Désagréables, les acouphènes sont synonymes de sifflements, bourdonnements, cliquetis... Quelle est leur origine ? Comment les traiter ? Explications d'Anne-Marie Piffaut, ORL à Lyon, et Josiane Fraisse, sophrologue grenobloise spécialiste des acouphènes.

Acouphene bruit oreille
Les acouphènes touchent 2 millions de personnes en France ©DR

Les acouphènes toucheraient plus de 2 millions de personnes dans notre pays selon une estimation de France Acouphènes. Autant dire qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. Considérés comme un symptôme et non pas une maladie, les acouphènes sont un bruit perçu dans une oreille, parfois les deux, ou dans toute la tête. Ces sons proviennent de l’intérieur. Ils sont fabriqués par le corps. Les patients les décrivent différemment : sifflements, bourdonnements, tintement de cloche ou d’objet métallique… « Ce qui importe surtout, c’est la perception subjective plus ou moins forte de l’intensité de ces sons plus que leur caractéristique qualitative », explique Anne-Marie Piffaut, ORL lyonnaise spécialise des acouphènes.

Quel que soit leur forme, le retentissement des acouphènes sur la vie des individus peut être très fort. Cause ou conséquence ?

La plupart des acouphènes sont subjectifs

Concrètement, on distingue deux types d’acouphènes :

-les acouphènes objectifs. Ils sont rares. Ils s’accompagnent ou non d’une surdité.  « Un acouphène est objectif lorsqu’il peut être entendu de l’extérieur. Le praticien utilise pour cela un stéthoscope binoculaire. Son origine est plutôt vasculaire et concerne le neurochirurgien », poursuit le médecin ORL lyonnais.

-les acouphènes subjectifs sont perçus uniquement par le patient. Le bruit n’est pas perçu par l’entourage. Ils ont deux origines qui peuvent s’associer :

1) Ils sont d’origine fonctionnelle et alors aucune cause physique n’est identifiée.

2) Ils sont d’origine organique en lien avec des pathologies auriculaires, de l’articulation temporomaxilaire, vertébrales, biologiques ou autres.

Comme le rappelle Josiane Fraisse, « un passage chez l’ORL est obligatoire afin de déterminer l’origine de ces acouphènes, et décider ensuite d’un traitement médical, ou d’une thérapie possible. L’ORL est en quelque sorte le chef d’orchestre ».

Les différentes causes des acouphènes

Parmi ces causes, Anne-Marie Piffaut évoque différentes origines possibles :

-Les pathologies de l’oreille partant du conduit auditif externe (bouchon de cérumen par exemple), en passant par l’oreille moyenne (otite, catarrhe tubaire, l’otospongiose qui est une pathologie diminuant la mobilité d’un petit os, l’étrier et sa platine) et l’oreille interne (toxiques, sénescence, bruits intenses) jusqu’aux voies nerveuses centrales de l’audition allant au Cortex sensoriel auditif dont la représentation est bilatérale.

-La maladie de Ménière (hydrops labyrinthique), dont le statut est particulier,  se caractérise par des vertiges, une sensation d’oreille bouchée, des bourdonnements et une baisse de l’audition. Elle évolue par crises parfois tout au long de la vie. De fonctionnelle au début, elle peut devenir organique ; l’hyperpression des liquides à l’intérieur de l’oreille interne entrainant des lésions irréversibles au fil des crises. Selon Anne-Marie Piffaut, la maladie de Menière est une maladie psychosomatique.

-Les problèmes vasculaires : athérosclérose, hypertension, lésions vasculaires

-Un mauvais alignement de l’articulation temporo-mandibulaire (maxilaire), un bruxisme.

-Des troubles neurologiques périphériques (neurinome de l’acoustique) ou perturbant le fonctionnement des voies auditives centrales

-Les traumatismes pressionnels ou sonores : détonation (blast), accident de plongée, boîtes de nuit, musique intense (MP3, baladeurs : se méfier de l’intensité élevée).

Les acouphènes, c’est dans la tête ?

Dans la mesure où il n’est pas perçu de l’entourage, les personnes souffrantes peuvent se trouver doublement victimes. Certaines disent : « mais je ne suis pas folle ». Il faut savoir que « ce n’est pas tant l’acouphène qui est gênant, que la perception que l’on en a », estime Anne-Marie Piffaut. « L’acouphène est une aberration auditive. Il peut avoir toujours été là, mais la personne n’avait jusque lors jamais conscientisé ce bruit. En général, tous se souviennent précisément du moment où cela a commencé : un examen, une altercation avec son chef, une nocturne passée dans un concert,un son de cloches assourdissant… », rapporte Josiane Fraisse.

« Cette aberration auditive peut être majorée par des troubles émotionnels et anxio-dépressifs préexistants ou conséquence des acouphènes. Il faut savoir aussi que l’oreille fabrique du bruit depuis qu’elle est constituée. Ce sont les oto-émissions acoustiques qui normalement sont réceptionnées en sous cortical (sous le cortex auditif, donc sub-conscientes). Pour différentes raisons elles passent dans la conscience. Donc,   ces « bruits » ont  toujours été présents depuis que loreille est formée, mais les personnes n’en avaient pas conscience jusque-là », ajoute l’ORL lyonnaise.

Pour autant, la souffrance est bel et bien là. « Certaines personnes se sont tellement focalisées sur leurs acouphènes qu’elles ont l’impression que leur corps n’est plus qu’une oreille. C’est un peu comme la douleur des membres fantômes », poursuit la sophrologue grenobloise.

