera surtout de sur risque, par exemple, pour une femme dont la mère aura eu un cancer jeune, s’il y a de nombreux cas dans la famille et notamment si un homme a été touché, ce qui est très rare.

Quelles sont les perspectives d’évolution du dépistage organisé ?

Le programme de dépistage organisé est susceptible d’être modifié dans les années à venir. Dés études importantes sont lancées cette année afin de faire évoluer ce programme. L’idée consiste à évaluer le niveau de risque précis pour chaque femme et de mettre en place un dépistage et un suivi sur mesure, adapté à chacune. Autre nouveauté qui devrait voir le jour dès 2019, la création d’une consultation préventive chez le médecin généraliste ouverte à toutes les femmes de 25 ans. Si cette consultation servira notamment à détecter d’autres pathologies, à l’image du cancer du col de l’utérus, elle permettra de sensibiliser les femmes au risque de cancer du sein, surtout pour celles présentant un historique familial.

Pour conclure, diriez-vous que se faire dépister relève du bon sens ?

On a aujourd’hui les moyens de lutter efficacement contre le cancer du sein. Le dépistage doit être simple, presque comme une routine ! Une mammographie ne dure qu’un quart d’heure, et elle est gratuite lorsque vous présentez l’invitation de l’Adémas-69. Je dis toujours aux femmes de voir cela comme une manière de prendre soin d’elles.

Pour en savoir plus : Ademas-69 ou Institut National du Cancer

Où consulter ?

Pour consulter la liste des cabinets de radiologie dans le Rhône, rendez-vous sur le site de l’Adémas69 – les radiologues participants

Retrouvez la liste de tous les médecins et oncologues spécialisés dans le cancer du sein sur le site www.conseil-national.medecin.fr

 

A savoir

On estime à 65 415 le nombre de femmes décédées du fait d’un cancer en 2017, dont  11 883 d’un cancer du sein, devant le cancer du poumon (10 176 décès) et du côlon (8390 décès). Selon un rapport du Centre International de Recherche sur le Cancer paru en 2015, la réduction de la mortalité par cancer du sein serait de 40% chez les femmes ayant participé au dépistage organisé par mammographie.

L’Adémas-69 est l’association chargée de la mise en œuvre dans le Rhône du programme national de dépistage organisé du cancer du sein et du cancer colorectal, maladies pour lesquelles les tests ont fait leur preuve, tant dans leur facilité d’application que dans leurs incidences sur la mortalité.

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