Nez bouché, yeux qui piquent, asthme... Fléau des beaux jours et allergie la plus courante, le rhume des foins touche aujourd'hui plus d'un quart de la population. Décryptage avec Elena Lungoci, docteur au sein du service de pneumologie et allergologie du CHU du Puy-en-Velay.

 

En Auvergne, on estime que la prise de médicaments contre les allergies a augmenté de 50% entre 2005 et 2015. ©Fotolia
En Auvergne, on estime que la prise de médicaments contre les allergies a augmenté de 50% entre 2005 et 2015. ©Fotolia

Pourquoi le printemps est-il la saison par excellence des allergies ?

Pour un individu « normal », le printemps est une saison très agréable. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde : pour les sujets allergiques, le retour du printemps rime avec le retour des pollens, donc le retour des allergies, notamment des allergies respiratoires.

Quelle est la période exacte de ces allergies ?

Pour résumer, il y a trois saisons polliniques qui se succèdent pendant l’année. La première saison (mi-février à fin avril) est celle des pollens d’arbres (olivier, platane, bouleau, chêne, etc). Ensuite, arrive la saison des pollens graminées (début mai – fin juillet) qui correspond à la période du « rhume des foins ». Puis la saison se termine avec les pollens des herbacées (début août – jusqu’aux premières gelées).

 

Allergies printanières: éternuements, nez qui coule, conjonctivite…

Le docteur Éléna Lungoci, allergologue au Puy-en-Velay (Haute-Loire). ©DR

Quels sont les symptômes ?

L’allergie aux pollens ou « allergie aérienne » peut se manifester par une rhinite allergique: crises d’éternuements et nez qui coule ou se bouche régulièrement, démangeaisons au niveau des narines. La rhinite allergique la plus connue est le « rhume des foins ». Elle peut aussi se traduire par une conjonctivite: les deux yeux rougissent et larmoient, entraînant des difficultés à supporter la lumière.

S’agit-il seulement de désagréments, ou cela peut-il provoquer des crises graves ?

La rhinite allergique n’est pas aussi banale qu’elle en a l’air. En plus d’avoir un impact important sur la qualité de vie, les allergies non traitées peuvent entraîner diverses complications : sinusite, conjonctivite, otite, bronchite, difficultés respiratoires et asthme. Elles peuvent aussi engendrer des problèmes de sommeil. Si l’on n’arrive pas à dormir parce qu’on est congestionné et qu’on tousse sans arrêt, on fonctionne mal pendant la journée. D’ailleurs, la rhinite allergique est l’une des premières causes d’absentéisme à l’école et au travail.

Y a-t-il des personnes plus à risques ?

Les personnes à risques d’allergies sont les enfants dont un membre de la famille souffre d’allergie, ce qu’on appelle le terrain atopique. Les enfants ayant eu de l’eczéma ou une rhinite allergique étant jeunes ont plus de risques d’être asthmatiques.

Quel impact les allergies peuvent avoir sur les asthmatiques ?

L’asthme et l’allergie sont deux états étroitement liés. L’allergie peut être l’une des principales causes de l’asthme. Ces deux termes ne doivent pas être confondus. L’asthme est une maladie chronique qui consiste en une inflammation des bronches qui s’irritent et s’étrécissent tout en entraînant des difficultés respiratoires. Dans l’asthme allergique, cette inflammation bronchique est une réaction de bronches qui tentent de se défendre contre un élément extérieur, qu’on appelle l’allergène, dans notre cas les pollens.

 

Allergies respiratoires: de plus en plus de personnes concernées

Observe- t-on de plus en plus de personnes touchées par les allergies ?

Oui, effectivement, il y a des plus en plus de personnes allergiques. Environ 20% à 30 % de la population est actuellement atteinte d’une allergie respiratoire, alimentaire, de contact, médicamenteuse, etc. Actuellement, les maladies allergiques sont classées au quatrième rang par l’OMS, derrière le cancer, les maladies cardio-vasculaires et le SIDA.

Peut-on agir en prévention contre les allergies ?

Pour agir en prévention contre une maladie, il faut en connaitre les causes. Il est difficile de connaitre toutes les causes des allergies, mais on peut déjà préciser que la pollution, le réchauffement climatique, une alimentation déséquilibrée et un mode de vie stressant sont quatre des principales causes qui peuvent être responsables de l’augmentation des allergies. Depuis quelques années, les chercheurs se posent la question des progrès accomplis en matière d’hygiène. A vivre dans un univers trop propre, une hygiène quotidienne excessive, notre système immunitaire est sous-employé pour ses vraies fonctions et en conséquence il s’activerait contre des choses banales, comme les pollens, les acariens ou autre (théorie hygiéniste).

Quels sont les traitements médicamenteux ? Peut-on se faire désensibiliser ?