Des causes subjectives

Quand les acouphènes résistent à toute thérapeutique médicale, alors, peut-être faut-il aller chercher d’autres explications possibles. « Les gens pourraient chercher  une cause psychologique pour ces symptômes », affirme  Anne-Marie Piffaut. « Parfois, il faut remonter très loin dans l’enfance pour trouver l’origine du problème ». Pendant les séances d’EMDR ou de TIPI, il arrive de retrouver une cause fœtale (vécu stressant de la mère pendant la grossesse, gémellarité et perte d’un jumeau), une origine obstétricale au moment de la naissance (circulaire du cordon, perte de connaissance intra-utérine, prématurité). « J’ai le cas d’un patient souffrant d’acouphènes et d’hyperacousie. Il est né prématuré et ne supportait pas les bruits métalliques. Durant toute une séance d’EMDR, il n’a évoqué comme souvenir traumatique que des sensations physiques, aucune pensée. Cela laissait imaginer un traumatisme très précoce, notamment quand il a passé ses premiers jours en couveuse », poursuit-elle.

Aujourd’hui, les équipes médicales font justement attention au niveau sonore dans les services accueillant des prématurés car on s’est rendu compte de l’impact néfaste de ces bruits intenses produits sans aucune précaution sur le développement du bébé. La sophrologue et le Dr Piffaut  sont convaincues que les facteurs de stress et l’anxiété sont non seulement souvent responsables du déclenchement des acouphènes mais aussi de leur pérennisation, et que les causes sont multifactorielles. On peut « et » souffrir d’une lésion auriculaire « et » être stressé. Il est toujours intéressant de se poser la question : « Qu’est-ce qui ne va pas dans ma vie ? », « De quoi j’ai besoin pour vivre en pleine santé ? ».

Apprendre à vivre avec les acouphènes

A partir de là, plusieurs thérapies sont possibles. Si parfois les acouphènes disparaissent totalement, l’objectif de ces techniques est avant tout «  d’apprendre à vivre avec, de changer la perception que la personne a de la douleur en considérant ce bruit tel qu’un autre, comme faisant partie de son environnement sonore de l’instant présent », explique Josiane Fraisse. Cette dernière pratique un protocole élaboré par le pôle « Sophrologie et acouphènes ».

De son côté, Anne-Marie Piffaut nous explique que les retours de ses patients sont très positifs. « Ce sont eux qui témoignent en disant « Les acouphènes, je ne les entends plus » ou « les acouphènes sont toujours là, ils ne me gênent plus, ce n’était pas le plus important ». Dès la première consultation, les patients comprennent qu’on ne peut pas agir directement sur les symptômes quels qu’ils soient et qu’ils sont les auteurs de leur propre guérison.  » Dès la fin de la première consultation, on ne parle plus du symptôme. La perception des symptômes diminue et les symptômes disparaissent quand les problèmes personnels sont traités. Ce qui a changé, c’est la perception de leurs troubles et un mieux être dans leur vie. Mais toutes les personnes ne sont pas prêtes à changer. Le changement est angoissant et il prend du temps », rapporte la spécialiste.

Le Dr Piffaut pratique plusieurs types de psychothérapie de façon intégrative en fonction du profil de ses patients : thérapies comportementales et cognitives, analyse transactionnelle, EMDR, psychogénéalogie, hypnose, cohérence cardiaque, méthode TIPI (identification des peurs inconscientes)… Les cabinets des deux praticiennes ne désemplissent pas, avec de beaux résultats à la clef. Une seule solution pour que la thérapie fonctionne : être motivé !

Retrouvez la liste de tous les médecins ORL et sophrologues de votre ville ou de votre quartier sur www.conseil-national.medecin.fr

A SAVOIR

Les baladeurs sont souvent incriminés dans le déclenchement des acouphènes, les études montrant qu’une exposition plus d’ 1 heure à  100 décibels déclenchent des acouphènes. Mieux vaut écouter la musique autour de 70, 80 décibels (à savoir que la voix parlée tourne autour de 55-65 décibels). Si vous vous rendez en boîte de nuit, essayez de sortir un quart d’heure toutes les 45 minutes afin d’offrir à votre oreille une petite plage de repos.

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3 Responses to "Acouphènes : pourquoi ces sifflements dans mes oreilles ?"

  1. michel lefebvre  12 octobre 2015

    Bonjour

    D,aprés moi, on ne fait jamais assez référence au milieu de travail, exemple , travail en centre d’appel, employé en constructions, avec des employeurs qui ce soucient guère des conséquences que cela aura sur leurs employés, comme ce fut mon cas en centre d appel. Absence total d insonorisations entre les postes de travail et j en vie les conséquences

  2. pelissier renee  13 octobre 2015

    mon accoufene et le mistral dans ma tete depuis des annes et jais perdu l,oreille gauche et la droite sy mes set insuportable jai un traitemen betaserk qui ne me fais rien

  3. boieldieu  24 octobre 2015

    Toujours pas de traitement…et toujours mes acouphènes depuis 6 ans suite à un traumatisme sonore.
    Le vide thérapeutique dissimulé derrières les sempiternelles discours sur la sophrologie et la composante psychologique…Il suffit de penser à autre chose et voila la solution pour toutes les douleurs du monde, c’est un peu simpliste non?
    A quand une vraie prise en charge pour les cas graves? les « beaux résultats » annoncés dans l’article ne concernent surement pas les cas liés aux traumatismes sonores avec perte d’audition. Ce genre d’article minimise la souffrance d’une part importante de gens affectés par les acouphènes.

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