La journée nationale des aidants, le 6 octobre, mettra l'accent sur l'engagement de tous ceux qui donnent de leur temps pour améliorer le quotidien des personnes en situation de dépendance ou handicapées. Le Baromètre 2018 des aidants publié cette semaine par la Fondation April révèle que ces bénévoles sont de plus en plus nombreux en France. A l'origine, un vieillissement de la population et des contraintes lourdes liées au maintien à domicile. Une étude à la fois instructive et alarmante.

 

86% des aidants soutiennent d'abord un membre de leur famille
Selon le Baromètre 2018, 58% des aidants sont des femmes et 76% ont moins de 65 ans ©Truthseeker08

 

Maladie d’Alzheimer, Parkinson, invalidité, perte d’autonomie… Avec l’évolution démographique et le vieillissement inéluctable de la population française, de plus en plus de personnes sont en situation de dépendance. Cet allongement de la durée de vie va bousculer le quotidien et le statut des aidants. Tel est l’un des principaux enseignements du 4e Baromètre des aidants réalisé par l’Institut de sondage BVA (1) dont les résultats sont publiés ce jeudi 27 septembre par la Fondation April. « Cette quatrième édition pose de nouvelles questions liées aux évolutions sociétales telles que le vieillissement de la population qui génère forcément de nouveaux types de comportements : allongement du temps de l’aide apportée, de la fatigue ou encore l’apparition d’un phénomène où l’aidant se retrouve à devoir apporter son aide à deux générations simultanément (parents et grands-parents notamment)« , expliquent en préambule les auteurs de l’étude.

 

Des aidants toujours plus nombreux dans notre société

Journée des aidants 2018Reconduite pour la quatrième année consécutive, cette enquête révélatrice de l’évolution de notre société vise surtout à étudier les changements au sein de la communauté des aidants. Elle met notamment en évidence leurs évolutions de vie et celle de leurs proches aidés, tout en démontrant qu’ils sont de plus en plus reconnus par leurs concitoyens. Ainsi, lors du lancement du Baromètre, en 2015, ils n’étaient que 28% des Français à connaitre le terme « aidant ». Quatre ans plus tard, ils sont 40% à en avoir entendu parler dont près de 30% ont une idée précise de leur action au quotidien.

L’étude réalisée par BVA met aussi en lumière un nouveau phénomène: la progression significative de la proportion des aidants au sein de la population française. En 2018, 23% des personnes interrogées (soit 4 points de plus qu’en 2017) reconnaissent apporter de l’aide de manière bénévole, ponctuelle ou régulière à un ou à plusieurs de leurs proches en situation de dépendance ou de handicap. « Cependant, on assiste toujours au paradoxe suivant : les aidants ont du mal à se reconnaître comme tels. S’ils sont 36 % à se qualifier d’aidants, leur perception évolue et ils ont de plus en plus conscience de tenir un rôle particulier auprès de leur proche, tout en qualifiant l’aide apportée de normale… Véritable signe de la difficulté à nommer un rôle qu’ils jugent souvent naturel auprès des aidés. Pour beaucoup, ils continuent à « s’ignorer » alors qu’ils ont déjà endossé ce rôle sans le savoir, et très souvent sans le vouloir« , insistent les auteurs de l’enquête.

 

Des aidants souvent obligés de se démultiplier

Un nouvel aspect apparaît en 2018 concernant la santé et la charge des aidants : ils sont de plus en plus nombreux à se qualifier de « multi-aidants ». Ainsi, 34 % d’entre eux déclarent prendre soin de plusieurs proches (contre seulement 28 % en 2017). Et le score monte à 41 % pour les Français qui aident au moins un de leurs parents. Une statistique qui explique en partie pourquoi 82% des aidants consacrent par semaine au moins 20 heures en moyenne à leurs proches en situation de dépendance.

Conséquence logique de l’allongement de la durée de vie, le nombre de personnes en situation de dépendance évolue aussi vite que celui des aidants. Ainsi, selon le Baromètre 2018, 57% des aidants déclarent s’occuper d’un proche en situation de dépendance due à la vieillesse (une augmentation de 9 points par rapport à 2017 !). Bref, sachant qu’en 2050, un habitant sur trois en France sera âgé de 60 ans ou plus, de plus en plus de Français encore actifs – mais déjà eux-mêmes vieillissants – sont contraints d’endosser le rôle d’aidants. « Avec l’allongement de la durée de vie, il devient de moins en moins rare de voir un aidant se retrouver avec la charge de deux générations, parents et grands-parents« .

Voilà pourquoi plus d’un tiers des sondés confient aider au moins deux personnes en situation de dépendance, voire parfois beaucoup plus. Concernant le lieu de résidence des personnes aidées, elles vivent en grande majorité (67%) à leur domicile, mais la proportion des personnes aidés vivant en institution progresse pour atteindre 21%. A l’inverse, ils ne sont plus que 14% des aidants à vivre sous le même toit que les personnes aidées.

 

Aidants, d’abord un soutien moral

Autre question abordée par le Baromètre de la Fondation April, la nature de l’aide apportée par les bénévoles. Dans 66% des cas, il s’agit avant tout d’un soutien moral à leurs proches dépendants (80% si ceux ci sont dans une institution), alors que 55% des aidants apportent une assistance aux tâches domestiques (faire les courses, le ménage, préparer le repas…). La moitié des personnes interrogées sont aussi là pour l’accompagnement des déplacements, passer un  coup fil ou effectuer des visites régulières. Enfin, ils sont 44% à remplir les formalités administratives mais seulement 23% à apporter une aide financière.

Plus inquiétant, 37% des aidants interrogés avouent ne bénéficier d’aucune aide extérieure alors qu’ils sont eux-mêmes souvent âgés. « Dans ce contexte, ce n’est donc pas un hasard si le Baromètre dévoile que le principal soutien de l’aidant est encore et toujours le médecin généraliste à 35 %. Un rôle toutefois en déclin, déclin compensé par le soutien apporté par les infirmières qui progresse régulièrement pour atteindre 30 % en 2018″, notent les auteurs de l’enquête. Ces deux catégories de professionnels de santé restent les meilleurs relais des aidants qui disent par ailleurs se sentir soutenus par les services à domicile et les aides ménagère à 21 %, d’autres professionnels de santé (15 %), les assistantes sociales (12 %) et les services sociaux des mairies ou des départements (8 %).

En conclusion, si l’action de l’aidant est de plus en plus reconnu dans notre société, il reste encore un long chemin à parcourir pour qu’il obtienne un statut à part entière, synonyme de soutien moral, matériel voire financier.

 

(1) L’enquête a été réalisée par l’Institut de sondage BVA en mai et juin 2018 par téléphone auprès d’un échantillon de 2007 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 et plus. Au sein de cet échantillon, ont été interrogés : 456 aidants et 1551 non aidants.

 

Baromètre aidants 2018

 

A SAVOIR

Selon 86 % des Français, le statut d’aidant reste encore trop peu valorisé, la proportion est quasiment la même pour les aidants qui jugent que leur situation n’est pas assez valorisée à 88 %. Victimes de cet enjeu de santé public, 31% des aidants affirment avoir tendance à délaisser leur propre santé. Parmi les principaux problèmes de santé engendrés par le statut demandant: le stress et l’anxiété (38%), le sommeil perturbé (32%) et les douleurs physiques comme les maux de dos (30%).

Comments

comments

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.