Le premier traitement que l’on peut proposer à un patient allergique, après avoir mis en place des mesures d’éviction – ce qui n’est pas évident pour les allergies respiratoires- c’est le traitement symptomatique (traitement antiallergique) : les antihistaminiques et les corticoïdes. En fonction de la gravité des symptômes, on va privilégier l’un ou l’autre. Ces médicaments vont soulager les symptômes pendant la période de la prise, mais cela ne l’empêche pas d’évoluer dans le temps. Dès l’arrêt de ce traitement, les troubles reprennent.

Le traitement le plus intéressant est la désensibilisation (immunothérapie spécifique). Cette désensibilisation est finalement le seul traitement curatif qui s’attaque à la cause même des symptômes allergiques. Ce qu’on attend d’une désensibilisation, c’est d’être moins allergique, donc moins gêné, afin de diminuer voire d’arrêter les médicaments symptomatiques (antihistaminiques, corticoïdes, etc ).

Retrouvez la liste de tous les médecins allergologues sur www.conseil-national.medecin.fr

 

Gare aux graminées !

Dans notre région, les graminées, responsables du « rhume des foins », représentent l’allergie la plus fréquente devant les pollens des arbres (noisetier, bouleau), les pollens des herbacées (ambroisie, armoise) et les moisissures (alternaria, aspergillus).

Devant les pollens d'arbre ou d'herbes, les graminées sont les premiers responsables des allergies respiratoires dans notre région. ©F.M./Pixabay
Devant les pollens d’arbre ou d’herbes, les graminées sont les premiers responsables des allergies respiratoires dans notre région. ©F.M./Pixabay

Où les trouve-t-on ? Dans les prairies, sur les rochers, dans l’eau, les fossés et le bord des routes. Le risque allergique atteint son paroxysme pendant les périodes de fort ensoleillement.

Quels symptômes ? Un nez bouché, des éternuements, des écoulements nasaux et des démangeaisons, souvent couplés avec une conjonctivite. Les petits pollens, qui parviennent à s’introduire dans les bronches, sont aussi à l’origine de crises d’asthme générant une diminution du souffle, des sifflements bronchiques et des toux persistantes, notamment la nuit.

Quelles mesures d’évictions ? Aérer les espaces intérieurs plutôt le soir, ne pas laisser les fenêtres ouvertes la journée, ne pas sécher le linge en plein air, porter des lunettes de soleil, ne pas conduire avec les fenêtres ouvertes.

Que faire en cas de persistance des symptômes ? Un bilan allergologique avec des tests ciblés afin de confirmer le diagnostic et mettre en place une prise en charge adaptée. Chaque patient est différent en allergologie, d’où l’intérêt d’un traitement « personnalisé » : il s’agit de l’immunothérapie spécifique allergénique (ITA), connue sur le nom de désensibilisation. Pour les graminées, un traitement par comprimé est possible et doit être entrepris quatre mois avant le début de la saison.

Consultez la carte de vigilance des pollens du Réseau National de Surveillance Aérobiologique

 

3 raisons d’aller à la montagne pour soigner ses allergies

Les conseils du Dr Richard Sillam, allergologue à Grenoble:

L'air pur de la montagne, un bon remède aux allergies respiratoires! ©Fotolia
L’air pur de la montagne, un bon remède aux allergies respiratoires! ©Fotolia
  1. La saison allergique est plus courte et plus tardive en montagne. On compte environ trois semaines de décalage. Ainsi, la pleine saison des graminées se déroule au mois de juin en plaine, et au mois de juillet à la montagne. Si vous êtes allergique aux graminées, choisissez donc le moment opportun pour vous rendre en altitude.
  2. A partir de 1000-1500 mètres d’altitude, les pollens sont moins présents. L’air de la montagne est donc recommandé aux personnes allergiques, et notamment à celles qui souffrent des acariens car ces derniers ne survivent pas en altitude. Les personnes souffrant d’asthme ont également tout intérêt à se rendre en altitude pour profiter de l’air pur. Il faut savoir qu’une personne ayant eu de l’asthme durant sa petite enfance peut le voir réapparaître plus tard sous forme d’asthme pollinique.
  3. L’air de la montagne est moins pollué, ce qui est bénéfique pour les personnes allergiques car il existe un vrai lien entre les particules fines émises par les moteurs diesel et les allergies aux pollens. La pollution irrite les muqueuses et exacerbe les allergies. Attention cependant à choisir des zones montagneuses reculées du trafic routier qui peut être responsable de pollution même en altitude, en particulier vers le tunnel du Mont-Blanc. Privilégiez également les stations qui bannissent la voiture.

 

A SAVOIR
Chaque période pollinique est différente, et chaque région de France est différente. En réalité, tout dépend du climat. Il est très important de suivre le calendrier et la cartographie des pollens pour éviter au maximum les symptômes. Le réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA) met à jour de manière hebdomadaire une « carte de vigilance » pour prévenir les patients concernés du risque d’allergie selon la région et selon chaque type de pollen. Un site internet en accès libre (www.rnsa.fr), ainsi que des applications mobiles (« alertes pollens ») sont mis à la disposition des personnes allergiques.

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