Une étude inédite est menée dans des hôpitaux de Lyon et Saint-Etienne auprès de patients souffrant d'Alzheimer, de troubles de la mémoire et de douleurs chronique. Objectif: démontrer les bienfaits de la musicothérapie active...

Chanter, un bon moyen d'oublier la douleur
La pratique du chant a déjà montré des effets positifs sur la douleur physique, l’anxiété et la dépression ©France Alzheimer

Le chant pour adoucir les maux… Tel pourrait être le slogan de l’étude LACME, un projet original engagé depuis quelques semaines par les équipes de l’Hôpital des Charpennes, à Lyon, et par celles de l’Hôpital Nord et de l’Hôpital de la Charité, à Saint-Etienne.

Par le passé, plusieurs études ont déjà prouvé les bénéfices de la musicothérapie sur certaines douleurs aigües ou chroniques. De même, il a été aussi démontré le pouvoir relaxant de certaines sonorités mélodieuses pour diminuer les douleurs chroniques de patients. Mais dans tous les cas, il s’agissait de démonstration de musicothérapie « passive ».

 

Alzheimer et musicothérapie active

A partir de ces constats, le docteur Isabelle Rouch et le professeur Bernard Laurent (Centre d’Evaluation et de Traitement de la Douleur au CHU de Saint-Etienne) ont lancé une étude beaucoup plus ambitieuse mettant en avant les bienfaits de la musicothérapie « active ». Objectif: évaluer de manière globale les bienfaits du chant sur la maladie d’Alzheimer, les troubles de la mémoire, les douleurs chroniques, l’estime de soi, la qualité de vie, l’anxiété et la dépression. « Les troubles de la mémoire, souvent associés à des pathologies articulaires et autres douleurs chroniques, surviennent généralement après 65 ans. Sachant que les traitements antalgiques et psychotropes ont des effets indésirables chez les patients âgés déjà fragiles, il nous est apparu important de démontrer la pertinence de thérapies non médicamenteuses pour une prise en charge globale des symptômes physiques et psychiques« , explique le docteur Rouch.

 

Des ateliers de chant et de peinture contre la douleur

La chorale, un moyen original de se soigner en chanson
Chanter augmente l’estime et la confiance en soi pour les patients ©DR

Concrètement, à Lyon et Saint-Etienne, une soixantaine de volontaires âgés de plus de 60 ans ont été répartis dans six groupes distincts, tous souffrant de troubles débutants de la mémoire associés à des douleurs chroniques modérées ou intenses. Trois groupes de dix ont été invités à suivre durant douze semaines des ateliers chant hebdomadaires animés par un chef de chœur, sous le contrôle d’un psychologue. « Chaque atelier dure 1h30, dont 20 minutes pour se chauffer la voix. Ensuite, on travaille sur quatre chansons choisies par les patients: Ma Liberté de Georges Moustaki, Paname et Mon amant de Saint-Jean d’Edith Piaf, et Quand on a que l’amour de Jacques Brel« , précise Marie Leroyer, chef de chœur à l’association « Centre de la Voix Rhône-Alpes« . Les trois autres groupes se sont vu proposer durant trois mois d’aiguiser leur sens artistique avec une série de cours de peinture animés par un artiste peintre.

 » Les ateliers vont s’achever fin. L’essai clinique comporte une évaluation par une équipe de neuropsychologues avant les ateliers, après les ateliers et un mois après la fin des 12 ateliers avec une double échelle de la douleur et du bien-être« , souligne le docteur Rouch, qui a déjà perçu des « éléments positifs » sur certains patients. « On a constaté notamment l’efficacité de la méthode sur des patients souffrant de douleurs chronique et d’anxiété. Certains se découvrent de nouveaux talents et les premiers retours des intervenants artistiques sont très prometteurs« .

 

Travailler sa mémoire en chanson

« Le principe est de faire appel aux ressources souvent insoupçonnées de la personne. On parvient ainsi à mobiliser des capacités nouvelles susceptibles de diminuer les douleurs tant physiques que morales« , explique le psychologue Jacques Gaucher, professeur à l’Université Lyon 2.

« Prendre du plaisir pour réduire la douleur morale, voilà l’un des enjeux de cette étude. A terme, la validation de ces thérapies non comportementales permettra peut-être d’intègre la musicothérapie active dans des protocoles et des parcours de soins dans les établissements spécialisés ou au domicile des patients« , se réjouit le docteur Françoise Anthonioz-Blanc, présidente de France Alzheimer Isère.

Cette étude inédite, d’un coût global de 56 000 €, a été financée par la Fondation Apicil contre la douleur, France Alzheimer et le Fonds de dotation Brou de Laurière. Elle s’achèvera par deux concerts donnés par les patients volontaires le mardi 5 avril à l’Hôpital des Charpentes et le samedi 30 avril à la Chapelle de la Charité de Saint-Etienne. Une initiative de nature à élargir le « chant des possibles » pour tous ces apprentis chanteurs.

 

Découvrez l’animation vidéo de l’étude LACME sur Youtube.

 

A SAVOIR

La maladie d’Alzheimer et les troubles de la mémoire concernent majoritairement des patients de 65 ans et plus, âge auquel les pathologies sont souvent multiples et peuvent s’accompagner de phénomènes douloureux, augmentant l’incapacité fonctionnelle et la grabatisation. Cependant, la prise en compte de ces douleurs passent souvent au second plan derrière l’évaluation des troubles de la mémoire ou d’attention.

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One Response to "Alzheimer: le « chant des possibles » à l’étude à Lyon"

  1. THOMAS Simone  5 avril 2016

    Si la personne atteinte de cette maladie ne peut pas chanter , on peut toujours lui faire entendre une chanson de son époque : ses souvenirs reviennent alors et elle est même capable de la chanter !

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